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LES FÊTES
TRADITIONNELLES


Étymologie :


          Notre mot fête vient du latin feria, fesiae, de Fas2 : idée de ce qui est sacré*3 . Un Fanum – de fas-num – est un lieu sacré, c’est celui où se déroulent nos rites* festifs comme nous l’avons vu dans le premier livre de cette étude, au § “Les Champs de Mai” (in Le festival communautaire d’Aspremont s/ Furon)…
          Une autre étymologie, tout aussi latine, fait venir le mot du verbe ferir “frapper”, d’où dies festus “jour frappé” d’un signe spécial (ce qui est aussi un des sens du mot “tabou”). On pensera au “jour du Soleil” – dominus – qui est “frappé” du son des tambours d’airain, ou cloches de bronze sous l’action du marteau du Jacquemart4 (cf. all. Glocke et angl. clock “pendule”)…


Climat :


          « Le jour de la Fête, « le village vit des heures de communion profonde entre tous ses membres, les soucis et les querelles sont volontairement oubliés, un intense contentement fait déborder les cœurs de joie dans l’euphorie des banquets de famille, dans l’ivresse des ébats chorégraphiques. Ce sont des instants inoubliables où l’on pourra puiser des forces pour toute l’année. On retrouve cette atmosphère dans quelques villages isolés ou aux grandes fêtes traditionnelles… »
          La fête patronale qui remplaça celle du dieu éponyme de la cité était une « grande solennité de l’année et avait une valeur* sociale. Après une longue période de labeur et de tracas, elle apportait une heureuse détente, qui favorisait les réconciliations, les accordailles et les affaires, influence qui persiste dans les villages isolés (Mais) la notion de fête tend de plus en plus à s’appliquer à des spectacles où l’homme a un rôle purement passif, tandis que jusqu’à la fin du XIXe siècle, la fête patronale opérait une coupure très nette dans l’existence ; il semblait, en ces jours de liesse, que tous les malheurs et les soucis de l’année étaient effacés, que la vie recommençait sous les plus heureux auspices. » Marcelle Mourgues (La Danse Provençale, ses origines, ses symboles, CPM Marcel Petit, 1985).


Le rôle des fêtes :


          « Dès qu’une vie collective s’ébauche, dès qu’une société se structure, le besoin se fait sentir de
fixer des repères précis dans le temps, pour se réunir et commémorer. Les fêtes contribuent à la cohésion d’une société. Qu’elles soient d’origine cosmique, religieuse ou politique, elles ponctuent le calendrier, le colorent de teintes différentes? Que l’atmosphère en soit recueillie ou débridée, les fêtes sont toujours un support de la traditionÀ ce titre elles ont une fonction de conservation. De génération en génération, elles assurent la transmission d’un ordre qui peut remonter au temps des origines (initia)n. Mais heureusement la tradition n’est pas seulement répétitive, un frein à l’évolution, voire une mort ; elle est vivante aussi et active et se nourrit de l’imprévu et de la nouveauté. » Hélène Bénichou, Fêtes et calendriers, Mercure 1992.

          Les Fêtes se déroulent dans un temps suspendu, intense, sacré*, à l’opposé du temps profane qui est, comme le nom l’indique, hors du Fanum, le lieu consacré. Leur rôle est – par une succession de rites* festifs – de créer l’enthousiasme – du grec en théio, c. à d. communier “dans l’esprit des Dieux” (cf. § “sacra”, art. Magie*) – communion qui poussera à l’action et, par l’action en commun, soudera entre eux les membres de la communauté*.

« 
Le temps dans lequel s’insère le carnaval est un temps de “rupture” et nous avons considéré que cette rupture n’existe que par rapport aux connotations culturelles qui y sont apportées. Si donc le groupe social porteur de valeurs* culturelles susceptibles d’être projetées dans la fête, ne constitue plus une “communauté”*, ces connotations de rupture, qui permettent l’accomplissement d’une “revitalisation” exprimée par la symbolique* de type “naissance-mort-résurrection”, doivent logiquement disparaître de la fête, ne correspondant plus à une vision du monde d’aucun groupe à caractère sociétal. » Marianne Mesnil.
          « Passage à la folklorisation : La fête se désacralise en devenant un spectacle (la rupture prend des connotations ludiques ou esthétiques) ; elle s’individualise et est “consommée” et non plus vécue (son support étant un groupe informel et non plus une communauté*) ; pour reprendre une autre expression de Greimas, elle devient un “faire-voir” (spectacle)n et non plus un “faire-faire” (rite)n. » Marianne Mesnil.

          Les rites* et la liturgie étaient préservés par la Mémoire et ils la développaient aussi : les fêtes rituelles servaient à fixer et à entretenir le souvenir des mythes de la communauté (information + répétition + respect + aspect festif = enthousiasme) et le texte en vers facilitant la mémorisation, la prosodie, l’accompagnement musical et la mélodie, la danse*, le mime, les masques et le jeu théâtral fournissaient à la mémoire des “images invisibles”… des eidolon !

          « Le don a partie liée avec la fête. De même que le sacré* est séparé du profane, la fête est isolée du travail : elle est le négatif même de l’activité laborieuse, de la quotidienneté, de la tranquillité. Période d’excès et d’outrance, de dépense et de gaspillage, d’insouciance et de joie, la fête porte la communauté au paroxysme de son être. Elle est aussi le moment fort du don (“don et contre-don”, cf. Champetier, Homo consumans, archéologie du don et de la dépense, Le Labyrinthe, 1994.)n.
« Chaque saison était traditionnellement inaugurée par des fêtes représentatives. Ces fêtes étaient, en somme, des rites* d’entrée qui préparaient l’adaptation des hommes au sens de la nouvelle saison à vivre
« À chaque printemps, l’être humain, contemplant la verdure renaissante, s’imprègne de la sensation d’un renouveau auquel il s’identifie ; c’est lui qui renaît avec le printemps. C’est enfin la belle saison qui s’annonce et ce retour de la vie apparaît comme une fête : fête des fleurs, de
Mai, de l’espoir, espoir de guérison. » Marie Claire Dolghin, Les Saisons de l’Année, Séveyrat, 1989.




          L’ordre des fêtes tout au long du calendrier reproduit le cycle de l’année cosmique re-naissante du Dieu-Fils/ Soleil qui vient d’apparaître pour l’Épiphanie ; la Chandeleur ; célébration de l’Ordre Cosmique, lors de la guerre contre les Noirauds en
Mai ; de la Vie, lors de la Hiérogamie* ; des promesses et des mariages au Solstice d’été ; des Moissons ; du Battage sur l’Aire sacrée, des récoltes et des Vendanges ; puis venait la fête du souvenir des ancêtres “divins” à la Samhain, avec l’abattage rituel des animaux et leur salaison et, finalement la mort du Vieux Roi-Soleil au Solstice d’hiver au double visage de l’an qui meurt et de l’an qui naît : Janus pour les Romains…




Les fêtes celtiques :


          Elles pourraient venir d’un archaïque calendrier fonctionnel pastoral à deux saisons. Il correspondrait alors à la sortie et à la rentrée des troupeaux : Giamonios et Samonios (irl geim-red et samrad, gallois gaiaf et haf). Correspondant au fêtes de Beltaine/ 1er Mai (la fête des moissons en Grèce/ Fête des Fleurs ou Fête des Couronnes) et de Samhain qui coupent donc l’année en deux : arrêt du forestage où l’on chante « Nous n’irons plus au bois », et départ des troupeaux ; puis retour des troupeaux et reprise des coupes de bois.

          Les deux autres fêtes forment avec elles une “croix de Taranis” , notre dieu gaulois Å Sucellus “l’excellent ou le Bon frappeur” : ce sont la Lugnasad (1er août) ou Fête des Moissons des céréales en Europe du Nord (lugna : “moissons”, ou Lammas) et, (passé la Samhain/ moisson des fruits, ce qui forme la “Triade des Moissons” marquant la belle saison), la Chandeleur/ Imbolc ou Fête des Chandelles qui confirme la Re-naissance du Dieu-Fils (Soleil) à la Neu Helle/ Jul* (Ste Brigitte la Triple Mère).


        Ces quatre fêtes celtiques principales, Imbolc, Beltaine, Lugnasad et Samhain correspondent donc à un calendrier des travaux agricoles et sont des fêtes de troisième Fonction*, les seules que la “nouvelle foi” pouvait tolérer et que les clercs allaient citer dans leurs ouvrages “bien-pensants”. Ce qui ne prouve donc pas qu’ils ne connaissaient pas les quatre autres, d’autant que leur goût pour l’astrologie/ astronomie est fort connu. Mais, un fait est, on n’y trouve pas l’axe vertical des solstices ni celui horizontal des équinoxes : en tout cas ces fêtes solaires de première Fonction*, plus cosmogoniques, plus religieuses et respectueuses de “l’ancienne coutume” et symbolisant l’axe du Monde se conservèrent mieux des destructions de l’Église* à l’abri de la grande forêt hercynienne, en Germanie profonde, jusqu'à ce que l’Église fasse faner l’Irminsul* des Externsteine à grands coups de masse (cf. art. Astrologie* nordique).
          Il nous faut donc remarquer que ces fêtes de la croix de Taranis, sont décalées5 d’une quarantaine de jours sur celle de la croix des Solstices et des Équinoxes : Imbolc au début du deuxième mois, Beltaine au début du cinquième, Lugnasad au début du huitième et Samhain au début du onzième. Il y a donc bien 4 fêtes solaires et 4 fêtes lunaires décalées :

           « Les quatre fêtes celtes des données irlandaises médiévales sont décalées de 45 jours par rapport à leur date calendaire réelle : il existe donc deux dates solsticiales et deux dates de fêtes équinoxiales. » Le Roux-Guyonvarc’h, Les Fêtes Celtiques, G.L.M. 2002.

          Les Celtes connaissaient fort bien les huit fêtes traditionnelles comme le prouve le
Bouclier de Fionn – en  – des anciens Irlandais, bouclier qui était un calendrier ! Nous pouvons le rapprocher de la figure héraldique de l'Escarboucle que nous avons vue dans l’article Blasons* – la chaîne de cet escarboucle étant celle de Lug qui lie* les participants du rite* par le pouvoir de son Logos, son “Verbe” sacré – ou celle du Muhlespiele de l’article Astrologie* nordique.

          Nous verrons aussi dans l’article Runes* les divisions de l'espace et du Temps, qui correspondent à nos huit fêtes traditionnelles : tout d'abord ces 4 fêtes agricoles typiques de la 3° Fonction* et qui correspondent (à cinq jours près) aux visées des levers et couchers héliaques aux solstices qu’est la Croix de Taranis ou Rune du Don des Dieux”. Ensuite, les quatre fêtes astronomiques* et initiatiques* de la 1ère fonction* – les solstices et les équinoxes – qui forment une croix* “grecque”. L’ensemble constitue les huit fêtes traditionnelles du monde boréen si caractéristiques de la “religion cosmique des Indo-Européens” selon la très heureuse expression du professeur Jean Haudry !




          Remarquons bien ici à nouveau que le calendrier des fêtes* celtiques est décalé de 40 jours, presque comme la Rune Gebo “don des dieux”, et cette croix de Taranis est cadrée sur le lever des Pléiades, dispositif qui précéda de longtemps la croix dite grecque des solstices et des équinoxes car les Grecs commençaient leurs moissons avec le lever des Pléiades et faisaient leurs semailles au lever des Hyades :
« Il ne fait guère de doute que, dès les premiers âges, la nécessité pratique de fixer les saisons propices aux semailles (sator)n et aux plantations a fait plus qu’une curiosité purement spéculative pour favoriser la connaissance de l’astronomie*, en obligeant les primitifs à interroger la grande horloge céleste afin d’y trouver l’indication des saisons de l’année. » Frazer. (cf. Astro*) 

          Cependant, compte tenu de l’importance de la Hiérogamie* dans notre
fête de Beltaine/ 1er Mai, il faut souligner que le mariage de la Déesse Mère ne peut avoir lieu que le 21 mars, au moment de l’équinoxe vernal, afin que le Dieu-Fils solaire naisse le 22 décembre pour le Solstice d’Hiver/ Neu Helle (nouvelle clarté) : chez les dieux, divins modèles s’il en fut, une gestation parfaite doit aussi durer neuf mois !
Cette hiérogamie se retrouve actuellement groupée avec
les fêtes du 1er Mai qui se doit d’être déterminé par la chevauchée sauvage de Walpurgis, mais ces fêtes s’enchaînaient parfaitement dans l’esprit de nos ancêtres, séparées qu’elles étaient par la routine du travail des champs !

          Au sens strict,
les Fêtes du Printemps commencent donc à la Chandeleur/ Imbolc avec l’attente du printemps, puis elles culminent avec le chaos et les inversions du Carnaval (qui était autrefois près de l’Épiphanie) et se terminent avec la Grande Hiérogamie du 1er Mai. Mais, puisqu’elles s’enchaînent dans une célébration de la fécondité – souhaitée ou obtenue – de Dame Nature, il est donc naturel d’évoquer cet enchaînement.

          D’autre part, il nous faut préciser que les périodes festives, chez les Celtes comme chez les Germains d’ailleurs, se déroulaient principalement la nuit :
          « Symboliquement, la gestation du jour de fête s’opère dans la ténèbre avant la lumière diurne ; la nuit équivaut à l’enceinte du fœtus dans la matrice ou à la graine dans la terre, avant sa naissance avec la lumière de l’aube. » Nigel Pennick, Magie du Nord, Pardès 1996.

