LES JEUX


Avant-propos : Cet article ne peut pas être exhaustif, et nous ne voulons d’ailleurs pas qu’il le soit ! Son objet n’est ici que de faire réfléchir en apportant un point de vue original – celui qui sert de fil rouge à notre étude si partisane sur les Origines de l’Arbre de Mai, celui de l’hypothèse d’une Culture nordique “solaire” engloutie dans la Mer du Nord au XIIIème siècle AEC. Pour le reste, nos lecteurs auront accès à de nombreux ouvrages sur les jeux dans leurs bibliothèques préférées (cf. ßiblio et ß+)…


Étymologie : Notre mot “jeu” viendrait du Latin jocus ‘plaisanterie”, joci signifiant “jeux, ébats (esbats en vieux français, cf. esbaudir), amusements”. Ceci est proche de l’anglais joker ; de l’ancien haut allemand Johan 1 signifiant “prononcer une parole” ; et du moyen gallois ieith, “langue”. Il signifierait donc à l’origine “jeu en paroles” - jeu de mots 2 .
          En effet « Les penseurs grecs croyaient qu’il y avait un lien significatif entre des mots à la prononciation similaire. » Dict. “Oxford : ceci est un point de vue que – nous qui adorons la “langue des oiseaux” – partageons bien volontiers !
          Les Jeux sont – à l’origine – consacrés au… Sacré*3 : la participation à un rite* provoque la jubilation, la Joie. On peut donc rapprocher notre mot “jeu” de “joie, jubiler, jodler”, Gioia* en occitan” (cf. art.*)  
           Mots parents : le jeu basque Jokari et nos mots jongler, joyau.

Citations : Mircea Éliade rappelait que l’Homo Faber est également ludens, sapiens et religiosus c’est à dire “jouant, savant et relié, religieux*”…

          Et, pour Gilbert Durand (Structures anthropologiques de l’Imaginaire, Dunod, l988) : « Les jeux ne sont qu’une première mise à l’essai des mythes*, des légendes et des contes. »

          « Le jeu apparaît comme un rite* social, exprimant et renforçant, à la manière d’un symbole*, l’unité du groupe, dont les oppositions internes s’extériorisent et se résolvent précisément dans ces manifestations ludiques (…) C’est autour d’eux que sont cristallisés le sens civique et le sentiment national, ils furent pour les habitants d’une même cité, pour les habitants d’une même race… le lien* qui leur rappelaient leurs intérêts communs, leur commune origine.
          « Ils avaient leurs incidences sur la vie privée comme sur la vie publique : ils entretenaient chez tous l’idée que l’éducation du corps doit être poussée par l’entraînement des jeunes gens à la Palestre ; mais ils étaient aussi, pour les membres dispersés d’une même famille ethnique l’occasion de se reconnaître dans l’exaltation de ce qui les distinguait des Barbares4. Pour célébrer cet idéal, les rivalités et les haines de cité à cité s’imposaient silence. » P. Devambez, Dictionnaire de la Civilisation grecque, Paris 1966.


Un but : l’éducation !
Le jeu est d’une importance extrême pour le développement psychomoteur des enfants : “essayer de” et “s’essayer à” ; mais aussi psychologique et social : connaître les limites, ses limites et ses progrès ; apprendre les “règles du jeu”, les interdits de transgression et les “punitions” ou “chocs en retour” que cela engendre ; édicter de nouvelles règles ; s’essayer à la domination, à l’obéissance mais aussi, à la manipulation ou bien s’essayer à la déjouer. Le jeux n’est éducatif que tant que la “récompense” est personnelle, interne5. Plus tard cependant, avec l’âge et l’éducation, l’adolescent prendra pour lui une part de la récompense donnée au groupe, ou au membre représentatif du groupe.
          Si le jeu commence dans le berceau et se poursuit à l’école maternelle, il devrait se poursuivre dans les trois autres niveaux d’initiation* comme procédé primordial de la pédagogie puisque, nous venons de le voir, jeu et joie sont inséparables et que, malgré son âge canonique, la jubilation s’empare toujours du grand Sage/ Ase/ Druide de la communauté* à chacune de ses nouvelles découvertes (cf. l’Eurékaî d’Archimèdes) ou à chaque renouvellement de son admiration pour les mystères du Kosmos (Hropta du “crieur du Temps”)…
          Malheureusement les jeux et les promenades éducatives avec l’Ase, le Druide ou le Mentor ne se font plus dans les “jardins du Loup” : le Lycée6 ! Le “travail post biblique” – celui qui est “une punition dans cette vallée de larmes” et l’habitude de “casser les mauvais esprits païens” dans les écoles de Charlemagne* – ont tué l’esprit d’une pédagogie de découverte, joyeuse, harmonieuse, dans et pour la communauté*.
          Une idéologie “étrange” (étrangère) a été plaquée sur le corps social, le rigidifiant sous les interdits auxquels on n’adhère pas sans la terreur, et ces corps individuels qui n’adhèrent plus, pendouillent, se disloquent, sont la proie des “mauvais bergers”, de révoltes destructrices et inutiles. En un mot : “Notre monde est maintenant désenchanté” !…

          Mais, foin de mauvaises humeurs, regardons ensemble quelques jeux rituels, de jubilation et de pédagogie ludique qui se pratiquaient déjà dans les temps anciens du Paganisme*, quand nos ancêtres étaient encore fidèles aux Dieux* de leur ethnie :


Un idéal aristocratique* : les jeux et compétitions entre enfants et adolescents s’appellent agones en grec, d’où “l’idéal agonistique” qui consiste à être le meilleur, le premier des épreuves, à surpasser ceux de sa catégorie, idéal qui imprégnait l’éducation au début du XXe siècle, au moment de la renaissance des jeux olympiques avec Marrou et Coubertin (on a perdu plus de Valeurs en un Siècle qu’en deux Millénaires!)


