* * * 1ère partie # 1/ 2 * * *




Origine :


          « Dans le mythe*1 pélasge de la Création, la Grande Déesse primordiale, Eurynomé, commença par créer l’Océan sur lequel elle se mit à danser. Puis, avec le “Vent du Nord”, elle façonna le serpent Ophion, auquel elle s’unit (cf. art. Déluges*)n. Ayant pris la forme d’une colombe (péléia), elle couva ensuite, sur les vagues de la mer, l’œuf qu’elle avait pondu2. Ophion s’enroula sept fois autour de cet œuf qui, en se brisant, donna naissance à tout ce qui existe ; ce mythe évoque l’Œuf de Serpent, cher aux druides°, et il renvoie aux représentations d’omphalos* entouré par un reptile. » Raimonde Reznikov, Les Celtes et le Druidisme, Dangles.


« L’histoire de la danse est celle de l’histoire des civilisations
et donc de l’histoire des religions*. »


Danse sacrée, grafitto médiéval
Sutton, Bedforshire


          « Il semble que la danse fit son apparition au début de toutes choses et se manifesta en même temps qu’Éros l’ancien, car
nous voyons cette première danse apparaître clairement dans le ballet des constellations et dans les mouvements imbriqués des planètes et des étoiles et leur rapport dans une harmonie ordonnée. » Lucien, IIème s. EC. Ceux de nos lecteurs qui s’intéressent aux mythes hindous trouverons là d’évidentes parentés.

         « Les danses primitives étaient des actions (i.e. des faits historiques)n mimés et la prédominance des mouvements purement gymnastique ne s’est établie qu’à la longue. La séparation est complète aujourd’hui entre la musique3 et la danse, entre les gestes et les mouvements. Mais ceux-ci n’ont plus de valeur* comme signes. » Maurice Emmanuel, La danse grecque antique, la musique, le rythme, 1896, Slatkine reprints, 1994.


La danseuse du Mont Bégo

         « La danse, dans les anciens temps, était une pieuse manifestation de la foi. Le chœur des prêtres* sautait saintement autour de l’autel°. Danser était un acte sacré* ; danser, c’était prier avec ses jambes. » Heinrich Heine.

         « Jadis tout était clair et dansant : c'était la félicité du monde d'en bas. On honorait les morts avec du vin, le chant des flûtes invitait à la danse et les membres tressaillaient… Comme le dit un auteur païen de l'Antiquité : “car il ne doit y avoir aucune partie de notre corps que n'emplisse la religion* : et que l'âme ne soit pas privée de chants et que les cœurs et les genoux ne soient pas privés de bonds et de sauts, car ils connaissent tous les dieux*”.
          
« Dans les danses étrusques° ceci est manifeste. Ils connaissent les dieux jusqu'au bout des ongles. Ces merveilleux fragments de membres et de corps qui dansent entourés d'un vide mutilateur, ils connaissent toujours les dieux* et nous l'annoncent clairement. » D.H. Lawrence.

          « L’état de danse : une sorte d’ivresse, qui va de la lenteur au délire, d’une sorte d’abandon mystique à une sorte de fureur. » Paul Valéry.

          « Il n’y a rien qui soit si nécessaire aux hommes que la danse. Sans la danse, un homme ne saurait rien faire… Tous les malheurs des hommes, les travers funestes dont les histoires sont remplies, les bévues des politiques et les manquements des grands capitaines, tout cela n’est venu que faute de savoir danser. » Molière, Le Bourgeois gentilhomme, I-2.


Danse de la Tombe Étrusque au Triclinium, 5°s. AEC.


          
Mais, nous faisons maintenant – bien bourgeoisement – “de l’Art”, nous sommes des “esthètes”, nous dissertons du Sacré* mais nous ne “célébrons” plus ! Que pourrions nous d’ailleurs célébrer de nos jours : la “symphonie du tiroir caisse” ?


Danse d’accueil de Dionysos revenant de l’Olympe, Coupe de Douris. B.N.Paris.

Dans l’art grec antique :


          
« La force des traditions est telle que sept ou huit siècles après la création d’un motif, on le retrouve encore, plus ou moins altéré, mais reconnaissable. Cette persistance doit être attribuée en partie au formalisme religieux ; dans les religions antiques, les gestes comme les objets du culte ont leur signification rituelle4 qui est pieusement conservée.
          « Dans la vie privée elle même, les usages sont loin de subir au même degré que chez nous les fluctuations de la mode, parce que l’esprit religieux les pénètre. En dépit des bouleversements politiques, les Grecs ne brisent jamais avec le passé ; c’est là le fond même de l’âme hellénique. L’art qu’elle crée s’avance pas à pas, toujours curieux du nouveau, mais toujours désireux d’
allier dans une large mesure les richesses de la tradition aux conquêtes récentes {…}
          « Comment s’étonner que
les artistes grecs n’aient pas eu le sens de la contrefaçon5 ? Pour eux les efforts de chacun doivent profiter à tous. Qu’une œuvre fasse fortune, elle tombe aussitôt dans le domaine commun ; on le copie, on la répète, on la transforme; sans que l’auteur s’émeuve autrement que pour s’en glorifier. Puisant à un patrimoine commun, dans un esprit de confraternité qui nous étonne, les artistes grecs ont répété, indéfiniment, les mêmes formules : elles leur sont chères, parce que les maîtres les leur ont léguées. » Maurice Emmanuel.