          Pour l’essentiel, il en était de même chez les Grecs. Seuls les Romains semblent avoir privilégié le jour, mais sans doute est-ce une illusion d’optique : nous avons de nombreux textes écrits par des lettrés, donc des gens des villes qui ne nous parlent guère des rites paysans. De plus ils écrivent à une période où les rites sont devenus très formels (“casta”) et commencent à ennuyer le bourgeois, l’habitant du bourg qui perd ses racines : seules ses “affaires” l’intéressent… pendant les jours fastes.

Chez nos Gaulois, le VIII Atenoux Riuri (4-5 janvier), avait lieu la cueillette du Gui sacré*, “plante lunaire toujours verte dont Pline a popularisé le rituel”.

À Rome, c’est la fête de Sol Invictus, le Soleil Invaincu des Romains, qui présentaient le jeune Phœbus nu sur une natte d’épis blonds tressés en Soleil rayonnant qu’on retrouve dans la crèche provençale avec les douze signes du Zodiaque autour de lui, zodiaque figurant l’astronomie* de Wotan*, le chef des Ases, et qui n’est autre que la “suite annuelle” des astérismes runiques* ou Trinôme sacré* .

Folklore : Les galettes traditionnelles dite de Meaux en Meldois (du gaulois meldi6 plaine du “plaisir”) sont en pâte feuilletée, à la frangipane. Elles sont “dorées” au jaune d’oeuf et au miel et décorées d’un “soleil en spirale”, puis garnies d’une Fève-Phœbus, symbole des germinations à venir :

          Décrivons le rite* populaire tel qu’il s’est conservé : un jeune enfant est placé au milieu de la table et, lorsque le maître de maison prononce le mot “Phœbé?” ou “Fève?” il demande la première part “pour les Dieux”, ensuite, à chaque nouvelle part, le mot “Phœbé?” lui fait désigner un convive.
          La Part aux Dieux, christianisée en Part à “Dieu”, est souvent gardée pour “le voyageur” qui vient frapper à la porte, dans lequel on reconnaît aisément sous ce qualificatif signifiant les traits d’Odhin/ Wotan.
          On l’appelle la part du pauvre par marque d’hospitalité (xéna) native. Celui qui trouve la Fève est sacré Roi de la Fève au cri de “Phœbus-Roi” (ou Phœbé Rex). Il choisit sa Reine, ce qui est l’occasion de se déclarer, et doit offrir une boisson de son cru que tout le monde boira à sa santé, criant le “Roi boit !”
          Puis les enfants, après avoir joué au Roi et à la Reine avec les couronnes, plantent cette fève dans un vieux pot de confiture devant une fenêtre – aux adrets ou, en suivant les conseils du “Maître” la posent sur un lit de coton mouillé : heureux temps des “hussards noirs” où la Science allait de paire avec la Tradition et où nos gamins trouvaient facilement leur Identité dans les Racines familiales ! “Comme le temps passe…”

          C’est ce même jour qu’on va visiter les Cuves de Sassenage – aux portes de Grenoble – en l’honneur de Cérès (cf. art. Mélusine*) pour deviner la quantité des récoltes à venir d’après la hauteur de l’eau dans les “cuves”.

L’Église tenta évidement de l’effacer par une “Présentation de J–C” dont il n’est évidemment pas question dans les évangiles, pas plus que de la date de sa naissance d’ailleurs…
          Autrefois – avant le concile de Trente – l’Église* bénissait candelas et ignem novium, le feu nouveau. Cette fête est restée vivante à Saint-Victor (Marseille) où la bénédiction se fait devant la Vierge (Noire) appelée populairement
N.-D. du Fenouil : ce nom camoufle évidemment fue nòu, “feu nouveau”. Ces chandelles sont vertes, symbole de la renaissance de la nature à laquelle se rapporte aussi le rite* du feu nouveau. On distribue alors les “navettes” (cf. les friandises nommées Calissons d’Aix) souvenirs du navigium isidis
          Christianisée7
certes, cette fête le fut, mais que font donc les Rois Mages dans l’Épiphanie chrétienne ? Officiellement plus rien puisque l’Église post conciliaire, dans son soucis permanent d’épuration des résidus “païens”, vient de les évacuer en 1994 (enfin, on verra ! Ils sont tellement utiles dans les crèches8 provençales puisque le merveilleux est un élément fondamental du conditionnement des innocents) ! Mais, que cela ne nous empêche pas d’en dire ici un mot : C’est l’occasion rêvée !
          Nous verrons dans l’article Magie* que le mot mage vient du grec mageiros, qui signifie “sacrificateur, saigneur rituel” (d’où, par conséquent, est venu aussi le mot magie*). Il s’agit donc de ceux qui pratiquent les rites* pour la communauté*, ce sont eux qui savent prévoir les dates des fêtes* donc celle de la “réapparition du soleil”, par l’interprétation de la marche des astres : pour plaisanter un peu sur un sujet malgré tout sérieux, nous dirons donc avec notre ineffable ami Euphronios Delphyné que « ce sont des Ases… trologues* ! » probablement bien trop bavards pour lui…

          Mais pourquoi trois ? Il s’agit manifestement des Trois Sages/ Ases de la “vieille coutume” : des trois “druides primordiaux” figurant le Trinêtre, des trois niveaux de l’initiation druidique et par conséquent d’une figure des Trois Fonctions* duméziliennes : fidèles à la logique du tiers inclut, nous ne verrons rien de contradictoire dans tout cela mais simplement divers “points de vue” sur le même objet.
          Quand à l’Étoile qui était sensée guider leurs pas jusqu’à la crèche9 zodiacale du jeune Phœbus apparaissant – “apparition” qui se dit épiphania en grec – on suppose qu’il s’est agi de l’explosion provoquée par la rencontre inéluctable des soleils jumeaux qui formaient en ce temps-là l’étoile double Sirius, catastrophe stellaire qui eut lieu peu avant notre Ére et dont le souvenir est venu embellir la légende christique…

Folklore catalan : “Per la Candelera, el sol ja corre per la carretera” : À la Chandeleur, le soleil court déjà sur la route (carrossable)…
          Renaissant au solstice d’hiver, le “petit soleil de gloire”, le solellet de glori, manifeste sa jeune puissance à une époque de l’hiver souvent marquée en pays catalan par un redoux assez vigoureux pour faire fleurir les amandiers


Février :


          Les hommes célèbrent Balfari "la fête des torches" en illuminant les Bulfen – les entrées des cavernes10– avec des torches, pour montrer aux âmes qui reviennent du séjour originel sur terre, le chemin vers le monde d'en haut. Les Dieux et les Hommes célèbrent le
Carnaval ou Char Naval : le navire Nehalenias sort du port11 afin de prodiguer sa bénédiction, ce qui permettra d’obtenir de beaux fruits.

La première des fêtes celtiques est donc Imbolc (lustration) :

          Devenue Mardi-Gras par la grâce de l’Église*, c’était autrefois une fête lustrale en l’honneur de la Grande Déesse Brigantia/ Bride/ Brigitte patronne des Druides et Bantrui, Anagantios en Gaule et Nerthus en Germanie, déesse aux trois visages dont les attributs sont l’art de guérison, l’art du feu et l’art de la poésie, bien proche par conséquent des Charitès grecques où des Grâces romaines. L’objet de cette fête était de mettre fin aux rigueurs et aux souillures de l’hiver.
          Cette avant fête du printemps, le premier février, est notre ancienne
fête des Brandons célébrant la recherche par la Déesse Mère* Dé Méter, de sa fille Perséphone retenue aux enfers crépusculaires (l‘Érèbe) par son “mari” Hadès. Mariage “arrangé” (cf. art. Hiérogamie*) par Zeus* sans le consentement de l’intéressée…

          
Imbolc, ou Brigantia, annonce la prochaine fin de l’hiver : c’est une fête de fécondité agraire dédiée à la triple Brigitte12 (Bride) ce qui explique que l’Église l’ai phagocytée en la transformant en “fête de la purification de Marie” qui fut assistée dans son accouchement par une hypothétique sainte Brigitte : ainsi, c’est toujours une histoire de Déesse Mère*, mais encore faut-il savoir – ou avoir envie – de décrypter ces légendes, “pieuses” certes pour les chrétiens, mis destructrices !

          À cette période de l’année, on voit déjà la renaissance de la végétation, et vient alors la lactation des brebis ainsi que l’agnelage. C’est donc une fête de purification après l’hiver, de lustration sous le signe du Trèfle (d’Atlantide* ou de Newgrange*) avec l’Assemblée/ des Anciens sur le Németon et un grand festin communautaire*.

          
Mise à jour 28-2-03 : Au sujet de Néhalénia, voulez-vous lire la traduction d’un texte paru dans la revue allemande Huginn et Muninn ce mois de février 2003 sous la signature de Frodegunde : [Fasnacht.pdf] ? Cliquez alors sur ce nom en rouge ! À la fin de cette lecture vous reviendrez automatiquement dans cet article…


À Rome notre fête correspond aux Lupercales. Lupercus étant le protecteur des troupeaux, comme le chien de berger l’est envers le loup sauvage. C’est la fête de Cérès ou Déméter “la grande pourvoyeuse” pour les Grecs. Elle est devenue chez nous, par suite de l’occupation romaine, la Chandeleur du nom de leur Fête des Candella. Le concept de confirmation de la nouvelle lumière (1ère fonction*) prime ici sur celui de lustration (3ème fonction).


Christianisée : À Marseille Saint-Victor, où se trouve la crypte d’une antique Vierge Noire*, les pèlerins viennent allumer des bougies vertes pour ramener la fécondité chez eux. La Vierge et l’enfant sont alors revêtus d’un manteau vert… Rappelons donc ici que c’est la couleur de la troisième fonction*, celle de la fécondité. Pour cette fête, les boulangers de Marseille font des petits gâteaux en forme de bateau (!) appelés pour cela des navettes13, barquettes que certains de leurs clients vont faire bénir avant la procession de la Vierge Noire : comment ne pas y voir la Nef d’Athéna, qui débarqua ici tout comme à Naples et qui vient à terre sur un char… naval, pour le rite* festif du Car-naval ?


Folklore : la coutume de faire des crêpes vient peut-être de la première récolte d’oeufs de l’année ; on sait en effet que les poules ne pondent qu’avec un éclairage suffisant. Mais sa forme de galette blonde est fonction du caractère essentiellement solaire de cette fête païenne : “A la Chandeleur, on aide le printemps à venir”.



Génuflexion à l’apparition du “Dieu-Fils” solaire à Villard d'Arènes


           De même, dans une vallée étroite du Haut-Dauphiné, à Pont-de-Cervière, on danse sur le pont que n’atteint pas encore le Soleil à cette date, en faisant sauter une crêpe galette, solaire, “blonde” comme Apollon Xanthos, le plus haut possible pour qu’elle soit “illuminée” (Phoibos) par les rayons du Jeune Soleil si attendu : mais il ne faut surtout pas la faire tomber hors de la poêle !

          Ailleurs, au contraire, elle doit se nicher sur le dessus de l’armoire en “chapeau de gendarme” et elle y restera toute l’année pour assurer fécondité et richesse à toute la maisonnée.

          La San de Luze à Saint-Jean-d’Avelanne (38°) n’est évidemment pas “une déformation patoisante de Chandeleur” mais celle d’un Saint de Lumière, Lug évidemment ce qui est indiqué pour fêter l’Aurore de l’Année !

          Dans la région du Mont Beuvray, haut lieu gaulois s’il en fut, se trouve la source de la Loue qui sort d’une caverne telle une Mélusine*. Aux alentours il y a
un menhir percé (cf. art. Astrologie nordique) nommé Le Moine14 Blanc que les rayons du soleil traversent précisément à la Chandeleur. C’est donc un repère astronomique* des plus anciens et ce symbole* figure d’ailleurs entre les pattes du cheval solaire Bayart/ Apollon de la pièce gauloise en or15 que le gagnant du concours de crêpe recevra : c’est lui le véritable étalon-or (cf. art. Autel* & Temple*) symbole fécondant de l’Abondance*/ Terre Mère* !
          La coutume de faire sauter les crêpes le plus haut possible, avec une pièce d’or dans l’autre main, pour avoir de l’argent toute l’année – c’est à dire des récoltes abondantes – en est issue et elle était encore pratiquée par ma mère… (Pour cette fête, voir aussi à Ours°, in article Bestiaire*).

          Le gâteau traditionnel des Allemands est le Krapfen, un beignet soufflé (le Berliner Krapfen qu’on trouve maintenant partout en France, est originellement garni de pomme).

          Notre antique fête d’Imbolc fut recouverte par une fête chrétienne cinq semaines avant Pâques : la “Réminescence” qui fut crée spécialement pour cela.

Et le
Carnaval me direz-vous ? C’est aussi une fête du printemps – actuellement – et une fête de grande importance dans laquelle tous les interdits sont levés : c’est la Fête de Fécondité des Hommes, et les Femmes qui n’ont pas eu d’enfant jusque alors, pourront savoir si cela venait d’elle ou de leur mari (marri pour la circonstance) : Cernunnos, “le Cornu” va passer par là !
En effet, ce jour là, Smertullus notre Hercule gaulois sacrifiait un cerf, puis c’était une Bacchanale16, c’est à dire un rite* de fécondité que favorisait une orgie arrosée de cervoise (cf. art. Sexualité*). Cette fête semble absente chez les Celtes17 insulaires (du moins, pour ce que nous en ont laissé les clercs† qui nous ont rapporté leurs contes mythologiques).