Énumération (Thulur)
de quelques Jeux “signifiants” :


Les jeux de balançoire : Le rapport de ces jeux avec la fécondité du clan*, à cette date qui correspond à nos Fêtes du 1er Mai et en particulier à la Hiérogamie*, fait que nous en reparlerons en détail dans l’article Sexualité* d’où nous extrayons cependant ce passage : “il en existe des figurations nettement érotiques qui vont de la Méditerranée aux Indes qui, si elles n’épuisent7 pas le sujet (si l’on peut dire), sont une voie de recherche. Il pourrait s’agir d’un rite* appartenant à la hiérogamie printanière du Soleil nouveau – le Dieu-Fils adolescent en sa course périodiquement ascendante et descendante – et de la Terre Mère qui, après l’hiver, attend d’être fécondée. Et, nous n’oublierons pas ici que la racine de Thulé signifie “balance” : un rite* de commémoration à l’ancien pays (topos) n’est donc pas exclu d’autant qu’il se fait au dessus… d’un feu !
          Remarquons aussi que la première femme de Zeus s’appelait Métus “Mesure”, ce qui et le propre des décisions “balancées” (Tulâ) entre le pour et le contre (tout comme Hœnir ne prenait pas de décisions sans consulter Mimir – Murmures-Mémoire – tous deux otages Ases chez les Vanes)…


Le “jeu du berceau” : combien d’enfant, en suçant leur pouce, font des boucles ou des noeuds dans leurs cheveux ou des trous dans leurs chandails ?
         Remarquons donc à ce sujet que nos cousins britanniques disposaient, depuis des temps immémoriaux, des rubans qu’ils laissaient pendre à la tête des berceaux et, assez rapidement, leurs babies se mettent à embrouiller et débrouiller ces rubans de leurs petits doigts innocents, révélant par là, un réflexe inné assez inattendu. Ils disent d’ailleurs que ce Jeu du Berceau, qu’ils nomment le Cradle’s Cat, est d’une grande importance pédagogique. Pratiqué aussi tôt, pourrait-il avoir pour but de “fixer” ces dispositions innées pour la broderie, la figure des entrelacs* et la récurrence idéelle comme on fixe le langage puis l’écriture à des âges bien précis ? Étonnant…


Les jeux de cartes : qui sont des jeux guerriers (Bataille) et de tactique (Bridge : Pont Bifrost chez les Germano-scandinaves, Pons sublicius à Rome) sont composés d’As(es), conseillers des quatre Rois/ Présidents, des Reines/ “Justice distributive” (Judith : Ju-Diké, Buddica), des Valets d’Armes/ Héros demi-dieux/ Chevaliers (Lancelot de la Table Ronde et ses compères), et de leurs troupes venant des quatre teuta/ peuples (“ceux des Îles du Trèfle” ;” ceux du Coeur d’ambre*”, les Atlantes* ; “ceux de la Pique”/ la lance, Frisons continentaux, Armanen (devenus les Germains) ; et “ceux du Carreau” (les Latinos, Italiques ?), quatre couleurs/ peuples qui figurent aussi les quatre directions du cosmos (les points cardinaux) mais aussi les quatre élément et, d’une manière encore plus évidente, les quatre saisons (cf.art. Svastika* sacré)






« Le Curling est un jeu écossais qui se jouait traditionnellement entre la “nouvelle clarté” Neu-Helle et le Jour de l’An – c’est à dire pour le Solstice d’Hiver sur la surface gelée du Loch Ness* (Le Lac de la Loutre), avec des balais de bouleau pour dégager givre ou neige et d’énormes palets qui ressemblaient à des fers à repasser : encore un jeu cultuel solaire. » Edgard de Nantes, la Maove, revue des Oiseaux Migrateurs de Normandie.





Les dés ou jeu du destin* personnel ont la même histoire que les cartes : ils étaient des instruments servant à l’éducation initiatique* et aux oracles festifs (“tirage des runes*”) bien avant de devenir des jeux de hasard8. D’autre part, il nous semble que les dés que nous connaissons sont une évolution du jeu formé de trois osselets, chacun étant gravé des huit Runes* sacrées d’une des trois famille (œttir) : Futhark, Hag-all et Tyr. (D’ailleurs on a retrouvé en Basse Égypte des jeux de dés sans points mais avec des lettres grecques, et d’autres avec du démotique…)


          On se rappellera que les Grecs pensait que le destin* était imprévisible et qu’il était dû à un jeu des Dieux9 : «L’Aïon est un enfant qui joue au dé (ou, qui déplace des pions ici ou là). » Héraclite, Fragments, 52.






Des lancers de disques enflammés
, qui sont aussi des jeux solaires, ont lieu lors des feux de Beltaine le 1er Mai. Ils ont perduré dans le jeu de fêtes foraines qui consiste à lancer un lourd patin sur rails pour “l’envoyer au ciel” sur un but au décor nuageux, y faisant éclater un pétard simulant l’éclair et le tonnerre de Zeus.
          C'est là un souvenir de ces disques de bois percés qui, étant enflammés dans un feu rituel, étaient lancés à l’Ouest par les jeunes qui rivalisaient d’adresse et de force : ils les prenaient avec une longue badine souple de coudrier et, les apportant sur une planche inclinée comme une rampe de lancement ou sur un rocher traditionnel, ils les faisaient rouler d’avant en arrière pour prendre de l’élan, puis ils les lançaient vers le firmament où ces disques faisaient la Comète… ou le Dragon*.
En Alsace, ces jeux – les “schwieweschlawen ”– subsistent toujours à Dieffenthal, Offwiller, Wintzenheim-Kochersberg (67) et à Liebesviller, Leymen, Magstatt-le-bas, Neuwiller (68) et sont pratiqués le premier dimanche de Carême sur une colline dominant le village et nommée le Schiewebarri :
« Les courbes de feu zébrant la nuit de leurs longues trajectoires sont un spectacle fascinant, témoignant de la vitalité des rites* solaires. Il est réconfortant de constater que les jeunes ne sont pas moins enthousiastes pour les pratiquer que leurs aînés. » revue Solaria n° 5 : c/o J.C. Mathelin, 7 rue Christian Dewet, 72012 Paris..


La roue de feu de Granus : lors de ces fêtes de feu solaire de Beltaine et de celles du Solstice d’été (qu’on appelle Tantad en Bretagne), il a subsisté longtemps un jeu sportif assez délicat et fort athlétique : deux jeunes gens enfilaient une longue perche dans une roue de char garnie de paille qui, après qu’elle eut été enflammée, dévalait la pente à folle allure. Ils devaient guider cette “roue de feu” en courant dans la sombre pente jusqu’à la rivière où elle finissait par s’éteindre. Bien peu y arrivaient, soit qu’ils aient trop freiné et elle s’éteignait en route, soit parce qu’ils étaient tombés et que la roue avait versé avant d’atteindre son but. Vous vous doutez bien que d’heureux gages, dignes de la Hiérogamie* princière, étaient alors accordés aux gagnants par les jolies villageoises !


Le jeu d’échecs : du germanique eschec “butin”, est commun aux “Indo-Européens*” depuis l’Iran – d’où une autre étymologie le faisait venir de Shah “roi” – jusqu’à la Celtie d’Occident, et des Germano-Scandinaves au Peuple des Minos :
          Certains disent que “ le jeu d’échecs fut inventé par les Grecs pour se distraire pendant la guerre de Troie”, mais nous ne sommes guère convaincu, à moins qu’il s’agisse de la Troie Mère, de l’archaïque Matrie des Doriens, et non de l’Illion des I(lli)oniens de Grande Grèce qui connut une guerre stratégique sans commune mesure avec la Gigantomachie/ Ragnarök qui ravagea l’Atlantide boréenne…

L’échiquier se compose de 64 cases, le carré de huit (octo) chiffres qui se retrouve donc aussi dans les diagonales. Ces quatre directions, dynamiques, de la marche des pièces dessinent un Muhlespiele ou Escarboucle héraldique (l’étoile à huit rais) sur l’échiquier (cf. notre art. Astrologie* nordique)…

Les pièces : voyons maintenant les diverses pièces du jeu d’échec actuel : le Roi est Odhin en Chef de guerre avec sa lance surmontée de l’angon/irminsul* et gravée des Runes* de la Parole Donnée ; la Reine toute puissante est Frigg sur son "haut siège" avec le Lycornu de la Justice* distributive en main ; le Cavalier Chevalier est un Centaure, un Sleipnir/ Pégase ou une Licorne* cabrée ; le terme “roquer”, employé dans la tactique du jeu d’échec, vient de l’ancien nom de la Tour Rok10 (la Tholos-Pharos des Frisons : le Torre d’Atlantis-Hélgoland).
          Au Moyen Âge, les autres pièces étaient : l’Auffin ou Alfin, c’est à dire l’Elfe* qui était le Fou° ou Joker ou Mat (italien matta, indou unmata) c’est à dire le Fol, conseiller (païen) du roi (cf. art. “nains* de cour”) ; et la Fierce ou Fers était le nom de la Dame ; les Pions s’appelaient les Paonnez ou Péons, c’est à dire “les piétons, la piétaille”, armés de crocs et de piques et “infestée par de vilains petits parasites, les mors-pions” (ce qui n’est pas un jeu de mots, mais une étymologie* authentique ! )

          De notre point de vue, ce jeu met en scène la “Guerre de fondation*” des Ases et des Vanes – peuples en partie symboliques – représentants des époques de civilisation s’étant suivies et combinées dans un synécisme qui déboucha sur l’Âge d’Or. Les gagnants du jeu d’Eschec seront alors des “as(es)”, cependant que les perdants sont épuisés, c’est à dire… “vannés” !
          On peut y voir aussi la lutte du Soleil Nouveau (Dieu Fils) dans le camp des “blancs”, contre l’hiver qui ne veut pas mourir, défendu qu’il est par “les Noirauds”, ce qui nous ramène à notre sujet, le
1° Mai, et à la hiérogamie* victorieuse du Soleil Nouveau ou Dieu-Fils avec la Terre-Mère qui re-naît sous ses rayons fécondants.


« Les échecs hindous se jouaient avec quatre adversaires et le déplacement des pièces était commandé par un jet de dés. Il s’agissait là d’un rite de la Pleine Lune et d’une réflexion générale sur la condition humaine (cf. art. Destin*)n. » “Knaur”.


« En celtique, le jeu d’échec se dit “intelligence du bois”, en breton
Gwerzboell, et symbolise plus particulièrement la “partie intellectuelle de l’activité royale”. L’échiquier représente traditionnellement l’Univers comme un Mandala°, et les pièces, les déplacements des êtres et leurs interrelations ; Lug, dans sa partie d’échecs avec Nuada, qu’il vainc, s’approprie la marche du Monde face au vieux roi qui l’accueille à la place d’honneur ; c’est une transmission de pouvoir…» Thibaud (Dictionnaire de Mythologie et de Symbolique celte, Dervy 1995), ce qui cache évidemment un “mythe solaire”.



Fidchell en If de Ballinderry
(in revue Message n° 43)


          Les échecs irlandais se nomment
Fidchell, ce qui signifie “science ou art du bois” : c’est un jeu de Vie dans lequel le Roi et ses hommes sont au centre (Tara) et attaqués de quatre côtés et ceci rappelle la structure provinciale de l’Irlande et de l’Escarboucle des Armes d’Écosse (cf. art. Blasons*) :
          « Le roi doit prouver sa capacité à régner, à exercer sa fonction sacrée de mise en ordre de tout l’espace qui dépend de lui en atteignant, avec ses champions, les bords et angles de l’échiquier, mais il lui faut pour cela déjouer des adversaires deux fois plus nombreux et qui viennent des quatre côtés. Ce “bois du savoir” servait en temps de guerre au Haut Roi à orienter “magiquement” le combat : il ne combattait pas lui-même, mais restait devant son échiquier, vivant le combat et l’incarnant en quelque sorte, cherchant à en orienter l’issue11 :

« Au jeu d’échecs je suis prompt
Je maîtrise les neuf arts
Je n’oublie pas les runes*
Familières me sont la lecture et la forge
Je sais glisser sur des skis
Je chasse et je rame avec profit
Je m’y entends à pincer la harpe
Et à composer une strophe. »
Irl. : Rogwald, Saga des Orcadiens, 1152.


          « Le Fidchell était à l’origine réservé au roi seul. Métaphoriquement, il est appelé vidupesla en Irlande, mot qui signifie bois de savoir” ou “intelligence du bois” (…) On prête au Fidchell une origine divine, de part la partie jouée entre Lug et Nuada. Ce dernier avait contesté la capacité polytechnicienne de Lug et celui-ci la lui démontra ainsi. » Drv. Dana, revue Message 43, 3e Trim. 1997.