          « Au moment des calendes de février, hommes et femmes se déguisaient en cerfs et en biches, ainsi qu’en bœufs et en génisses, et dansaient. C’était le carnaval gaulois. Il y a un rapport entre ces déguisements en cerfs (ou en biches) et la chasse au cerf ; il est probable que sur la montagne du Donon la scène de Smertulus préparant le sacrifice du cerf se trouvait au centre des processions annuelles.

          « Ces cérémonies païennes qui avaient lieu chaque année ont été maintes fois interdites par les conciles du Haut Moyen Âge et par les prédicateurs chrétiens. Au siècle dernier, Carnaval était encore célébré par des cortèges de ce genre notamment dans la région du Sundgau, au Sud de l’Alsace ». Émile-Georges Wagner, Cernunnos, Message n°54, IIème trim. 2000.

À Rome : le Carnaval, qui est la fête du Char Naval (cf. aussi les Naharvales in art. Justice* et Narval*) dans laquelle “Dionysos-Bacchus, fils de Zeus et de Sémélé (ou un acteur portant son masque), apparaît à ses fidèles en sortant de la mer sur un char en forme de navire” pour épouser la femme de l’Archonte (cf. art. Hiérogamie*)…
          À Venise, l’actuelle Régate Historique où l’on voit des gondoles ornées de Chevaux marins, de Dragon, de Neptune, en est manifestement l’héritière et la présence de “chars navals” si typés ne vous fait-elle pas penser à la submersion de notre Atlantide* nordique ?

Au Moyen Âge : là encore, les textes sont post évangéliques, donc édulcorés ou diabolisés, “moralisés” : allez donc vous y retrouver maintenant, dans la mythologie celtique par exemple, elle qui est la plus embrouillée du monde ! Le décryptage chez les Gaëls d’Occident est de loin plus difficile que celui des goïdéliques d’Orient : aux Indes tout est métaphysique certes, mais le mythe est là, il suffit d’ôter le langage “spiritualiste” – souvent hérité dun sacerdoce vulgaire et intéressé et d’une traduction européenne très “sollicitée” – langage qui se veut “ésotérique” et qui, de ce fait, est souvent mystifiant. Enfin, “revenons à nos moutons”, comme dirait maître Pathelin/ Partholon : ces fêtes masquées ont principalement lieu chez eux à la Samhain (cf. infra), Halloween…

          Carnaval, fête hautement “scandaleuse”, n’a pu être totalement interdite par
l’Église*. Le procédé employé fut là exemplaire : on la “canalisa” grâce aux “collèges des enfants de chœur et des chanoines” restés très près du peuple et qu’on chargea de son organisation. On la finança d’abord avec les deniers de l’Église, sous conditions, puis on y obligea les bourgeois – toujours “bien pensants”, toujours Collabos – pour que ses cavalcades, ses défilés, et peu à peu ses représentations de mystères… chrétiens, attirent et policent le peuple. Après cette canalisation, il fallut “coloniser” ses révoltes et ses satires. Les “orgies”, fêtes de la fécondité, ayant été diabolisées, il ne resta bientôt plus que des chars et des cantiques “édifiants” en place des sarabandes, des rondes labyrinthiques, des chambards et des chants populaires dont Carl Orff nous a conservé une splendide “suite” : Les Carmina Burana… 

          Puis on “dénonça” ces
Fêtes des Fous18  : Sébastien Brant, l’évêque de Bâle, tout particulièrement, dans sa Nef des fous qui inspira tout un courant littéraire et pictural avec en particulier Jéronimus Bosch. 
          C’est dans ce maëlstrom d’idées fausses et d’apparences que disparut le vaisseau Naglfar* et toute sa symbolique* encore vénérée par le petit peuple (païen) des campagnes (pagi). Puis on décréta les danses* impies dans le temple et les chanoines fidèles à ce activités furent soudain baptisés “hérétiques” et, enfin vint “l’interdiction” !
          Mais le peuple se révoltait – entre deux bûchers – et vint le Quatro Cento qui vit refleurir les “tableaux antiques” et les “triomphes” qui allaient créer un sentiment national dans la mosaïque de principautés italiennes, prélude à l’Unité de la Nation.
 
          La ville était maintenant “policée”, et la campagne y venait pour le “spectacle” mais, quand on ne vit plus sa propre vie, on la rêve et la frustration vient19 dans la foulée : les orgies seraient maintenant réservées aux salons des grands de ce monde, les Médicis, les Princes et même… les Papes !

          Ainsi, la “course” entre les Blancs et les Noirauds allait se transformer en Corso, plus ou moins fleuri de papier crépon : « pauvre ramassis de distractions insipides pour banlieusards désœuvrés, éberlués de violences télévisuelles et de surcharge informationnelle mondiale in-signifiante. Seules, de maigrichonnes majorettes en bas résille leur serviraient encore, de ci, de là, de fantasme de fécondité… » Euphronios Delphyné.

          Un autre procédé remarquable d’évacuation de ces rites*, fut l’utilisation du mythe* païen pour lutter contre ses propres mainteneurs : au Moyen Âge, c’est au moment du Carnaval où les “Blancs” brûlent les “Noirauds” de l’hiver, que l’Église brûlait nos sourcières* et nos herboristes déclarés pharmakos, c’est à dire “boucs émissaires” !

          Ainsi, de la “fête de fécondité des hommes”, des mythes* profonds et des rites* reliant la communauté* il ne fut plus question : l’objectif était atteint ! La communauté* antique déstructurée, les individus déracinés, orphelins, allaient pouvoir rejoindre un troupeau asservi : doulos !


    
Masques du Carnaval de Munich (D) et de Busode, C. de Mohacs (H)


Folklore : En Suisse, dans le Liestal (chef lieu Bad-Gastein), lors du Carnaval ou Fastnacht20 a lieu un défilé dans lequel les habitants défilent avec d’énormes balais de feu : les (g)rianhaste. Cette association du balai de Thor et de la fête solaire est des plus intéressante car elle explique sans doute que, pour les Fêtes de Mai de Rochester (G.B.), les Noirauds locaux étaient nommés Sweeps ce qui signifie “coups de balai”. Ultérieurement, ils furent remplacés par des chimney sweep c’est à dire des “ramoneurs” et l’on explique leur présence par le fait que la suie possède un très grand pouvoir fertilisant et on la considère de ce fait comme magique*…

          Mais à Sienne en Italie, ces fêtes demeurent toujours comme une course entre les chevaux noirs de l’hiver et les blanches juments solaires – et donc aussi la Licorne* – mais, ce sont devenu des “partis de quartiers” : qui le sait encore aujourd’hui dans “la fureur des paris”…
          Il nous reste par bonheur les défilés en costume renaissance et les splendides “Danses des Drapeaux” conservées aussi chez leurs voisins Helvètes et, au Septentrion, chez les Flamands si proches de la Frise.

          À Grenoble, il existait une fête du coq mettant en scène un combat de six coqs de chaque coté (les 6 premiers mois, les jours grandissent; et les 6 suivants, ils raccourcissent). Le propriétaire du plus grand nombre de vainqueurs était nommé Roi des Escholiers ou Bacheliers, c’est à dire Roi des jeunes gens, souvenir des Sociétés d’Hommes, les bachelleries. On l’appelait aussi Roi du Coq, Rex Galli21… Il devait alors acheter une poule qu’on jetait en l’air et qui courrait en tous sens et chacun d’essayer de l’attraper en criant “capio, je prends” ! Ailleurs on la suspendait vivante à une corde et il fallait lui couper la tête les yeux bandés. De même, le vainqueur criait capio, et devenu lui même Le Capio, il précédait le Roi des Escholiers dans un défilé en ville, portant en triomphe la tête - dorée - symbole de sa victoire, plantée sur son épée ! Cette coutume disparut après les guerres de religions et a cessé à Saint-Robert (Saint-Egrève) en 1550. (D’après Pilot de Thorey, Fêtes et Coutumes en Dauphiné, Lafitte reprint.).

          Cette permanence du coq dans nos fêtes folkloriques peut s’expliquer par la mythologie nordique : Gullinkambi “le Coq à Crête d’Or” chante chez les Dieux pour les avertir du désastre imminent que sera le Ragnarök/ Crépuscule (Destin*) des Dieux. De même le Coq Rouge22 chante en la demeure de Hel (les enfers nordiques, le néant) et c’est pourquoi il est présent dans l’évangile et les personnages animés des horloges astronomiques de Strasbourg, Prague et autres lieux.

En Provence : Selon Marcelle Mourgues (DPOS) : Héritière du Char naval, « La charrette ramée se courait naguère à Saint-Rémy-de-Provence pour le Lundi de Pentecôte (<–
1er Mai)…
          « Un mausolée d’Ostie conservé au Musée du Vatican qui représente un char en forme de barque gréée, monté sur roues et traîné en procession par des enfants en tunique blanche est à rapprocher de la même barque emplie d’enfants de Fréjus : le rite* a du être dissocié et les “chivau-frus”, image des démons, devaient se livrer à l’assaut de la barque emplie d’enfants, signes de la croissance. »

          Comment ne pas penser ici aux “Juments de la Mer” (aux Érinnyes) qui, courant sur la Mer du Nord, vont submerger Héligoland “le Pays Sacré” ?

          Signalons aussi le Char avec bûcher solaire à Pertuis (p 64) et La Carreto Ramado (sant Brancai) page 65 et le Carrus navalis page 90 de son excellent livre…

          À Montélimar et dans la région de Valence, on célébrait la Fête des Bouviers qui comportait le traînement d’une araire et le simulacre des semailles, fête transférée à Valréas pour la Fête-Dieu et depuis le XIXe siècle à la Saint-Jean, éléments des anciens rites festifs païens – c’est à dire protégés par la fidélité des “paysans” – qui sont repris dans notre “Festival d’Aspremont-sur-Furon du 1er Tome.

          
Pour terminer avec le Carnaval, signalons Zanpanzar (saint Pansu), un géant habillé de tissu “écossais” que les Basques brûlent comme notre Caramantran (Carême23 entrant) ou Carmenta :
          Mais, ce peut être aussi la Pailhassouno, l’Âne de Gignac, le Patas de Pertuis, ou une “vieille” (ou un “vieux pauvre hère” en Alsace) qu’on bastonne, qu’on brûle puis (ou) qu’on jette dans une rivière ou à la mer. Quelque fois le mannequin figure un homme nu, sexe bien marqué malgré les interdits.
          Une charrette y est souvent présente et des figurants simulent des attaques contre les spectateurs avec un trident (!). Le mannequin représente quelquefois un monstre, tel une des nombreuses Tarasques, laquelle n’est donc pas que de Tarascon car dans la vallée du Rhône, chaque église avait son Dragon* (F. Benoit) qui était mis à mort pour
Pentecôte – en place du 1er Mai – et figurait, pour l’Église*, les Païens* vaincus et non plus les cosmiques Noirauds d’origine.


          Pour la plupart des folkloristes modernes, il est maintenant acquis que la Mi-Carême recouvre une très ancienne fête païenne.


Les Rameaux… le 24 Mars :

          « Ovide rapporte qu’aux calendes de mars on changeait les rameaux de laurier suspendus dans les maisons des flamines ; les Athéniens fixaient sur la façade de leur demeure un rameau d’olivier ou de pin pour les adorateurs de Dionysos.
          « Les chrétiens ont gardé cette vieille coutume païenne : le dimanche des Rameaux24 , dans les églises on bénit des branches d’olivier que les fidèles garderont toute l’année à venir comme porte bonheur, elles seront brûlées le jour des Cendres…
          « Dans la ville de Saintes, un curieux usage se pratiquait jadis le dimanche des Rameaux : les femmes, mêmes les plus dévotes et les enfants des deux sexes, portaient durant la procession, au bout d’une branche ou rameaux bénis, un pain creux en forme de phallus. Les prêtres bénissaient ces pains phalliques, et les femmes les conservaient pendant toute l’année, comme une amulette.
          « On voit encore à notre époque des enfants qui portent des rameaux chargés de gâteaux, de fruits confits ou de friandises ; comment ne pas rapprocher ces pratiques des fêtes athéniennes de Pyanepsies ou des Thargélies où les fidèles portaient des rameaux chargés de gâteaux et autres friandises jusqu’au temple*. » revue Libération Païenne, Juillet 2002. (cf. les “gendarmes” de Valence)



Ostara 25 :


          Depuis la domination de la nouvelle foi †, cette vieille fête païenne à été submergée par celle de la Pâque hébraïque qui relate la légende nationaliste la fuite des sectateur d’Akhénaton et du “passage” de la Mer Rouge…


Chez les Germano-Scandinaves : La Figure de « La déesse Ostara (dont il n’existe pas de traces germaniques mais, seulement chez les auteurs chrétiens)n est une fée. Si, à propos de son nom, on considère le fréquent emploi du pluriel dans le monde germanique ancien où il est souvent question des “Ostaras”, ne seraient-elles pas ces fées de l’aube printanière qui ont alimenté à partir du onzième siècle le mythe printanier pagano-chrétien de Walpurgis* ?

          « Les Ostaras, ces fées de lumière, ont certainement été l’égrégore de la “déesse”, l’unique Ostara étant le modèle suprême de la Fée germano scandinave, sublimée en une figure printanière éternellement jeune parce que renouvelée dans la spirale des saisons. C’est la “fée des légendes éternellement jeune”, cette Sylvie-Ostara que Gérard de Nerval nous décrit en son dernier printemps. » Gérard Leroy, revue Irmin n° 3.