          « L’aire de jeu, un plateau carré, est percée de quarante neuf trous (7 x 7) où ficher les pions. Le trou central est entouré d’un cercle, c’est le siège du roi. Un coup d’œil permet d’apprécier sa position à la fois privilégiée et exposée, avec ses grilles de mutations et d’interdits, parmi quatre fois douze guerriers rangés en ligne selon les directions cardinales; en rapport avec la quadruple répartition des cïceda (provinces)n de l’Irlande. Détenteur de la Souveraineté, son immobilité axiale est garante de la Paix. Au registre de la contingence terrestre, il est perçu comme la protection du Centre inamovible de la Roue* cosmique. Avant que ne s’ouvre le jeu, le fidchell est comparable à une représentation du monde tel qu’il est établi dans la pérennité de la Tradition (cf. art. Mandala*)n. » Rosmerta, revue. druidique. Message 1° trim. 98. Voir aussi Claude Sterkx in revue Vouloir n° 4 1998, Bruxelles.

          La soi disante origine iranienne de l’expression “
échec et mat” ne nous semble guère convaincante, nous l’avons dit, et nous opinons plutôt pour « Eschec et Mahrt » “butin et jument de la mort (angoisse)” comme signifiant :« C’est le destin* ! » Mais il faut signaler aussi le sens gaulois de “bon” (jour) pour mat sur le Calendrier de Coligny (jour “faste” selon le sens moderne de ce mot que nous avons pris aux Romains en inversant son sens !).
          D’autre part, en provençal, un mat est “quelqu’un qui a perdu la tête, qui est devenu fou” et comment concilier ce sens avec celui du gaulois si ce n’est en pensant au “Fol”/ Fou du roi, celui dont l’archaïque et druidique Sagesse se cache des cardinaux ministres derrière une apparente “folie” qui lui permet tous les conseils !
          Nous n’oublierons pas non plus, pour rester dans une certaine cohérence sémantique, qu’en germanique Matt signifie Puissant (bien proche de Mut “Courage”) et l’on aurait alors : “
Butin et Puissance !” ce qui est bien dans l’esprit d’un Jeu de Rois !


          Nous pouvons aussi citer des jeux, plus exotiques à nous autres hexagonaux, tels le Hnefatafl norrois qui met en scène sur un échiquier de 19 lignes (19 = cycle métonien) le soleil et les planètes parmi les étoiles, ou le Tawlbort, joués en Scandinavie, en Angleterre et en Écosse12.


Les jeux de maillet13 : sont dignes de Thor ou de son cousin gaulois Sucellos. Dans Le Fiolet qui se joue encore en Val d’Aoste le 1er Mai : on lance un palet ovoïde posé sur un rocher, avec une masse en bois, l’eima. On peut y voir la survivance d’un ancêtre du polo et du hockey et, qui sait, du colf hollandais ou du golf 14, sport national des Écossais. C’est un parent du chollet ou crosse, de nos Flandres et du Pal-Mail des Britanniques…
          On se rappellera que Cûchulainn (le Chien de Cûlann, IIème fonction*), lorsqu’il n’était qu’enfant (Setanta), eut à lutter contre un fantôme. La seule arme de cet “apprenti héros” n’était alors qu’une crosse de hockey avec laquelle il coupa la tête du monstre et la poussa ainsi comme un ballon sur le “champ de bataille”…



La marelle (“petite mort”) est un Jeu du Ciel et de l’Enfer, et nous en disons un mot dans notre article sur le Labyrinthe*. Remarquons ici que la forme spiralée qui lie la Terre au Ciel en douze stations15 de certaines de ces marelles escargot est un jeu astrologique*/ astronomique, un jeu du destin* annuel, chaque case étant marquée – à l’origine – des deux Runes* mensuelles correspondant à la position des deux pieds.


Le “jeu du moulin” : si le schéma du temple* de plein air (Hag/ Németon) consacré au Soleil et à l’Astronomie* comme déterminant le Calendrier sacré* fut appelé Muhlespiele par les Allemands, c’est à dire “jeu du moulin”, c’est peut-être par l’effet de la Kala ou prescription secrète (cf. art. Gioïa*), tout comme notre Danse des Rubans autour de l’Arbre de Mai provençal est devenue une Danse des Cordeliers ; mais il se pourrait fort que ce soit tout simplement le sens d’un rite joyeux, donc d’un “jeu cultuel”, tel la Danse* du Moulin, en Alsace, en rapport avec l’harmonie du Cosmos que les Nordiques nomment Moulin du Joyeux ou Moulin de la grande chanson !….
          

Les Jeux à caractère religieux* avec compétitions
avaient lieu depuis le début de l'Âge de Bronze dans la Fédération Atlante borénne et remontait probablement au Mégalithique si ce n’est au Magdalénien mais, en Grèce, les “jeux funèbres” ou commémoratifs n'apparurent qu'après l'arrivée des Doriens. On dit d'ailleurs qu'ils furent créés par l’oracle Héraklès à Delphes et à Délos, et la date de la première célébration chez les Grecs serait 776, voire même 884 AEC. Mais on dit aussi que les Jeux Olympiques (infra) et les Jeux Delphiques passaient pour avoir été créés par les Dactyles de l’Ida crétois.
          Ils avaient lieu tous les 99 mois lunaires. S’y tenait la Fête des Couronnes, appelée Fête du Laurier aux Jeux Thébains. On y retrouvait bien sûr la présence de la même et nécessaire fontaine sourdant d’une grotte (cf. art. Vierge Noire*), commémoration de l’Ancienne Matrie exige !
          Après leur disparition, ils furent rétablis pour Noël 274 sous le nom d’Agôn Solis par Aurélien en l’honneur de Sol Invictus, dans une sorte de réforme païenne. Ils avait lieu tous les quatre ans du 19 au 22 Octobre (Marc Cels, rev. Solaria n°4 & 20).



Le Jeu de l’Oie : clanique – illustré/ historié – était déjà pratiqué chez les Grecs et, nous semble-t-il en Crête et l’on pourrait sans doute considérer ce jeu initiatique comme un héritier du, ou représenté par, le célèbre disque/ calendrier de Phaestos16, disque fort probablement “historié” que, malheureusement, nul n’a su déchiffrer à ce jour…
Sauf le Letton des U.S.A., Andis Kaulins, sur son très intérerssant site Internet : <lexiline.com> . mais avec un sens radicalement différent et fort. étonnant ! Si vous voulez lire son article maintenant, cliquez sur ce lien :

[disqphai.pdf]
Vous reviendrez ensuite automatiquement dans notre article pour le terminer !




Les jeux ou fêtes du Fanum Voltumnae en Etrurie : « Une fois par an, de grandes cérémonies étaient organisées au Fanum Voltumnae28. Les représentants des États de la Ligue des douze y délibéraient de questions politiques et économiques intéressant la ligue, et élisaient un président, le Sacerdos étruriae. Devant les temples* et après les délibérations des chefs, des prêtres* célébraient le service sacré et invoquaient, tournés vers le soleil levant, les bonnes divinités et, tournés vers le soleil couchant, les mauvaises. Aux sacrifices et aux prières succédaient des compétitions et des jeux poétiques… » Werner Keller, Les Étrusques, GLM 1976.
          Ces fêtes apportaient une relative unité culturelle à cette fédération de douze citées étrusques. Elles eurent lieu pendant près de mille ans, du VIIème siècle AEC au IVème siècle CE.

          « Au XIIème siècle, on sait encore que le Jeu et le Sacré* sont liés. Bien sûr, là comme dans d'autres aventures, au fil des siècles le dogme (†)29 s'imposera et étouffera l'inspiration. La pompe perdra l'esprit. » Marol.

          « Chez les étrusques, M. Piganiol nous l'enseigne, les jeux avaient lieu autour d'un putéal à margelle dont il retrouve, à Rome, l'équivalent dans l'autel* souterrain du champ de Mars. Sous le nom de Tarentum, il était dévoué à Dis Pater et à Proserpine, et on ne le découvrait que lors de la célébration des jeux annuels d'octobre (cf. Fête* de Samhain/ Toussaint)n. La tradition en fut renouée par Auguste pour
les jeux séculaires. En outre le Circus Maximus possédait, lui aussi, son autel souterrain, consacré par Evandre au dieu Consus, renouvelé par Romulus*, et que Tertullien vit encore en place. Cet autel, *caché au fond d'une fosse que l'on découvrait30 pendant les courses, était en relation avec l'édifice des metæ autour duquel tournait les chars. Que représentait cet édifice ?
          « On sait qu'il se composait d'un socle supportant trois bornes coniques, les metæ, dont la valeur funéraire est nettement attestée par les peintures étrusques. Je ne peux éviter de les rapprocher des trois piles (maçonnées) des édifices chronographiques, et de songer, en même temps, à l'arbre encadré par deux pierres polies des courses troyennes. M. Piganiol ajoute que
les jeux irlandais avaient toujours lieu autour d'un tombeau, et que leur objet était de "rajeunir les morts pour rajeunir en même temps la nature et les rois". » Amable Audin, Les Fêtes solaires, PUF 1945.

          Et, bien sûr, vous aurez aussitôt pensé que les courses de chevaux, tout comme celles des athlètes sur le Stade, vont à senestre, ainsi que le font les Anglais et les trains par fidélité païenne. Ce sens, réputé funèbre, ne l'est que parce que les rites s'adressent à la nature, morte – la terre gaste – et aux Dieux… qui sont tous morts, “Gris”, dans la grande Submersion de la Gigantomachie nordique ou Ragnarök. Et nous préciserons, en quoi tourner à l'envers de la dextre les ferait-il rajeunir ? Parce que le soleil tournant à dextre comme la meule du Moulin de la Grande Chanson, ainsi s'écoule le joyeux Temps ; à l'inverse – c'est un peu surréaliste mais il y a là une certaine logique, au moins au niveau de la symbolique* – on peut faire revenir le Temps en arrière en dansant à contre-sens : c’était déjà l’idée d’une “machine à remonter le temps” qui fera bien plus tard le bonheur de l’Anglais Wells…
          Et, poursuivant, Audin ajoute : « Il n'est pas douteux que ces autels* souterrains liés aux jeux royaux n'aient été considérés comme des portes infernales où les vivants pouvaient entrer en communication avec les morts. C'est que les morts, eux-aussi, étaient présents et actifs au cours des jeux annuels ; ils y présidaient comme à tous les actes importants de la vie terrestre… » car c’est eux qui sont ici célébrés, ce que nous retrouvons lors des fêtes* de Samhain/ Halloween (cf. art. Mânes*).

Les jeux funèbres31 étrusques de Tarquinies avaient une spécialité, un tableau vivant, qui représentait : « Un homme masqué, la tête couverte, (et) était attaqué par des chiens. »
          Cela mériterait très certainement un décryptage mais, avouons-le, nous n’avons pas trouvé d’autre piste que celle que nous dicte habituellement notre “douce manie” : c’était là – sans doute – la commémoration du déluge septentrional, celle de l’attaque des Dieux* Hyperboréens* par le funeste Cerbère/ Fenrir !
          Dans la Rome impériale, après la destruction de la culture étrusque, nous en trouvons confirmation dans ce rite : lors des
jeux* du cirque, le Dispater, portant même masque et marteau que Kharun/ Charon, était chargé de traîner hors de l'arène les gladiateurs tués…


Un autre jeu est le lancer de disque solaire, l’arme de Persée qui tua le roi Acrise, délivra Andomède de ses liens* et décapita la gorgone Méduse pour en faire un bouclier “affreux” et l’on retrouve ce disque dans la mythologie scandinave mais en forme de triskèle° (cf. art. Blasons*) comme “Coeur de Hrungnir” et baptisé aussi du nom de “pierre à aiguiser” ou de “meule” (cf. aussi mythol. celtique, et Gargantua)…


Les jeux de la tauromachie : nous les évoquons dans notre article romancé sur Ulysse* et Nausicaa, jeux cités par Platon et que l’Ibérie des Atlantes du Sud (Herman Wirth) nous conserva… par bonheur !
          Les avis sont partagés entre l’admiration montherlandienne du rite* et du courage et le « dénigrement écolo sentimental des banlieusards-incultes-et-déracinés-qui-mangent-de-la-vache-hormonée-à-tous-leurs-repas.» Euphronios Delphyné.

          On consultera aussi avec intérêt l’articles Danse*. Mais il n’est pas question de faire ici une énumération des divers jeux pratiqués lors de nos “commémorations funèbres”, une simple évocation suffira : la course à pied, les courses de chevaux et les tirs à l’arc… principalement en souvenir de l'exploit du Héros Solaire, Apollon* :

MàJ du 25 mai 03 : Voulez-vous lire un article de 1843 parlant du tir du [papegay] à l'arc ? Alors, cliquez sur le bouton bleu […] précédent ! Vous reviendrez ensuite automatiquement dans notre article pour le terminer !