          Cette fête cosmologique qui prélude à nos
Fêtes* de Mai est celle d'une hypothétique déesse Ostara, tardive figuration qui a toutes les chances d'être la Pleine Lune qui suit l'équinoxe verte : elle aurait été honorée lors de cette fête particulière à l'aube de l'année coupée en quatre. Mais Ostara dont l’étymologie nordique indique Os “bouche, estuaire, vagin” et Tar “procréer” (cf. Tara, en Irlande)n est la fête du mariage du Dieu-Fils solaire et de la Déesse Terre. C’est donc la Hiérogamie* qui précède nos Fêtes du Mai. Cette fête est célébrée quarante26 jours avant le 1er Mai (nous retrouvons là peut-être le décalage de la précession des équinoxes mais, surtout le calage des saisons réelles sur le climat ce que nous avons vu plus haut.
          Au sujet de cette Hiérogamie*, il faut faire un constat fort intéressant : c'est à cette période équinoxiale printanière que le soleil
passe de l'hémisphère austral dans l'hémisphère boréal : ce "point vernal" est donc un passage astronomique remarquable ! Tout au moins c’est ce qui est remarquable dans le cadre de la “Religion cosmique des Indo-Européens”, selon l’heureuse expression du Professeur Jean Haudry !

Chez les Ebro27 / Hébreux, la Pâque fut héritée d’un de leurs grands parents, Moïse l’Égyptien ; mais ce concept allait malheureusement subir un “réductionnisme nationaliste” au moment où les artisans Ébro et les partisans du culte solaire d’Akhénaton (le demi Hourite) fuirent ensemble la contre-réforme (Tout Ankh) amonienne des hiérarques égyptiens. Sous la conduite de Moïse28 (le Mose en égyptien signifie l’Infant, le Prince Héritier du… Pharaon) ils passèrent alors la Mer Rouge : de là viendrait le nom de Pessah qu’ils donnèrent à cette fête qui est devenue celle de leur “naissance en tant que nation”
          « Or, elle tombe – mais ce ne peut être un hasard ! exactement sur ce phénomène astrologique*/ astronomique* appelé “passage”. C’est l’Église* qui lui a donné le nom de Pâque venant du grec Paskha29 qui signifie…“passage”.

Chez les Celtes des Îles, comme le rappelait le professeur J-J Hatt, les fêtes du printemps étaient saluées par le cri : « Ô Rigani ! »


La deuxième fête celtique est Beltaine ou Cetsamhain :


          C’est une fête sacerdotale du début de la saison claire qui a lieu le
1er Mai (mois gaulois de giamonios), date qui nous préoccupe essentiellement en cet ouvrage. 

Étymologie : Beltaine vient de Bel, Belenus “soleil” (cf. art. Apollon*), et de Tène qui signifie “feu”*.
          C’est donc une fête de feu solaire30 . Elle se nomme Merrymoon, "mois de la Lune joyeuse" pour les Britanniques et nos ancêtres Francs la nommaient Winne-manoth31 , "mois de la Joie" (cf. Rune* Wunju ! D’ailleurs les Allemands traditionalistes (c.à d. païens) l’appellent Wonnemond “mois/ lune du ravissement”)…

          C’est une “fête de fondation” où les bestiaux doivent traverser le feu – souvenir de la grande éruption qui les chassa de chez eux. Beltaine est aussi l’anniversaire du débarquement en Irlande/ Hibernie (le but ultime des Celtes Éburons), des fils de Partholon venus par la Vallée de l’Ebre en Ibérie/ Espagne – proches cousins de la tribu gauloise des Eburovices.

          Pour les Anciens, c’était ainsi la fête des mânes*, elfes*, lutins, esprits “follets” et autres farfadets et par conséquent celle des Dises (Hagedisen –> Walkyries). On y faisait un festin comme d’habitude et de grands feux au Dieu Belenos (cf. art. Apollon*) – ou à Belisama (Minerve/ Athéna) – feux qu’on sautait et où l’on brûlait le condamné Hiver dans un grand mannequin d’osier (cf. Le Festival d’Aspremont, in Tome I).
          C’est ceci qui fit dire aux Romains (devenus incultes) et aux Chrétiens leurs dignes successeurs, qu’il s’agissait de “sacrifices humains” 32 : ridicule !
          « Les sacrifices humains, antique tarte à la crème de la polémique chrétienne contre les Païens. » Marc Cels, Antaïos N°5…
          Encore qu’on ait pu, lors de certaines fêtes, sacrifier33 des condamnés pour meurtre de mères ou d’enfants, puisque les meurtriers d’hommes devaient leur “vie de travail” à la veuve (ou bien un Vergeld34 équivalent) et les Furies/ Erinyes étaient là pour les châtier s’il s’enfuyaient avant d’avoir payé leur dette et avant d’être bannis (“mis au Ban de la communauté*”) ! Mais je vois très mal cette exécution le jour des fêtes printanières du Mai qui sont des fêtes de la Joie communautaire*…
          Souvenons-nous que, dans ce domaine, l’Inquisition fit beaucoup mieux et, surtout, tellement plus réaliste en matière de sacrifices humain : quinze à vingt millions de morts en Europe selon Voltaire ! Mais, ne dit -on pas que “dénoncer l’autre est toujours un excellent procédé d’auto-absolution35 !

          La citation suivante, de Pierre Ribon (Pierres qui Guérissent, Horvath, 1993), nous propose une solution correspondant à d’autres types de festivité, printanières : « Les grands auteurs latins qui ont rapporté les mœurs des gaulois n’ont pas compris le sens de leurs “sacrifices humains” qui semblent bien, d’après les théories modernes, n’avoir été que des simulacres sans effusion de sang dans la plupart des cas. L’embrasement dans les mannequins d’osier, la pendaison à l’arbre (comme celle de Wotan)n et la suffocation dans le chaudron (du déluge)n semblent avoir été des simulacres de morts rituelles suivies de résurrections rituelles pendant lesquelles on acquiert la connaissance36. » (cf. art. Initiation*).

César l’a donc “fait à l’esbrouffe” à ses concitoyens : « Regardez comme je suis le grand héros de la République, j’ai vaincu ces brutes sanguinaires, etc. » Mieux vaut parler de cela que du massacre de Môn/ Iona, ou de celui des Macchabées, entre autres ! Brûler le pharmakos37 était aussi une coutume grecque et les Marseillais auraient ainsi deux bonnes raison de s’en souvenir car c’est ainsi qu’ils pratiquaient encore ce rite* au temps des grandes épidémies – rite baptisé depuis “superstition”.



À Rome : Maïa est la déesse de la Terre et de la Fécondité (Déméter/ Cybèle), elle figure aussi l’Aurore de l’année. Elle est donc est consacrée à Apollon avec lequel elle est mariée dans le rite* de la hiérogamie*. Les jeunes Romains plantaient des arbres verts, des rameaux pour Virbius, des verbena (–> verveine) ornés de fleurs en l’honneur de Maïa, en présage de bonnes récoltes. En fait, Maïa est très proche de Flore, d’ailleurs la couronne de l’Arbre de Mai, la “roue de l’année”, n’est elle pas faite de fleurs et ces fêtes étaient nommées les Floralia à Rome : c’est cela que nous voyions sur ce fragment de mosaïque romaine.
          Mais, malgré l’exemple de cette hiérogamie, les Romains évitaient de se marier en mai car les 9, 11 et 13 avaient lieu des fêtes destinées à apaiser les Mânes* des ancêtres ou les dieux infernaux, en particuliers Larves et Lémures qui sont les âmes des hommes méchants. C’est cela qui fit dire à Ovide « Noces de mai, Noces mortelles ! » Mais, nous qui sommes assez… béotiens, nous comprendrons qu’ils aient évité ces jours glaciaux pour se marier !



          En fait, ces rites réclamaient (lat. rogatio) la protection de la nature auprès de Maïa, ainsi que de la pluie et du beau temps, donc de bonnes moissons. Ces dates nous rappellent donc nos “Noirauds de l’hiver qui ne veulent pas mourir” : ce sont eux que l’Église* baptisa “saints de glace”38 – « ces saints gresleurs, geleurs et gâteurs de bourgeons ! » comme le précise Rabelais – afin d’éliminer les rogations païennes et, à part ces périodes glaciales, tous les autres jours sont propices aux festivités familiales qui accompagnent les noces, pourvu qu’elles aient lieu avant les foins !
          De là vient donc, par Rome, l’interdit des mariages entre le 1er et le quinze Mai, ce que le christianisme – Romain – transmit sans en comprendre le sens éminemment païen, c’est à dire “re-lié” ou “re-naissant” quant à la nature, et ce jusqu’à ce que le résidu folklorisé soit taxé de superstition (lat. superstitio : “croyance”).
          Lors de cette fête, les Romains offraient à Vesta-Cybèle une truie pleine, laquelle devait être blanche chez les Celtes (cf. sanglier Twrth Trwyth in Bestiaire*). Les Chants de Quête permettaient aux jeunes de recevoir des œufs rouges, symboles de re-naissance, avec lesquels ils allaient faire une omelette géante. Bel exemple de “magie* sympathique” pour les esprits simples, en espoir d’un grand soleil fécondant les récoltes. Quand à la pluie, c’était l’affaire de la nouvelle lune, la déesse Caenis en Grèce avec ses petites Oursines/ arktoï fraîchement réglées et du dieu Thor, le verse-eau de l’Europe* du Nord…

          
Toujours à Rome, précisons que le calendrier était divisé en festi, jours consacrés aux dieux, et en fasti, jours où l’on vaquait aux affaires publiques. Le mot fasti désignait le calendrier dont le nom actuel vient du nom du livre de comptes pour le paiement des intérêts le 1er de chaque mois, jour des calendes. Les festi sont toujours chômés et, par opposition aux jours fasti, ils sont… néfastes ! Qui pourrait comprendre aujourd’hui que les jours de congés soient néfastes… au sens actuel ?


Dans la Grèce antique : lors des Fêtes du Printemps, on exécutait en l’honneur de la Déesse Lune une danse* sautillante de la perdrix39 au cours d’orgies érotiques accompagnant les Mystères des Forgerons en l’honneur d’Héphaïstos. Les danseurs – toujours mâles – portaient des ailes ce qui pourrait bien en faire un rite* commémoratif (cf. nos art. Elfes*, Mânes*, Sirènes*).

          Pas de fêtes du printemps sans musique, sans Coré “danses”* et sans caroles “chansons” dans ce pays des Arions. Les Muses, “déesses de la montagne”, c’est à dire “Uranies” sont trois à l’origine, comme la triple déesse sous son aspect orgiaque : « Ce sont les filles de la Terre Mère et de l’Air. » Hésiode. Elles portent couronnes de plumes° de grues* sacrées qui étaient arrachées aux sirènes*- oiseaux depuis qu’elles les avaient vaincu dans un concours de chant !


Les Fêtes* de l’Arbre de Mai, comme tous les rites* festifs de la communauté*, ont pour but d’entraîner une socialisation active, voulue (comme une “discipline librement consentie”) : par le biais de la fête, de la beauté des costumes, des couleurs, des gestes, des figures de danses*, des musiques, du sens de la cosmogonie peu à peu dévoilée, elle euphémise le monde réel. C’est pourquoi elle enthousiasme (du grec en théio : “transporte dans l’esprit des Dieux”) c’est à dire qu’elle entraîne la participation. Elle rassemble, elle apporte un consensus sur les valeurs* communautaires d’où découlera la paix sociale et, par conséquent, le bien-être psychologique individuel, donc l’intégration, l’abondance* spirituelle – le sens du sacré* – et, partant, l’abondance matérielle pour la communauté*.



Attributs folkloriques de Mai : la “bête à bondît” et, pour les Allemands le MaiKäfer, un gros bourdon dévorant de quatre centimètres ; le muguet ou clochettes de Mai ou Fleur de Freyja ; les Fiançailles princières que nous détaillons dans le Festival (Tome 1) suivi du mariage sacré*/ Hiérogamie* ; la Bière de Mai ou MaiBock (le Bouc de Mai – du Julbock) dans les pays germaniques et belgiques (d’où nous vient le nom du “bock” de bière) ; se baigner dans la rosée de mai fait guérir (ou trouver un mari) ; le soleil de Mai rend amoureux (“Ah ça, c’est ben vrrai, çaa !”) ; les gelées de Mai, que nous avons vues chasser avec les fumigations et les cloches ; les 20 jours de fête remplacés depuis la “colonisation” chrétienne (cf. infra) ; et d’autres pratiques, telle la “vente aux enchères des fiancées” 40.

L’action de l’Église* : « À cause de sa puissance, cette fête païenne ne fut jamais christianisée sous la forme d'une fête principale de l'année, et se vit simplement attribuer les caractéristiques de saints mineurs. Dans le calendrier chrétien c'est le jour des apôtres Philippe et Jacques, une fête peu importante. En Angleterre certains de ses attributs furent transférés au jour de saint Georges (23 Avril). » Tout comme la saint Michel recouvre les rites* nordiques au dieu Heimdallr ou ceux dus à notre Lug gaulois…
          Cependant, nous suggérerons que la création de la Pentecôte, “la montée du soleil blanc” a été placée à des dates proches de façon à effacer un peu plus les fêtes de Beltaine !