…Et tous les jeux de chasse, puisqu'ils ont été évoqué dans le chapitre “Festival d’Apremont” du premier tome de cette étude. Le javelot est évoqué à l’article Romulus*. Le jeu de Saute canaux ou Jeu de la Perche Simul très apprécié des anciens Frisons est évoqué dans l’article romancé Ulysse* et Nausicaa.

          Il est d’autant moins question d’énumération exhaustive que les jeux olympiques modernes, mondialistes et marchands (mais n’est-ce pas là un pléonasme?), ignorent tout des origines ethno-cultuelles des Jeux Funèbres qui étaient pratiqués par nos divers clans* de transfuges du cataclysme septentrional et, surtout, que le but de ceux-ci étaient l’élection à la tenure présidentielle ou régalienne de chaque communauté*.
          Et gageons que le respect qui devrait être dû à “Coubertin le refondateur” ne les empêchera d’accepter tous les jeux ethniques (jusqu’aux plus exotiques) dans de nouvelles épreuves : il ne restera plus alors qu’à supprimer le mot “olympique” qui fait seulement référence aux dieux païens du panthéon indo-européen* et pourrait paraître par trop ethnocentriste32 en ces temps et idéaux d’homo consumans, et à les appeler “Jeux Sportifs Mondialistes” 33… on y va et ce ne serait pas plus mal, car certains, épris de fidélité, pourrait refaire les jeux de Leurs Ancêtres, tout nus… et sans commerce : le Rêve !


Les Jeux de Quilles et Bowling : nous semblent – du fait de leur forme de gnomon à boule – se rapporter à des jeux astrologiques*/ astronomiques et donc à des cadrans solaires ou/ et des Muhlespiele/ Escarboucles. Ils mettent sans doute en jeu, eux aussi, une commémoration du cataclysme qui mit fin à la civilisation de l’Île Mère, l’Atlantide*/ Héligoland… “comme un chien (Fenrir/ Cerbère) dans un jeu de quilles”… de Stonehenge !


Faire la Roue : en souvenir des acrobaties (cultuelles) de Cûchulain ? Mais on dit qu’il s’agissait là d’une figure guerrière très rapide qu’exécutait le Héros parmi ses ennemis…

Tirer les Runes* fut-il un jeu (cultuel) semblable au Mikado ? Qui sait ? Nous traiterons ce sujet dans l’article Runes* secrètes…


La Soule ou Sioule
est de même racine que Sol/ Sul34/ Saul/ Soleil : comme ce mot signifie “méditation” en gaulois, il y a là de quoi méditer en effet sur la signification astronomique que représente le passage solsticial de ce ballon d’or (il fut traditionnellement doré) entre les deux gnomons/ perches du jeu* de sioule dans la ville brittonique de Rugby35 : c’était là un rite* de solstice d’hiver probablement, un jeu dans lequel les "Noirauds" cherchaient à attraper la soleil représentée par le ballon – un nom bien digne de Belenos, comme par hasard – et à le cacher aux yeux de ses ennemis ! Et les "blancs", les Dieux* du Ciel Clair (*Diew) cherchaient à le protéger ou à le délivrer des "forces du chaos", des Titans ou “noirauds”, dans ce Combat des Géants ou Gigantomachie/ Ragnarök.
          Ainsi, dans ce qu'il est devenu dans la ville viking de Rugby (G.B.), le tir entre les poteaux représente le parcours d'Hélios/ Sol depuis la Grèce (l'Est) jusqu'en Hyperborée la patrie d’Apollon, les Hespérides (le Couchant, le nord ouest) et ce, en visant le portique sacré* d’Atlas, l’Hypsipylon. En effet, les buts du rugby sont un portique*, une prostasis, c’est à dire deux colonnes réunies par un linteau et, nous venons de le voir dans l’article Astrologie* nordique, ce jeu évoque bien le passage du soleil entre les deux gnomons marquants l’entrée du célèbre port de Noatun, “l’enclos des nefs” d’Atlantis* (cf. aussi art. Ulysse* et Nausicaa)…


« 
Les jeux de balle d’origine rituelle étaient encore courants au Moyen Âge en Europe où l’on jouait souvent avec un ballon en cuir doré qui avait jusqu’à un mètre36 de diamètre, dans l’axe Est-Ouest de la Cité ce qui correspond à la course du soleil. Ces jeux de balles auxquels participaient aussi les ecclésiastiques, étaient pratiqués le plus souvent au Printemps, à Pâque ou au 1er Mai, par un parti d’hommes mariés contre un autre de célibataires (bacheliers). Il s’agissait là, essentiellement, de la compétition entre deux groupes sociaux distincts pour savoir lequel s’approprierait la source de la vie et de la lumière… » Dict. “Knaur”.
          Ce à quoi nous ajouterons : …et le droit de conquérir la Belle de Mai, symbole de la Terre-Mère qui doit être fécondée par le Dieu-Fils adolescent lors de la rituelle Hiérogamie* des
Fêtes du Mai.
          Et ce, jusque chez les Mhongs du Laos, voisins des Akkas qui pratiquent eux-aussi la balançoire des fiançailles printanières, où les jeunes filles jouent interminablement à la balle de cuir : celles qui la laisse s’échapper doit, en gage, chanter une chanson !…


Le tarot, dont toutes les “lames” correspondaient à l’origine aux runes* sacrées, est donc, sous cet aspect, un jeu initiatique* et ne peut être appelé “divinatoire” que par ceux qui confondent “divin” et “pré-dictif”. Nous avons vu dans l’article Astrologie* la valeur qu’on peut accorder aux horoscopes individuels et nous verrons à l’article Runes* comment un système éducatif dégradé donne la superstition de tirage des runes et donc, de même, celle des tarots dits prédictifs…
          C’est un jeu qu’il conviendrait de décrypter, si nous avons le temps… et si nos nombreux amis lecteurs veulent bien nous donner leur point de vue ou leurs éléments documentaires :
“Parlons-en”… infra ! (parution prochaine!)


La tèque, d’origine normande, est à l’origine du jeu “américain” de base-ball après son passage par les Îles Britanniques. Solaire comme tous les jeux de balle, mais différent de la “balle au pied” puisqu’on relance la balle avec une tèque (une batte) en dehors d’un terrain circulaire entouré de poteaux ou pals : 12 ou 24 ? (cf. zodiaque dans l’article Astrologie* nordique), un terrain où l’équipe adverse tentera de l’attraper. Il est différent aussi des jeux de colf/ golf par le fait que le batteur parcourt le cercle sur lequel il ne sera arrêté que par le jet de la balle reprise par l’adversaire.

« La place de choix donnée au
jeu de tric-trac chez les Germains s’explique par la symbolique cosmique qu’ils retrouvaient dans la distribution des cases. » Pierre Grimal et alia, in Mythologie des montagnes, des forêts et des îles, Paris, 1963.


Signalons qu’il existe bien d’autres jeux qui furent détournés de leur objet
pédagogique. Ils attendent toujours un patient décrypteur : vous peut-être ?…
“Parlons-en !”


Suivra maintenant une étude préliminaire de notre amie
Monique P, membre cofondateur de “Racines et Tradition”
et chargée chez nous de l’étude des jeux d’enfants et des comptines :



Ndlr :
Si nous nous permettons d’intervenir de quelques fois dans son texte
( en noir, et en “notes de bas de page” ),
ce ne sera pas pour le corriger, nous ne saurions nous le permettre,
mais pour préciser notre propre pensée, fruit de cette lecture, et
selon ce parti pris “boréen” auquel vous êtes maintenant habitués…



LE JEU : UN DÉFI AUX DIEUX

Le jeu et le sacré :

           Le jeu participe du sacré* ! À l’origine, le jeu témoigne d’une forme particulière de la relation de l’homme avec l’Univers. Les jeux apparaissent comme l’une des formes du dialogue de l’homme avec l’invisible, avec l’au-delà, avec les dieux*, avec le sacré. Les jeux sont intimement liés au sacré. Même les jeux contemporains les plus profanes en apparence dérivent de cette origine : ils sont (ou ont été) liés à une célébration ou à une manifestation du sacré. Tous les jeux, déjà, sont dans la fête primitive.

          Dans l’antiquité, les jeux publics célébraient les grandes divinités ou celles qui régissaient la cité. Ainsi, en Grèce, les jeux étaient-ils organisés par chaque cité et consacrés aux dieux tutélaires de cette dernière : les Jeux Pythiques à Apollon*, les Jeux Isthmiques à Poséidon et les Panhelléniques d’Olympie à Zeus*.
           Chez les Grecs et les Romains, les cérémonies et les fêtes religieuses étaient accompagnées d’épreuves au cours desquelles s’affrontaient athlètes et acrobates mais également déclamateurs et musiciens.

           Les jeux de “corps” au cours desquels s’affrontent les athlètes impliquent la participation collective et procèdent de l’esprit de compétition. Ils permettent la revendication de l’effort, de la maîtrise du corps et de l’agressivité.

          La présence d’une équipe adverse dans le jeu collectif (ou d’un adversaire dans le jeu personnel) introduit, d’une part, la notion de concurrence à soutenir pour dominer l’ordre du monde, d’autre part, la notion d’un combat à mener contre des forces hostiles.

           La prêtresse de Déméter
(“Déesse Mère”*)n, déesse de la Fécondité, était la seule femme admise aux jeux olympiques : sa présence et l’honneur qu’on lui rendait inclinent à penser ces jeux comme le symbole* de la lutte éternelle des forces de la vie et de la mort, comme l’expression synthétique d’un conflit cosmique et biologique (celui du grain qui lève et qui meurt).
          De la même façon, le jeu de balle ou de pelote des Mayas (Tlachtli) – longtemps pensée comme une simple imitation de la course du soleil – serait plutôt lié à la fécondité et à la souveraineté, en tant que célébration des divinités qui ont le pouvoir la fécondité de la terre et d’assurer la richesse du pays .

          Ainsi, à l’origine, le jeu témoigne des conflits et des luttes cosmiques ; il exprime aussi l’organisation du Cosmos que l’on imite en jouant :

     Les cartes (et leurs quatre couleurs) représenteraient l’Univers dans ses quatre parties fondamentales (quatre éléments, quatre points cardinaux) et refléteraient ainsi un ancien schéma quadratique du Cosmos et de l’Univers.

     Les six faces du dé (et les six points) pourraient symboliser six aspects du monde : l’humain et l’animal, le minéral et le végétal, le psychique et le divin37.

     Les échecs se jouaient en Inde à quatre adversaires, le déplacement des pièces étant déterminé par un jet de dé. Sous sa forme élémentaire, l’échiquier figure le Mandala* quaternaire simple
(cf. notre art. M*) : avec ses 64 cases (43) représentant la réalisation de l’unité cosmique, le chiffre 4 rendant compte de la structure du Monde. L’échiquier apparaît ainsi comme le champ d’action des puissances cosmiques : s’y déroule une lutte entre pièces blanches et pièces noires, entre les dieux* et les titans, entre l’ombre et la lumière38 . L’enjeu du combat étant – dans tous les cas – la suprématie (de la Connaissance ou de sa Régression) sur le Monde.
          À l’origine, jouer aux échecs était une activité sacrée*. Il s’agissait d’un rite* de réflexion et de méditation sur la condition humaine et sur l’Ordre
(et l’Harmonie) de l’Univers.

Jeu et Initiation*


          Le Mandala* étant tout à la fois image du Monde, représentation des puissances divines, support de méditation et symbole* de la psyché humaine, le combat qui se joue sur l’échiquier est transposable à l’intérieur de l’homme car le psychisme humain est aussi le théâtre de luttes et de conflits, le joueur manipulant ses pions selon la maîtrise qu’il a de lui-même et de ses énergies. L’expression couramment employée par les joueurs d’échecs “Les échecs c’est comme la vie” exprime bien la présence de forces antagonistes dans le jeu, la présence de la vie et de la mort.

          Le jeu traditionnel de la Marelle (auquel jouent encore les enfants dans les cours d’école) simule un parcours d’épreuves entre “l’Enfer” (la Terre) situé en bas et le “Ciel” (en haut). La marelle
(spirale)n renvoie ainsi (aussi)n au jeu du “du Ciel et de l’Enfer”, jeu au cours duquel les enfants dessinent une spirale sur le sol et poussent avec le pied un palet à travers 12 cases jusqu’au centre. Ce jeu semble ainsi lié à un symbolisme astrologique (les douze Domus/ Maisons/ Signes du Zodiaque). Mais, évoquant également l’exploration du labyrinthe*, il témoigne d’un parcours individuel d’initiation* psychique et spirituelle.