          L’habitude qu’avaient nos paysans européens de planter des petites croix de coudrier en Å (rune* Gebo dite “Don des Dieux”) ou de buis sur les séparations des champs qui, prenant racine, faisaient des haies si utiles à la nidification des oiseaux insectivores et à la régulation des eaux de pluie, du vent et des excès solaires, ne plaisaient pas à l’Église** qui inventa (si nous osons cette répétition) la fête de “l’Invention de la Sainte-Croix”41 placée au 3 mai (lorsque fut providentiellement (!) découverte la “vraie” croix(?) à Jérusalem en 326 par Hélène, la mère de l’empereur romain Constantin :
« Ah ! La brav’ Dame ! » E. D.
          Et, comme à l’époque de la Renaissance, les bains de Mai nus en plein air ou dans des baquets d’herbes et de fleurs étaient encore de pratique courante, le Margrave de Baden-Baden décrétait encore la veille du 1er Mai 1488 que :
« Toutes personnes à l’exception des enfants se rendront aux Bains au cours de la soirée » ceci pour canaliser le vieux rituel païen qu’on n’avait pu encore interdire !





Folklore : le mois de mai était par contre propice aux fiançailles, le jeune homme s’étant déclaré avec un “Mai aux filles” et le saut du feu de Beltaine/ ou de celui du Solstice d’été précédent en faisait l’annonce publique devant la communauté*.

En Bourgogne et en Franche-Comté il existait une coutume de “la trottée aux ânes” qui consistait à promener trois dimanche de suite les maris qui avaient maltraité leur femme. Il faut dire que les occasions ne manquaient pas : elles “usaient de libertés spéciales et non accoutumées. Elles étaient pour ainsi dire affranchies du pouvoir des maris” (Beauquier), heureux temps !

En Provence,
les Reines de Mai42 étaient autrefois “exposées” dans une niche d’aubépine43 tout juste fleurie pour le 1er Mai tout particulièrement en Provence où le mois de mai était appelé “mois des âmes”, mais aussi mois des ânes (!) car débute alors la période de leur rut. De là, viennent divers rites* romains qui ont provoqué :
- 1/ la diabolisation de l’âne et son élimination par le christianisme romain (sauf comme monture de Jésus). Mais, on sait qu’il n’a subsisté que dans la crèche zodiacale (cf. art. Santons*)…
- 2/ la légende du pseudo viol44 d’hypothétiques martyres chrétiennes exposées dans le cirque, par un âne (« faut l’faire ! » E.D.) : on sait maintenant que ce n’était qu’un simulacre, un rite se rapportant au mythe* antique de Priape et, en fait, un simple “tableau mythologique humoristique” : on sait que les Romains étaient très naturels avec les “choses du sexe*” (cf. article homonyme) !
Le Chapeau de Mai : Si nous étudions de près la mythologie des Nains*, nous y verrons que leur capuchon passe pour être aussi la coiffe du Chaperon Rouge, mais il n'y a plus d'ambiguïté phallique ici car il s'agit d'un “chaperon” : au Moyen Âge il s'agissait d'une "coëfe à bourlete" avec une queue, ce qui désigne aussi une couronne de fleurs comme s'en font les enfants avec des liserons de Mai. Ce chaperon est devenu le Chapeau de Mai garni de fleurs blanches ou celui de roses de nos Rosières, de Maïa, de Flore, de toutes nos Belles de Mai pour leurs fiançailles princières.



En Silésie (cf. art. Salasses*) : on appelle cette période “Été” et quelques fois c'est un mannequin qu'on appelle “Été”, ou “Mai”, ou “Mariée”. Dans les provinces polonaises on l'appelle Dziewanna, la "déesse du printemps" (<– Diwa Anna <– *Diew “Dieu” *).

màj 26-01-03 : En Espagne, Las Mayas, Las Marzas et leur parallèle bulgarie, la Martenitza, vous sont proposées par Carlos <rainwarrior@wanadoo.es> : Voulez-vous lire maintenant ce complément ? Cliquez sur [Las Mayas.pdf] ! (Où l’on retrouve notre Mât de cocagne, cf. infra…)

Aux Canaries : À Ténériffe, pour la Fête-Dieu, les groupes folkloriques défilent en portant un mât orné de rubans multicolores, mais sans couronne !

Le bouleau enrubanné des Mongols est appelé un ovou… (mais, pourquoi pensai-je donc ici à l’Œuf du Monde ?)

Dictons : Quand mai est chaud, septembre rie tout haut ! Sur les pluies de Mai : Pluie en Mai - Foin en juin. Pluie de mai est Bénédiction. Les pluies de Mai font grandir les petits hommes (D).




“màj” de Libération Païenne,
BP 2355, 13213 Marseille Cedex 2 :



Pour le lire, vous pouvez agrandir ce document : x 2 !


Les Solstices :


          Nous ne nous étendrons pas ici sur les fêtes du
Solstice d’Été, pas plus que sur celle du Solstice d’Hiver – ces deux grandes fêtes du feu – si ce n’est pour dire qu’ils ont été largement recouverts par la fête des feux de la “Saint Jean” chrétienne et de “Noël” (Neu Helle “Nouvelle Clarté”, cf aussi art. Père Neu Helle*) mais surtout, parce qu’ils ont été excellemment traités par MM. Jean Mabire et Pierre Vial dans un livre déjà ancien mais fort bien fait : Les Solstices, Histoire et actualité, Copernic, 1975, réed. x.

Disons cependant que le Solstice d’Été – ou fête de Sol/ Saule, ou Litha pour les Anglo-Saxons (–> light) et Llid en germanique (–> Lichtî “lumière”) – marque le zénith de l’année. Il mérite une attention particulière ici, car notre Arbre de Mai, laissé en l’état, s’est desséché sur son lieu d’érection45 et servira d’axe ascendant pour la construction du bûcher pyramidal dans lequel, brûlé rituellement comme l’ancien If° païen (cf. art. Arbres* sacré), il finira son temps en communiant avec la fournaise solaire : souvenir, sans doute, des grands essartages ouvreurs de németons :
          Couronne de paille dorée et fleurs séchées partiront alors d’un coup en gerbe d’étincelle rejoindre Bifrost, la voie lactée qu’on appelle aussi le Chemin des Aryens46. Mais, peut-être aussi souvenir diffus du grand cataclysme qui englouti l’Atlantide* boréenne.

          On retrouve aussi cette couronne dans le rite* de l’Arbre Arro toujours en vigueur dans les Pyrénées : à la Saint Pierre, les Béarnais plantent un tronc géant de sapin (46 m en 2002) fendu en quinconce et
ses fentes sont maintenues écartées par des petits pieux coniques de bois vert ; il séchera ainsi sur la place du village pendant près d’un an et, après avoir été couronné d’une guirlande verte offerte par les derniers couples mariés, il sera mis à feu à la Saint-Jean connue localement comme étant la fête du Solstice d’Été.

          En Suède, la Veillée se nomme le Baldersbal ou Feu de Baal, alors que le crépuscule dure, dure et même, pour certains, que le Soleil ne quitte plus l’horizon ! Une fête analogue s’est longtemps conservée en Bretagne (Nilson).

          C’est maintenant la période du Grand Soleil, des mariages – ou des promesses qu’on fait en sautant ensemble le feu rituel devant la communauté*. C’est bientôt la moisson, puis les récoltes, enfin les vendanges. Le temps n’est plus à la hiérogamie* de Maïa, mais à son enfantement : Cérés et Pomona prennent alors le relais…

Quand au
Solstice d’Hiver, nous le reverrons souvent et en particulier dans l’article qui traite de l’Astrologie* nordique et dans le complément infra : Jul* !


La troisième fête celtique est Lugnasad, le 1er août :


          Ce n’est pas une fête du printemps mais nous la citons parce qu’elle montre le soleil dans sa gloire (le Lion) après son “mariage” du 1er Mai et sa victoire solsticiale : il est alors vénéré à travers la fête du blé sacré* et de ses moissons dorées.
          C’est alors qu’a lieu “l’Assemblée de Lug” – la fête du Rix celtique certes, puisque c’est lui qui l’offrait47 aux trois classes ou fonctions* duméziliennes, mais surtout la fête de la Déesse Mère* (Terre) Tailtiu (et donc, aussi celle de l’Irlande) et souvenir de Lug qui l’instaura en l’honneur de sa “Mère Nourricière.
          Elle a lieu au début d’aran-manoth48 ou "mois de l'épis de blé" pour les Francs (Einhard, Vie de Charlemagne) à la charnière entre le signe du Lion et celui de la Vierge : Soleil –> Terre (cf. revue Message n° 51, 3° trim. 99). Et, il est tout à fait remarquable qu’un enfant conçu le 1er août, voie le jour le…
1er mai !

Étymologie “originale” : Quoique que la Lugnasad soit l’Assemblée de Lug, il nous semble que cette Fête de l’Abondance* est celle de la “satiété” sad, qu’apporte une Déesse Mère* Lugna/ Lune dont le nom contient la racine gnaa* que nous rapprochons de l’écoulement sacré menstruel/ mensuel, racine qui se retrouve dans le grec gnomon et l’occitan ragnagna “règles” (indo-européen *gno). D’ailleurs, les mythologies celtiques nous disent :
          « Les celtibères révéraient un dieu – anonyme – qui était sans doute la Lune, déesse des eaux et des femmes… » J.P. Persigout. Et, ailleurs : « Le nom de Luned vient du Gallois Llun “image, effigie” (grec eidolon “idée image”)n ; c’était (aussi le nom d’) une fée qui donna à Owein (un compagnon d’Arthur)n une pierre enchâssée dans une bague et qui confère l’invisibilité… » 49.

          La date de la Lugnasad est incertaine et les auteurs la fixent entre le 1er et le 15 Août (fête de l’empereur Auguste) et actuellement celle de Marie la mère de Jésus, c’est pourquoi Venceslas Kruta précise dans son monumental ouvrage Les Celtes, Histoire et Dictionnaire (Laffont 2000) :
          « Les dates des fêtes n’apparaissent probablement pas dans le calendrier de Coligny (à l’exception de trinox samoni qui constitue apparemment un cas particulier), parce qu’elles devaient être fixées à partir de faits astronomiques, indépendamment de son décompte à base foncièrement lunaire.
          « L’hypothèse la plus probable, au vu de l’absence évidente d’un rapport avec les solstices et les équinoxes est qu’elles étaient fixées à partir de l’observation d’étoiles particulièrement importantes. Selon une hypothèse récente, les deux fêtes principales – Samain et Belteine – pourraient avoir été fixées par les levers héliaques d’Antarès, de la constellation du Scorpion, et d’Aldébaran, de la constellation du Taureau. Ces deux étoiles très visibles de couleur rouge se trouvent à 180° sur l’écliptique, de sorte que lors du lever héliaque de l’une, le ciel nocturne est dominé par l’autre. l’Année se trouve ainsi divisée en un hiver (saison sombre pendant laquelle débutait l’année) de cent soixante dix neuf jours, et un été (saison claire) de cent quatre vingt six jours, ce qui correspond bien au calendrier climatique et agricole de l’Europe* tempérée.
          « La confirmation de cette conception de l’année peut être trouvée dans le zodiaque gallo-romain trouvé à Grand : il est divisé en deux parties dont l’une est placée sous le signe de la Lune et l’autre sous le signe du Soleil ; la première commence avec le signe zodiacal du Scorpion (Écrevisse)n, la deuxième avec le signe du Taureau. Les dates des deux autres fêtes auraient pu être déterminées par les levers héliaques de Sirius (Lugnasad) et de Capella (Imbolc). Tout rapport fixe proposé avec les dates et les fêtes du calendrier actuel ne peut donc être que tout à fait approximatif, compte tenu du déplacement de la voûte céleste par rapport à l’Antiquité. » (cf. § Précession in art. Astronomie*).


          La Lugnasad est principalement, une fête de troisième fonction*. Lug ne semble pas être présent dans son nom autrement que par le jeu des triades initiatiques. Mais cette Fête des Moissons est aussi celle du Rassemblement des guerriers de Lug, donc une fête de seconde fonction*, dite de protection.
 
         Cette fête pouvait durer quinze jours avant et quinze jours après : “Festin des fruits de l’été”, fête royale des moissons, des arts et des métiers, du commerce, foire, contrats, mariages, mais aussi discussions politiques, courses, jeux floraux des poètes, réunion bardique propres à une fête de première fonction c’est ce qui explique que cette Fête de l’Abondance était obligatoire, toutes Fonctions* réunies d’autant plus qu’on y élisait le nouveau roi !

À Lugdunon, la capitale de la province des Gaules : « C’était un grand rassemblement à Lyon, on y venait de partout pour des spectacles, des concours d’éloquence, de poésie, et les plus mauvais étaient plongés dans le Rhône. » J. A. Mauduit, L’Épopée des Celtes.

À Rome, c’était le jour où l’on célébrait l’empereur Auguste…

Après l’évangélisation, la fête de la Lugnasad fut phagocytée par la saint Pierre-aux-liens* qui ne subsiste qu’en Berry, province très celtique, et la présence des liens de cet hypothétique saint Pierre est en rapport avec Lug le divulguer qui lie son auditoire avec la chaîne de son logos !!!



“Mai des Moissons” : le Rote Hahn “coq rouge” que nous avons vu dans les rites* de Carnaval, est resté dans les pays germaniques un rite folklorique important de ce cycle car « le Coq habite dans la dernière gerbe, et les moissonneurs qui terminent leur ouvrage disent : Nous allons chasser le Coq ! puis, Nous avons pris le Coq ! Cela remonte à des jeux qui poussaient à l’émulation des travailleurs : le fermier cachait un coq sous la dernière gerbe et celui qui le trouvait, le gardait pour lui en poussant un ”cocorico”. Il était alors nommé “le Coq”… (du village) » Frazer, Le rameau d’or, Laffont, 1981.

En Grande Bretagne : un arnack, “tour de cou”, est un jabot d’épis tressés traditionnel pour la fête* des moissons. La présence de cette couronne n’est probablement pas gratuite : est-ce le souvenir du torque d’or de la Reine Pourvoyeuse Frigg ?

Calendrier des Fêtes d’Automne :


21 sept. Équinoxe :

30 oct./ 1er nov.  Samhain : Halloween, Fête de Odhin/ Woten*, Fête du Souvenir des Ancêtres : commence le “Temps des Ases (Sages).
2 - 4 nov. Assemblée d’automne des associations “traditionnelles”.
3 - 4 nov. “Marché Viking” et exposition-vente des Artistes, Artisans de la Tradition.

10 nov. Fête du Cellier : hivernage de la récolte de pommes.

11 nov. Commencement du Temps de Carnaval avec le retour de la troupe des Morts, la procession et les Jeux/ Mystères du Seigneur des Dieux. Durée traditionnelle : 40 jours avant et 40 jours après la Fête de Neu Helle/ Jul.

1er dec. Premier Avent (1ère semaine de l’Avent) : allumage de la bougie printanière sur la Couronne ou Roue de l’Année (Croix celtique).

6 déc. Fête de Ruprecht/ Nicolas : Jour des joyeuses Bandes à Ruprecht/ Nicolas, tournée/ défilé de Wotan, ancienne fête du second Avent.

8 déc. Deuxième Avent : allumage de la bougie estivale sur la Couronne de l’année.

13 déc. Fête de Frigg/ Lucie la Reine de la Lumière, anc. fête du troisième Avent.

15 dec. Troisième Avent : allumage de la bougie automnale sur la Couronne.

21 déc. Veillée du Solstice d’hiver : nuit de la distribution des cadeaux/ étrennes par le Père Neu Helle/ Wotan et Feu de Joie du Solstice d’hiver pour célébrer la renaissance de Balder, le dieu solaire dans la plus longue nuit de l’année.

22 déc. Festin familial : le sanglier ou le cochon de lait ou la tête de cochon50 !




Samhain est la quatrième fête des feux solaires celtique :


          Samhain – en gaulois samonios – est la plus importante fête celtique, celle de Taranis/ Verse-Eau (Thor ou Mars) dieu de la saison des pluies. Quoique la Samhain ne soit pas une fête de printemps, nous la citons ici comme fermeture de cette demi année solaire ouverte le 1er Mai avec la Danse des Rubans autour de l’Arbre de Vie, pour fêter rituellement la hiérogamie Soleil Terre. Mais chez les Celtes cette fête est celle du début de leur année nouvelle, tradition bien proche de celle des Crétois qui la fixaient à l’équinoxe d’automne, il en était de même en Crête et dans les mystères d’Éléusis! Cette “réunion qui résume l’été et annonce l’année suivante” marque donc la fin de l’été. Il s’y déroule des épreuves de qualification (cf. art. Jeux* et Initiation*).

          Cette fête d’obligation réunit à nouveau tout le monde « aucun Celte ne pouvait se passer d’y assister sans risquer la folie ou la mort. Chacun y exprime son souhait de traverser “la ténèbre hivernale”, de gagner l’autre rive de l’année “dont les biens sont éclatants” et de chercher à s’élever au dessus de la condition humaine banale » Bernard Mistral, La fête de Samhain, livret de présentation festive.

          Après avoir éteint tous les feux, la communauté* tribale se rassemble en cercle autour des Druides qui rallument un Feu* Nouveau avec un silex rituel pour inciter le soleil mourant à reprendre de l’énergie et, de ce fait, à réconforter les esprits des ancêtres : ces feux rituels étaient encore allumés aux débuts du XXème siècle en Écosse et en Irlande ; ils le sont toujours dans les cérémonies druidiques et les veillées des milieux celtisants.

          « La Samhain dure trois nuits et trois jours, elle constitue le moment où le temps humain s’arrête, où les hommes sont invités à vivre le temps mythique des Dieux. » Anne-Marie Judeaux, revue Nouvelle Acropole :

          Première Nuit-jour/ nyctémère (sans doute celle de la “deuxième” fonction*) rappel de la Mémoire des Héros tribaux et claniques, mythifiés ou des mythes* historicisés, chants (odes et chansons) accompagnés de la divine harpe ; fête “militaire”, festin de Tara, exploits.
          Il s’y déroule des jeux* dramatiques – tragédies épiques – mettant en scène les grands personnages mythiques du clan*, les ancêtres mythifiés. On y décide d’expédition de “rapt de bétail”, ce qui semble bien être un rite* de passation de pouvoir, comme si la tribu/ teuta changeait de propriétaire

          Deuxième Nuit-jour (première fonction celtique, plus mystique que chez les Nordiques) : fête bretonne des ancêtres morts, l’Anaon/ Annwn (en allemand UrAhnen “les vieux-ancêtres”, cf. le dorien Uranos). C’est la période où le monde des vivants communique avec celui des morts, nous préférons dire: avec celui des Sidh*/ Tumulus c’est à dire avec les vieux-ancêtres du clan* !

          C’est l’occasion d’une « unité retrouvée dans la négociation du temps et de l’espace » (Jean Markale, in L’Europe Païenne), de la communication sacrée entre morts et vivants : la communion avec les ancêtres sacrés* (les “saints” d’où le nom de la fête chrétienne de la Tous-saints qui fut installée sur cette date pour effacer la Samhain et nos Anciens de nos mémoire…



          Troisième Nuit-jour : fête totale, réjouissances populaires, banquet, beuveries. Festin de viande d’un animal sacré, porc, sanglier et d’andouilles, et il s’y consomme la “boisson d’immortalité” (celle des “immortels”) : hydromel et bière. Il arrive que l’ivresse et les joutes entraînent des querelles sanglantes : c’est le défoulement après les durs travaux agricoles. Il y a aussi des mascarades – ou transformations druidiques – en “bienheureux”, ce qu’on retrouve altéré dans les fêtes d’Halloween51, “tous blancs”, puisque les “vrais morts”, les “non appelés” donc non masqués, sont noirs, sombres et ce sont littéralement des Méphistophélès, “ceux qui craignent la lumière” (cf. art. Nains*) :

          « Circé explique à Ulysse* le chemin qu’il doit suivre : “Tu arrêteras ton bateau à tel endroit, tu iras à pied, là tu verras une fosse, tu auras de la farine avec toi, tu prendras un bélier, tu l’égorgeras, tu répandras son sang et tu verras monter du sol la foule des eidôla, des doubles, des fantômes, des âmes des trépassés. Tu dois alors reconnaître et retenir celle de Tirésias, lui faire boire à lui le sang de ton bélier pour qu’il reprenne une certaine vitalité et te dise ce que tu dois faire”. »
          Ulysse repart, accomplit les rites : « Il voit alors venir à lui la foule de ceux qui ne sont personne, outis comme il a prétendu l’être (au Cyclope), les “sans-nom” nô-numnoi, ceux qui n’ont plus de visage, qui ne sont plus visibles, qui ne sont plus rien. Ils forment une masse indistincte d’êtres qui ont été autrefois des individus, mais dont on ne sait plus rien. De cette masse qui défile devant lui monte une rumeur terrifiante et indistincte. Ils n’ont pas de nom, ils ne parlent pas. C’est un bruit chaotique. Ulysse est saisi d’une crainte épouvantable face à ce spectacle qui présente à ses yeux et à ses oreilles la menace d’une dissolution complète dans un magma informe, sa parole si habile noyée dans une rumeur inaudible, sa gloire, son renom, sa célébrité oubliés, au risque de se perdre dans cette nuit. Apparaît cependant Tirésias… » J.–P. Vernant, L’Univers, les Dieux, les Hommes, Seuil, 1999.
          Nous avons vu par ailleurs que, chez leurs cousins…Germains, “les guerriers morts sans taches allaient directement au Walhall, d’où ils reviendraient pour le “combat final” avec les Walkyries et tous les Einherjær’ ; les autres, “les morts avec des taches sur leur honneur” ou ceux qui ont été incinérés (ou enterrés) sans les vrais rites* de la communauté* sont les “vrais morts” : ils chercheront perpétuellement à “revenir” lors de l’équinoxe d’automne, lorsqu’on ouvre la grille du mundus pour la fête* de Samhain/ Halloween depuis que leurs ancêtres ont été “masqués” du limon gris du Raz de Marée boréen, telles les grises Grées°, “tous blancs” : les Gilles, avec leur masque blanc, sont la forme nordiste de ces folklores d’Halloween (mais sans son commerce américain).


          Pierre Collier complète, dans le bulletin de liaison Combutis du GDG, n°27 nous rappelle que : « Dans le Nord de la France, une variante de la Fête celtique d’Halloween est la Fête des Guénels. Elle consistait à faire des “têtes” constituées par une betterave percée de trous pour les yeux et la bouche, puis éclairés par une bougie placée à l’intérieur. On portait ces tête suspendues à une perche pendant la Quête (comme nos lampions qui en sont les modernes descendants)n. Une variante de cette survivance celtique consistait à faire flotter ces têtes sur la Somme (Samara)n. Cette tradition survit encore dans le Pays Morin et le Boulonnais mais elle ne se place plus à la Toussaint, mais à la Saint-Luce. » Dans le Brabant, on disposait ces lanternes dans les haies…

          Mais, de nos jours, émigrée aux U.S. avec les Irlandais, des citrouilles en plastique, électrifiées et sonorisées, remplacent celles de nos campagnes qui ne produisaient pas la betterave sucrière… Et, l’Église* a beau jeu de se plaindre de ces “ridicules distractions satanistes” et de les dénoncer comme “inversion des rites chrétiens”, elle qui inversa tous nos rites et inventa même l’impossible : le Diable*!
          Mais, il y a pire quand l’inculture ou la mauvaise foi “militante” lui fait qualifier de “païens” – forcément péjoratif – ces
jeux de mauvais goût promus par le sacro-saint commerce, : il ne faut jamais rater une occasion de salir son prochain mais, avec… “amour” !

          Samhain, c’est aussi l’époque du rite* de “la maison chauffée à blanc”, rite dont nous pensons qu’il pourrait être la forme celtique du nordique “sauna”, si utile après l’été, lorsque la vie devient moins active, et qu’il faut calmer les esprits de ces Celtes extravertis et vantards, esprits surchauffés par le festin de viande “chaude” de sanglier et les beuveries de cervoise, car ces fêtes étaient souvent fort brutales (les rouquins sont connus pour leur caractère quelque peu “soupe au lait”) !

Chez les Grecs, les Anthéstéries sont aussi une fête du vin et elles débutent par les Pithoigia ou “ouverture des jarres” qui, ouvrant le Monde Inférieur (et non pas infernal, ce qui se rapporte à “l’enfer”), permet aux “esprits” des ancêtres (cf. art. Elfes* et Mânes*) de s’envoler et de “se promener dans la cité” (cf. Halloween)…

« A Rome, à cette date rituelle, on soulevait la pierre qui ferme l’accès au domaine souterrain, au cri de Mundus Patet… » (cf. art. romancé Ulysse* et Nausicaa).

Folklore. Il a subsisté une curieuse coutume à Plougastel-Daoulas (Bzh) pour la Samhain : l’après-midi de la Toussaint52 on met aux enchères un gwezenn an avalou, un “arbre aux pommes”. Ce n’est pas à proprement un pommier mais un “squelette de pommier” qui semble revenir d’Ys l’engloutie pour raviver le contact entre les morts et les vivants : il est fait d’un jeune arbre dont les branches ont été sectionnées à quelques centimètres du tronc, donc écotté et sur lesquelles ont été piquées des “pommes d’or”.



Le pentacle dans la pomme


          Ce rite* folklorisé rappelle le pommier d’Emain (Idunn) qu’apporte la messagère de “l’autre monde” pour la Samhain/ Halloween53. On retrouve ce rameau de trois pommes (ou le rameau de pommier fleuri qui permet d’aller aux Enfers et d’en revenir) dans de nombreux mythes* européens… et même jusqu’au Japon (souvenir des Aïnous).
          Particularité intéressante, l’autel* du druide* est toujours recouvert de pommes pour la Samhain et, comme permanence, nous citerons le gâteau traditionnel de cette période des mânes* qu’est, en Autriche et en Allemagne, le Strudel (ou Struzzel). Fourré aux pommes, il est recouvert de trois bandes tressées comme trois brins de paille vide (stroh “vide”), comme une natte54 .




Puis c’est le 1er décembre,
le début de la couronne d’Avent
55


          Cet “avant” Neu Helle (“nouvelle Clarté”) avec ses quatre bougies marque les quatre fêtes solaires des solstices et des équinoxes : on allumera une de ces quatre bougies chaque semaine pour aider le “vieux” soleil dans son déclin et attendre la naissance de son fils à la fin de cette Grande Veillée ou “Nuit des Mères” : au Solstice d’Hiver.