          Bon nombre de jeux relèvent ainsi d’une démarche initiatique : dés, échecs, tarots mais également osselets, dominos, bilboquet, jeu de l’oie…
          On retrouve en effet les traces de cette dimension hautement initiatique du jeu dans le Jeu de l’Oie, sans doute directement hérité de la symbolique du Labyrinthe. Il faut atteindre le “Château de l’Oie” après avoir franchi 63 cases (7 x 9) rythmées par la représentations de 14 oies ( 7 x 2) au total, et avoir ainsi réussi ses épreuves et reçu ses initiations. Les 49 cases qui ne comportent pas d’oie peuvent s’interprêter comme “la perfection du sept” (72 = 49).

          Ainsi, il y a toujours eu du sacré* dans le jeu; comme il y a toujours eu du “ludique” dans le sacré. Le sacré est également présent dans tous les jeux de “l’aléa”, les jeux de hasard qui étaient à l’origine intrinsèquement liés à des pratiques divinatoires39 .

Jeu et hasard


          En Chine, les devins prédisaient l’avenir au moyen des mêmes jeux de hasard que ceux qui servaient couramment à jouer. Aujourd’hui encore, les jeux de cartes – et plus particulièrement les Tarots° – servent à jouer aussi bien
(mal?) qu’à prédire
l’avenir40.
          Le joueur, comme le devin, se jouent quelquefois de l’autre et jouent sans cesse avec le sort, avec le hasard et la fortune. La divination n’est peut-être qu’un moyen de faire un pied de nez au hasard.

          Les jeux de hasard conservent un caractère sacré profond. Parce qu’ils sont dérivés de manifestations d’ordre religieux ou cosmique, ces jeux de la chance, de “l’aléa” utilisent les cartes, les dés, les “roues de la fortune”.
          La Roue de la Loterie représente la grande Roue de l’Univers. Les dés (du latin datum) révèlent des nombres “donnés” par… le sort. En ce qui concerne les cartes (Tarots), prédomine l’idée qu’une puissance divine ou surnaturelle agit sur le mélange des cartes, sur leur agencement et préside à leurs résultats41.

          Cette idée – selon laquelle le jeu est conduit par les dieux*, idée selon laquelle l’issue de toute épreuve et de tout combat dépend, comme celle d’un jeu de hasard, d’une décision sacrée émanant des dieux – montre que si les jeux de hasard sont liés au divin et au sacré, ils sont également liés à la divination.

         La hasard rejoint en effet la divination : plus un jeu comporte de hasard, plus on peut supposer qu’il dérive d’une pratique oraculaire ou divinatoire.

           La divination incarne l’idée que les dieux eux-mêmes gouvernent le monde en jouant. Cette intuition se retrouve encore aujourd’hui dans les réflexions et les débats de la science contemporaine. Einstein objectait à Niels Bohr (devant l’interprétation probabiliste de la mécanique quantique) que “Dieu ne joue pas aux dés”. Ce à quoi Hubert Reeves répond “C’est faux, Dieu adore les jeux de dés”.

          La divination par une énigme ou par le sort n’est jamais considérée comme un simple recours à un hasard aveugle, mais plutôt comme un appel lancé aux puissances divines. Comme il est en effet impossible de prévoir quelle sera l’issue d’une chute de dé ou d’un tirage au sort, les résultats semblent dépendre d’une intervention divine.
          Proposer une énigme à l’adversaire, le tenir jusqu’à ce qu’il trouve une solution, c’est démontrer qu’on a le soutien des dieux. L’énigme prend un sens sacré.

          De la même manière, tous les jeux de hasard visent d’une certaine façon à contraindre les dieux à trancher d’un quelconque conflit profane et futile : au regard des religions* monothéistes, les jeux de hasard, de cartes et de dés, les paris, sont ainsi apparus comme une atteinte au sacré42. Ceci explique la condamnation du jeu par l’Islam, par l’église* catholique. Au XVIème et XVIIème siècle on note l’importance de la lutte du pouvoir catholique contre les fêtes* 43, les divertissements, les jeux en général et le jeu de hasard en particulier.

          Provoquer le sort par le biais d’un jeu, c’est provoquer symboliquement le hasard, le destin*, le temps. Dans la mythologie, la notion du temps incarne presque toujours les caractéristiques du sort ou du destin. Dans les épopées perses très anciennes, le terme désignant le temps peut se remplacer par des mots signifiant chance, destin ou hasard.
(!)

          D’une manière générale, le jeu, comme les fêtes et les orgies rituelles, apparaît comme une échappée hors du Temps. Le temps du jeu, comme celui du mythe* est en effet le temps de “l’illo tempore", un temps hors du temps réel, ordinaire et profane.
          On rejoint le “temps du jeu” en acceptant un certain nombre de règles qui, en organisent le déroulement, en interrompant le cours de la durée profane, l’inscrivant dans le Temps sacré. Jouer c’est ainsi refuser que le rythme de sa propre durée ne soit que le seul reflet individuel du temps social, du temps profane.
          Jouer c’est donc rejoindre le temps sacré. Parce que le Temps et le Hasard sont étroitement liés, jouer c’est essayer de montrer que l’on possède un quelconque contrôle sur le destin*, sur le hasard et le temps.
          En jouant, l’homme livre un combat symbolique dont l’enjeu est la suprématie sur le Monde, la victoire de la vie sur la mort. Affrontant les dieux* sur leur propre terrain – celui du sacré, de l’éternité – le jeu signifie la volonté humaine de dominer l’ordre du monde.
          Parce qu’il révèle ainsi un désir profond de maîtrise et de contrôle sur l’inconnu, l’incertain, sur le divin et le sacré, le jeu apparaît comme une provocation aux dieux. Jouer c’est donc se placer face aux dieux en position de “challenger” en situation de défi :

Le jeu est un défi aux dieux !


Biblio plus :
Fink E., Le Jeu comme Symbole du Monde, Minuit 1966.
Huizinga J., Homo Ludens, Mexico 1943.



1ère parution le 22 juin 01, 2ème mise à jour le 18 mai 03








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