La Sainte Barbe (le 4 décembre) est en fait le jour de la Déesse Mère/ Terre-Mère qui, quoique s’assoupissant à l’approche de l’hiver, n’en est pas moins fertile puisque on plantait alors les blés d’hiver. Le coupelles de “blé de la Sainte Barbe” sont analogues aux “jardin d’Adonis” :
        Pour les Provençaux, le temps de semer Lou blad de santo barbo ou “blé de Noël”, souvenirs de la “reverdie” de la terre après la Grande Submersion boréenne : ces jeunes pousses forcées dans la maison, nouées d’un ruban rouge symbole* de fécondité, serviront à décorer les zodiacales crèches (cf. art. Santons*) de la Neu Helle/ Épiphania !


Alors vient Nicolas/ Klaus – qui n’est autre que “Le Vieux Woden”, l’Ours Artos – qui est accueilli en famille : il apporte des présents qu’on appellera plus tard étrennes56, un ours en peluche en particulier pour les plus petits, tout comme chez les Aïnous (cf. Ours° in art. Bestiaire*). Sant Niklaus se nomme “Stutten Kerl” en Westphalie, expression dans laquelle on retrouve la “jument blanche” Stutten (cf. Blasons*) et le “jeune drôle” Kerl, si ce n’est Karl “l’homme libre” qui donnera naissance au Jarl “le noble nordique”…

          « Le Père Fouettard serait un avatar d’Oel (cf. ole in art. Sacré*)n, fils d’Odin, ancien dieu germanique, pour qui il châtiait sur terre les méchants. Odin lui-même aurait fourni certains traits à la légende de saint Nicolas voyageant la nuit à cheval. Si aujourd’hui le grand saint a été dépassé par le Père Noël, il continue toujours d’accomplir sa mission dans les pays germaniques et alémaniques et les Lorrains se pressent encore le 6 décembre pour l’accueillir.
          « Le 5 décembre au soir, Küssnacht-am-Rigi au bord du Lac des Quatre Cantons en Suisse resplendit d’une multitude de petites lumière et s’anime d’un vacarme (Schembart)n retentissant : comme chaque année, on fête Saint-Nicolas.
          « Origines : Répandu dans de vastes contrées de la Suisse centrale et sous des formes très variées, le Klausjagen57 désigne la coutume dont généralement saint Nicolas et Schmützli forment l’essentiel. Dans un cortège de Saint-Nicolas, le Schmützli58 à la particularité d’avoir le visage noirci à la suie. Il joue un rôle comique et il se charge de distribuer les punitions aux enfants (…)
          « Au signal d’un coup de mortier, les Geisselklepfer “les claqueur de fouet” font claquer leur fouet (cf. art. Sexualité*)n dans un ensemble cadencé afin de chasser les mauvais esprits et de permettre à la Lumière de revenir sous la forme de multiples scintillements qui apparaissent au loin. Les Iffelträger ou “porteurs de mitre”, compagnons du saint revêtus d’un surplis blanc avec une ceinture rouge, sont coiffés d’une immense mitre mesurant jusqu’à deux mètres de haut et pesant une quinzaine de kilos ! Ces coiffures de cartons sont finement ajourées à la manière de vitraux et une bougie trône à l’intérieur.» Béatrice de Villaine et Guillaume d’Andlau, Les Fêtes retrouvées, Casterman 1997.

          On aura reconnu là, une figure de l’If (iffele träger “porteurs de petits Ifs), l’If étant le porte cierge qui, finalement, s’enflammait dans l’églises, lui-même souvenir du vieil If sacré* brûlé rituellement pour le Solstice d’Hiver/ Jul (cf. infra)…




Luce : ensuite nous avons la “Fête de la Lumière”, christianisée en fête d’une sainte Lucie de circonstance, fêtée le 13 décembre car :



          En protant quelque attention à ce texte, nous remarquons immédiatement que sa vraie place devrait être au solstice d’hiver le 22 décembre ! Ce sont en effet les réformes successives du calendrier59 qui l’ont reportée avant… l’Avent et même en Suède qui, sous prétexte de “nordisme” affiché, sert de référence traditionnelle intangible à certains. Mais, vous savez ce que nous pensons du respect des traditions “à la lettre” si vous avez lu notre article Magie* et pourquoi nous en préférons en respecter “l’Esprit” initiatique/ pédagogique60 : sacra !

          Traditionnellement, ce jour là, “la plus belle et la plus blonde” des jeunes filles porte une couronne de bougies sur la tête telle les Caenis, les antiques “jeunes filles Ourses” (nubiles) de Grèce. Dans certaines régions, ce sont actuellement tous les enfants qui portent la couronne de lumière : ne sont-ils pas tous des “Dieux-Fils” qui vont apparaître : « Épiphania ! » et “la Lumière d’un foyer” ?

          Lucie est aussi fêtée par l’allumage de milliers de petits lumignons sur les fenêtres, en particulier à Lyon (notre Lugdunon gauloise), ville où l’Église a profondément déformé et déplacé de cinq jours cette fête de Luce, la lumineuse parèdre de Lug61 : dans un premier temps en Fête de la légendaire Blandine, “Blanche lumière” (c’est bien le sens de Luce/ Lucie/ Lucina) et, dans un deuxième temps, à la consécration de Lyon à la Vierge par le roi Louis XIII, “en souvenir de la grande peste” dit-on.
          Il a suffi alors de déplacer la date au huit décembre pour prétendre qu’il s’agissait là d’une fête différente, mais pas trop pour ne pas gêner le peuple fidèle qui ainsi continuait ses antiques dévotions à cette nouvelle date. La très récente dégénérescence de cette fête en “carnaval mondialiste” (voilà la troisième dégradation) laisse rêveur : l’Église préférerait-elle lutter encore contre le paganisme* son adversaire séculaire (satan en hébreux) et perdre ainsi la figure lumineuse de la Vierge Lucie ? Peut-être est-ce pour plaire aux “Enfants de 89” qui tiennent en main la ville commerçante, les évêchés et le cardinalat ?

À Mont-
Béliard, ville solaire où l'on fête la Sainte Luce tellement mieux qu'à Lyon, avec de jeunes Lucies parcourant la ville, couronne de Lumière en tête, la Mère Neu Helle s'appelle encore Tante Airie.

Chez nos cousins païens de souche germanique, cette fête de l’hypothétique sainte Blandine est toujours appelée “Fête de Frigg, la Reine de Lumière” : c’est elle “l’épouse” d’Odhin/ Wotan* !





Le Solstice d’Hiver :

JUL, NEU HELLE,
“Nouvelle Clarté” ou “Grand tournant” :



Étymologie :
selon l’hypothèse la plus commune, le sens d’origine de Jul est “Roue” *, c’est à dire Roue du Temps (cf. art. Astrologie* nordique) donc, Roue de l’Année et correspondant à l’anglo-saxon wheel, mais aussi “kermesse, fête”, quoique ce soit ici un sens dérivé, second.
          Certains pensent que le nom de Jul peut provenir du germanique jéochol, “(époque des) tempêtes de neige” mais il s’agit aussi là d’un sens second déduit de cette période du Solstice d’Hiver, les “douze jours” qui précèdent la Neu Helle62 ou “Nouvelle Clarté”. C’est donc le “joug de l’année” (jonction, jointure, cf. § Anille in art. Blasons*), l’époque du surgissement I(s) du Nouveau Soleil Enfant ou Dieu-Fils, l’époque où l’on jubile et où l’on jodle des «Yaou63» de joie !
          C’est la période que l’Église* à baptisée Saint-Jean d’hiver et nous nous rappellerons donc que les deux “Saint-Jean” étaient pour les Romains les deux portes “Januae” de l’année.


Voulez-vous consulter l’article [Père Neu Helle] maintenant ? Cliquez sur son nom!
(en le fermant, vous reviendrez dans l’article Fêtes*…)

Chez les Germano-Scandinaves, un des surnoms de Wotan* est Jolnir64, marquant son rapport kronien (de “coupeur du Temps”) avec le re-calage de la “roue de l’année” sur le Solstice d’Hiver d’où, sans doute, un autre de ses qualificatif : Jolareidi, la seconde racine étant commune à l’idée de “roue” et de “chevauchée” (cf. la Rune* Rédo), ce qui rejoint la Chasse Sauvage de la Neu Helle et, ainsi, ferme la boucle…

En Suède
c’est Julgran, mot où l’on retrouve le soleil “gran” (cf. art. Apollon*), ce qui en fait “roue solaire” ou “roue de l’année” toujours, et que nous avons vue longuement dans l’article traitant de l’Astrologie* en Europe du Nord. Nous retrouvons cette couronne enrubannée en cette saison, sur les portes de nos maisons pour accueillir “le Voyageur” (i. e. Wotan) !

          Le premier signe de ce Moulin de la Grande Chanson, ou zodiaque, est le Capricorne, animal mythique que nos cousins septentrionaux appellent un Julbock (prononcer Youlboc!) ou “Bouc de Noël”. Ce bouc de paille blonde (solaire) au col enrubanné de rouge est offert traditionnellement chez nos cousins septentrionaux – sous le septième arc – lors des douze jours du Solstice d’hiver, au moment de la commémoration des “divins” ancêtres et lorsque se fait par conséquent l’Alfablot, le traditionnel “sacrifice aux Elfes*” qui introduira de la fête de fécondité. Mais, il existait aussi d’autres animaux, sacralisés à cette époque (cf. art. Bestiaire* des Dieux*) dont les effigies de pailles commencent par la racine Jul : le julsvin par exemple qui est le sanglier que l’on mange pour la Neu Helle, et d’autres noms en Jul tels que le “
Feu de Jul” et le “chant de Jul”…

         On dit aussi que les six premiers de ces douze jours sont la Fête* des Morts (ou des Ancêtres) et que c’est eux qui, accompagnant Odhin-Wotan* et son cheval Sleipnir, sont à l’origine du chambart ou Schembartlauf de la Chasse Sauvage65 . Dans nos folklore de sorcellerie* post chrétiens on dit qu’ils dérobent les victuailles, mais aussi la bière (öl, Alu) de ceux qui ont sacrifié à l’Alfablot. lI y a là une inversion manifeste opérée par l’Église* car ce sont des offrandes propitiatoires aux Dieux Bons (God/ Gott), aux “bons” ancêtres du clan* (ceux que les Romains appellent les Mânes*, les “Bons”) afin que viennent les six jours suivants qui sont la Fête des Enfants :



          La Scandinavie s’éclaire alors de milliers de chandeliers en forme d’If, de pyramide et, fleurissent alors les étoiles, les Elfes*/ angelots, les couronnes de céréales à douze brins (épis) pour souhaiter douze mois de prospérité… tout en buvant un petit verre de glökl pour l’Alfablot…

Le Feu de l’épiphania en Provence, comme la “fête des Lumières” chez les Grecs (neu helle en celtique et en germanique), est traditionnellement fait avec l’odorant genévrier Juniperus (–>Janus) qui est toujours vert et dont chaque famille apporte un fagot.



          À Pertuis, dont le nom indique suffisamment la présence d’une fente dans la roche (cf. § 2 montagnes, in art. Astrologie* nordique) pour déterminer avec précision le jour du Solstice d’hiver depuis le “siège du Crieur du Temps” (ou du “Crieur des Dieux), la veillée de l’épiphania ou festum stellae, un
Char de la Belle Étoile (ci-dessus) dont le nom est emprunté à la fête liturgique et qui, portant un bûcher enduit de poix embrasée, était traîné par sept mules dans les rues de la ville. Il était accompagné par des jeunes gens qui frappaient dessus à coup de bâton, ce qui s’appelait mouca la Bello Estello, provoquant de gigantesques gerbes d’étincelles66


Chez les Romains : c’était l’époque des angeronnalia ou fête d’Angeronna qui avaient lieu le 21 Décembre. La déesse était représentée la bouche bandée et scellée, un doigt sur les lèvres, geste symbolique de silence (cf. infra, Aryas), ce que Dumézil compare avec les mythes hindous dans son livre La religion romaine Archaïque. Sans doute Angeronna (Angoisse) attendait-elle l’arrivée de Janus le dieu Bifrons (l’an qui finit et l’an qui naît), lequel apportera le surgissement du Nouveau Soleil comme un Dieu-Fils pour l’épiphania (“apparition” de la Lumière) :



          « La “duplicité” du Dieu-Fils repose sur le dualisme de sa représentation pendant l’année : sur sa course supérieure et inférieure, sur sa moitié antérieure et postérieure exprimée dans le signe Ø. » Herman Wirth.
          Le double féminin de Janus est Junon67 “la jeune” (juno/ jugo), la déesse du joug (à la jonction de la Roue de l’Année, cf. Ouroboros in art. Runes*) et par conséquent du mariage. La Junon caprotine (capricorne) est Gamelio pour les Grecs et aussi Héra Zeuxidia, déesse de la Justice* et de la Hiérogamie*, union de l’âme et de l’Esprit qui, pour ces raisons, allait devenir au Moyen Âge la Dame… à la Licorne*.

Chez les Berbères* les deux solstices sont toujours fêtés par des feux, ce sont Ennaïr fin décembre et Ansara fin Juin…

Chez les Aryas des Indes : le silence est, dans la religion cosmique des ”Indo-Européens” (cf. Jean Haudry), un moyen de tirer le soleil de son obscurité pour permettre l’émergence d’un monde nouveau : pour le sortir de l’éclipse il faut rendre aux dieux une adoration dénudée, une adoration sans mot prononcé, au moyen du quatrième Brahman (“étape, prescription”). Ainsi s’explique que le silence ait une fonction éducative. C’est aussi un vieil usage brahmanique, qu’à un problème mal posé on répond par le silence (Mircéa Eliade, Le Yoga, Immortalité et liberté, Payot 1991.)
          « Les R(i)bhu, à l’origine des êtres ordinaires, ont gagné l’état divin en réalisant une suite d’exploits : l’un d’eux consiste à dormir douze jours chez Agohya, “celui qui ne doit pas rester caché”, divinité généralement identifiée au soleil pendant les douze jours du Jul/ Solstice d’Hiver, qui rappellent le Grand Cataclysme (cf. art. Déluges*). Ils s’y rendent en compagnie de Savitar “l’incitateur” (volonté de puissance) car le soleil n’en ressort que par une intervention des Sages Asuras, des incitateurs, des magiciens blancs”, et c’est cela qui en fait des héros. »
          « Le solstice d’hiver, fête de la naissance de Shiva n’a pas le même caractère de lubricité (que les fêtes du carnaval ou celles du 1er Mai). Elle fut transférée plus tard au bambino chrétien, qui est aussi la fête de la naissance de Skanda (“Jet de sperme”), culte souvent transféré aujourd’hui à l’enfant Krishna. “Dans la fixation des époques des fêtes de l’année chrétienne…, transparaît le souvenir de mainte cérémonie de l’époque antérieure. À Delphes, c’est en hiver que les Thiades, c’est à dire les Bacchants du Parnasse, réveillent un enfant au berceau, le liknites, qui était un petit Dionysos dont on fêtait la réapparition vers le temps du solstice d’hiver” (H. Jeanmaire, Dionysos)”. » Alain Daniélou, Shiva et Dionysos, GLM.
          Cet “’incitateur”, ce dieu qui assure la renaissance du monde après la crise eschatologique nommée chez les Germano-scandinaves Ragnarök, “crépuscule” ou plutôt “destin des Dieux”, est Vidar68 le forestier, “l’Ase silencieux” fils d’Odhin venu au secours des “jeunes dieux” ses successeurs : il tue Fenrir en lui arrachant la mâchoire inférieure avec sa grolle*.

Dans le monde celtique cette fête du solstice d’hiver est la fête d’Alban Artuan, qui a lieu le VIIII Riuri (21/ 22 décembre) et son nom signifie “sommet de dureté”. À l’issue de cette “longue nuit” solsticiale, les jours recommencent à croître et nos ancêtres voyaient le soleil “naître” symboliquement* d’une pierre ou d’une caverne, symboles de la Terre Mère et grandir de jour en jour : rappelons que nombre de ces Pierre Percées sont des appareils de visée solsticiale qui déclencheront ces fêtes de l’Épiphania/ Neu Helle ou Jul !

Folklore :
« En Suisse : la commune d’At Jula possède une très ancienne chapelle, dite “de Jul”, laquelle passe pour avoir été consacrée au Soleil. Les chrétiens y viennent prier à Noël pour demander une heureuse année. » Dr. V. Coremans, Sur les fêtes de Jul, 1851. Rééd. l’Anneau, Ruisbroeck (B) 1993…

En Astrologie* : nous l’avons vu, le Julbock est le Capricorne, la chèvre à queue dardée de dragon*, de poisson ou de Dauphin si ce n’est d’argonaute, et il est, nous semble-t-il, le descendant du Narval* ou “bélier de mer” des chefferies du Maglemose, comme signe du Dieu-Fils (cf. aussi art. Alchimie* et Runes*). Le Sagittaire Orion nous l’annonçait d’un trait de flèche (il est plein Sud à minuit heure solaire) !

          « Comme l’Ouroboros – le serpent qui se mort la queue – l’année recommence là où elle se termine. Nous savons bien pourtant que cette nouvelle année qu’inaugurent (déjà) les labours de l’automne est la même sans l’être tout à fait, ce qui nous donne à la fois le sentiment de la permanence et celui du renouvellement.
          «  L’image se déroule comme une spirale, chaque tour de spire répétant la figure de la spire précédente, mais sur un plan différent. Il s’y inclut une verticalité qui est à la fois celle du mystère du temps et celle de la transcendance, verticalité sans laquelle l’homme ne peut vivre, verticalité69 qui le conduit à s’interroger sur le sens de son destin* et non seulement sur les aléas de son parcours qui, eux, s’inscrivent dans l’horizontalité de la spire. » Marie Claire Dolghin, Les Saisons de l’Année, Séveyrat, 1989.


Et ce sont alors les jours de la “nouvelle clarté” :
La Neu Helle !


          Ces jours “magiques”* (comme on dit de nos jours) où l’on s’offre des vœux, des étrennes, mot qui, rappelons le, vient de Strenna la déesse romaine de la santé et du bon développement du corps sont ces jours où l’on s’offrait un rameau (d’or) du Bois de Strenn ! Dons et contre-dons s’échangent sans souci de valeur* ou de réciprocité, en purs signes d’affection pour fêter à nouveau la renaissance du Grand Fécondateur, le Soleil !
          L’arbre* de Neu Helle est alors – après minuit « Épiphania ! » – illuminé de vraies bougies figurant les étoiles de cette grande nuit de douze jours70. Il est aussi surmonté de la traditionnelle Rune* de Vie Algiz , l’Élan Alce qu’est la pointe du sapin – lequel doit toujours être vivant – pointe dorée pour la circonstance, comme le Nouveau Soleil. Les astres y sont aussi présents sous la forme des boules lumineuses qui remplacent de nos jours les traditionnelles pommes d’or et les “treze desser71 per Noué”, friandises et fruits secs de nos amis “prouvençaùs” dont les indispensables noix dorées : ils sont ainsi propitiatoirement appelés à poursuivre leur destin* avec quelques santons* zodiacaux sous la conduite du Soleil (“domine” devenu “Notre Seigneur”) sur sa natte de paille rayonnante…

          Ainsi, l’Arbre de Noël préfigure-t-il dans ce “temps de l’année” réduit, le mât de cocagne, d’abondance* qui suivra la Fête de l’
Arbre de Mai qui célébrera la Re-Naissance de la Nature par ses rites* astrologiques*.

          Viennent alors les jours alcyoniens, c’est à dire les sept jours qui suivent le solstice d’hiver, jours où la mer était calme, ces jours pendant lesquels le mythique Alcyon72 pouvait construire son nid flottant mais nous, nous savons qu’il s’agissait là de la grue° sacrée des marais, Delphis…

Et puis c’est l’Épiphanie73 chrétienne qui n’est plus à sa place astronomique du 23 Décembre, date de “l’apparition” réelle du nouveau soleil : le Dieu-Fils qui va régner sur un nouvel an ! (actuellement décalée, cf. Précession° art. Astrologie*).

Folklore : En Écosse, c’est la fête d'Hogmanay qui célèbre la divinité solaire Ogmios/ Lug ou Hogmagog74

« Les Hollandais de Twente laissaient une gerbe de blé dans leur champ en disant « Voor Wode en zijn paard75 » “pour Wotan et… son cheval” (Sleipnir)n. » Alain de Benoist, Fêter Noël, Pardès, 1994.

Dans le Piémont
, la Bonne Vieille Befana76 (Berchta) vient encore, douze jours après le Solstice d’hiver, apporter une deuxième tournée de cadeaux aux heureux petits Lombards ! Toujours accompagnée de sa quenouille (*qwell “tourner, cercle” de l’année…) c’est encore elle qui visite les enfants du Tyrol et de la Suisse Orientale, mais aussi ceux de notre Franche-Comté.

En Espagne, « le 1er janvier au douze coups de minuit, chacun mangera douze grains de raisins pour être chanceux et prospère toute l’année et la Télévision retransmet l’arrivée du Nouvel An en direct de la Puerta del Sol, la Porte du Soleil77 d’où les Madrilènes observent toujours fidèlement l’antique tradition astrologique !

En Grèce, les prêtres de la “nouvelle foi” (orthodoxe) canalisent la population qui, fidèlement, se rend au bord de l’eau qui est bénie : souvenir du vieux Char Naval qui vit arriver l’Asine Assina/ Athéna avec sa Voile d’Or ! Puis c’est, en famille, le traditionnel gâteau de saint Basile ou Vassalopitta qui contient une pièce porte-bonheur, analogue à notre fève de la Chandeleur, remarque qui “boucle la boucle” de notre annuel Ouroboros…

En Russie, le sapin de Noël s’appelle toujours Jolka !

En Norvège : la Jolas Veinar, (Jul + Weihnacht : “veillée de Jul”) se rapporte dans les “écrits de superstition” à la Chasse Sauvage de Wotan* et de ses Einherjar qui pénètrent dans les caves pour voler les fûts de bière sacrée*. On voit ici l’inversion chrétienne de la Chevauchée Sauvage de la Neu Helle qui est appelée la Jolareidi (cf. la Rune* Redo)…



          À minuit, les Norvégiens et les Suédois viennent de souffler la bougie vert foncée de l’an passé sous leur
Julturm puis, après l’alphablot et quelques chants traditionnels pendant lesquels la céramique s’est refroidie, ils allument la bougie dorée de l’an nouveau…

* * * * * * * *


Remonter l’histoire :


          C’est ce que permet l’étude des fêtes des diverses ethnies, même quand leur culture nationale a été uniformisées par une (religion*-idéologie). Citons, par exemple:

Màj : « 
Certaines fêtes berbères* ont des rapports assez nets avec une “religion astronomique”, telle la Fête du Boeuf ; les Pléiades, comme chez tous les peuples adamites, y sont réputées comme porte-bonheur (elles sont le signe de la “belle saison”)n mais, en général, les autres cérémonies sont nettement des pratiques “magiques*” ou astrologiques* dégradées comme la Fête de la Pluie par exemple. » E. Laoust, Mots et Choses Berbères.
          « 
Et, Maurice Gattefossé (N) poursuit, dans son livre La Vérité sur l’Atlantide* (Lyon 1923) « Si ces populations ont toutes des points communs avec l’Atlantide, l’étude de leurs moeurs et de leur langage (tamachek) confirme cependant le passage du Critias où il est dit que “les Atlantes conquirent cette région” (la Lybie). On ne peut donc pas la confondre avec l’Atlantide proprement dite. »
          « N :
Gattefossé était le rival de Paul Le Cour; Gattefossé représentait plutôt la tendance "sérieuse", avec une approche plus scientifique, et P. Le Cour était le leader de la tendance "ésotérique" fumeuse. Bien sûr c'est la seconde qui a eu le dessus !... Mais je crois que Gattefossé a fait un sacré bon travail - avec les connaissances de son époque mais, probablement, avec quelques erreurs. » < fdes1@hotmail.com > oct 02.


Déclin des fêtes égale désagrégation des communautés” :


          Rapportant le déclin des fêtes à la désagrégation des communautés, Yves Marie Bercé in Fête et révolte. Des mentalités populaires du XVIème au XVIIIème siècles, (Hachette, 1976) note :
« La scission de cette communauté* traditionnelle se fit par le haut L’exigence, tout d’abord, d’une religion épurée, intériorisée, l’attraction ensuite de l’étatisme centralisateur et de son prestige intellectuel, la diffusion aussi de l’instruction et la morale sécularisée qu’elle apportait firent abandonner par les élites la participation aux réjouissances du plus grand nombre. L’image-guide des notables vint à manquer. Le curé lui-même refusa la caution de la religion à la festivité populaire. Les jeunes enfin quittèrent le village. Cette désagrégation se déroula sur trois cents ans… »

Tous les neuf ans, de grandes fêtes sacrificielles de neuf jours avaient lieu autour du grand temple* d’Upsalla (S)…

À Stonehenge, une fête de grande ampleur avait lieu tout les 18 ans et demi pour fêter la Grande Hiérogamie* du Soleil et de la Lune…

«
De nos jours, le sens de la fête se trouve parfaitement caricaturé par les artifices informatisés d’un Disneyland. Il suffit de venir, de payer, et “on vous fait votre fête” au prorata de ce que vous pouvez payer.
« En des époques où l’on n’avait rien, la fête nécessitait le recours à un esprit d’invention et à une imagination qui devait être grands pour pallier le dénuement. La fête ne pouvait donc naître que de la réunion, momentanée, des désirs de chacun. Quelle que fût sa raison d’être, elle ne pouvait donc dériver que dans deux directions concomitantes : les beuveries et la sexualité.
« C’est le sens même du Carnaval où tout, ou presque, est permis…
« Lorsque le temps de la fête arrivait, on dansait sur la place du village, on s’enivrait dans les buvettes improvisées et l’on forniquait dans les granges. C’était alors l’oubli de la peine et l’explosion de la Joie.
» Ursula Fortiz.



Une petite mais heureuse conclusion ?

          « L’Église*, malgré la violence qu’elle a employée pour imposer la nouvelle foi, a partiellement échoué. En effet, malgré les apparences, la Tradition portée par le peuple resté fidèle aux anciens cultes a su conserver ses dieux sous forme de “saints”, ses lieux de culte transformés en église et ses fêtes qui sont toujours célébrées par lÉglise*. » L-P.



Complément
màj en guise de résumé :

Tableau circulaire des fêtes païennes conservées par
l’Armanen Orden (extr. de la revue Huginn & Muninn)…


Pour le lire, vous pouvez agrandir ce document de 3x !
(n.b. : comme nous le ferons remarquer dans la 7ème partie de l’article consacré aux Runes*,
la répartition du cercle annuel des runes est décalée de 180° par rapport à notre présentation…)


Biblio +

Dumont Louis, La Tarasque, Gallimard 1951.
Garcin, Dictionnaire historique de la Provence.


Première émission le 14 juil. 2001, 3ème mise à jour le 28 févr. 2003






Autorisation de citations :