         « L’homme a reçu des dieux, avec le sentiment du plaisir, celui du rythme et de l’harmonie. Les dieux eux mêmes se font les conducteurs6 de ses danses, et
le nom du chœur, Choros, dérive tout naturellement du mot qui signifie7 joie, chorà. » Platon, Lois, II, 653/4.

          
La danse grecque est mime et même pantomime. Elle est rituelle et de pratique populaire. Elle n’est pas professionnelle, quoique nos chorégraphes modernes prolongent la pédagogie des Vestales*, Ménades et Satyres. Elle est holiste* et jamais gymnastique8 au sens moderne du mot. Chez les Grecs, tout le monde dansait, même les dieux* !…

         « La danse est (pour les philosophes grecs) un de ces trois arts musicaux qui sont comme les modérateurs de l’âme antique. Étroitement liée à la poésie et à la musique, elle participe à leur nature divine et, comme ses sœurs, à été léguée aux hommes par les immortels.
Elle n’est pas seulement un plaisir, elle est un culte, elle sert à honorer les dieux*, de qui elle vient. » Maurice Emmanuel.

          « Les danses rituelles, généralement accomplies en groupe, évoquent par leurs figures, leurs rythmes, les mouvements des astres et les rythmes de la création. D’après Lucien (Peri orchesos, XV-1777), “Il est impossible de trouver un seul mystère antique où il n’y ait pas de danse”. »

         Dans les cérémonies religieuses crétoises et mycénienne, les processions et les danses occupaient une place importante. Il est question de danses du taureau°, de danses érotiques, de danses labyrinthiques. Selon Plutarque : « Thésée, à Délos, exécuta avec les jeunes gens une danse qui, dit–on, est encore en usage parmi les habitants de Délos ; elle imite les tours et les détours du labyrinthe et se déroule en un mouvement rythmique fait de continuelles évolutions et déviations. » Thésée, 22.

         « C’est par l’intermédiaire du corps que
l’eurythmie s’insinue dans l’âme, et c’est la danse gymnastique qui enseigne l’eurythmie. » Platon.

         « Le caractère principal de la danse grecque était
l’emmeléia, une grâce empreinte de dignité et de gravité. La solennité du lyrisme choral tendait cependant à s’effacer au fur et à mesure que la présence du chœur s’amenuisait. Des chœurs existaient encore dans les tragédies du début du IVe siècle, mais leur rôle était devenu minime et leur lien avec l’action extrêmement lâche. La présence des acteurs ne cessa au contraire de se renforcer… » “Oxford” et alia, Diction. de l’Antiquité.
 

Ainsi, le commémoratif, le religieux, cédait-il peu à peu le pas
à la “représentation factuelle” : au profane !





         Nous avons déjà vu la parenté du caducée* avec
l’Arbre de Mai, mais jusqu’à présent nous n’avons pu le retrouver entier. Et pourtant, sur la gravure ci-dessus nous en voyons deux constituants essentiels : le bâton enrubanné et celui aux couronnes, ce qu’on peut compléter par les dires d’Emmanuel :

         « Il existe au Louvre trois groupes, de terre cuite ou pierre calcaire, de provenance chypriote qui représentent trois femmes exécutant une ronde autour d’un Arbre* Sacré* ou autour d’un joueur de flûte ».

         Profitons-en donc pour remarquer qu’une des figures de notre
Danse des Rubans – celle de la polka exécutée par les deux cercles, dextre et senestre, qui s’entrecroisent – fait un tressage des douze (ou vingt quatre) rubans sur le Mai, tressage qui n’est autre qu’un spica (épis), un bandage particulièrement efficace et esthétique, celui que font les Ménades lors d’une “danse furieuse”, pour tenter de reconstituer les membres de Zagréus, le fils de Zeus*, après qu’il eut été déchiqueté par les Titans auteurs de la Gigantomachie (le Ragnarök des Nordiques. Cf. aussi Isis et Osiris) : on peut donc penser que ce spica sur le Mai sert à consolider l’Arbre du Monde qui est ébranlé par la terrible Niddhog des Nordiques, ancêtres des Doriens, et qui n’est donc autre que le serpent Ophyon d’Eurynomé (cf. § Clou° in art. Irminsul*).

         «« Mais cette danse en “Polka croisée”9 est précédée d’une figure plus simple dans laquelle les Ases° tournent à dextre, comme le Soleil dans sa course journalière et spiralent
le Mai de leurs rubans de nuance printanière et lumineuse, tel un rostre de Licorne* (cf. aussi art. Narval*) jusqu’en bas comme l’Arc en ciel Bifrost qui mène en Asgard. Ils sont bientôt suivis par les Asines/ Assina qui le couvrent d’une spirale de rubans de nuance plus sombre puis elles repartent en sens inverse et la Nuit fait peu à peu place à l’Aurore des rubans printaniers qui, à leur tout libéreront le tronc de bouleau “lumineux comme le Jour” *Diew – > Tiew, Dieu*! »» T-III.

         Remarquons que, sans que le commentateur des Fêtes* de l’Homme Sauvage°/ WildeMännele d’Oberstdorf en Allgaü (D) en ait pris conscience, ce double cercle des douze danseurs de lichen est bien signalé comme le trajet diurne et dextre du Soleil, suivi de son trajet nocturne donc senestre… (Homme sauvage, cf. art. Blasons, Meubles)





          La mauvaise interprétation de la
Danse du Kômos, sur les décors de la céramique antique, fit dire aux rédacteurs de la gazette archéologique de 1879 que les Bacchantes étaient homophages parce qu’elles dansaient avec des figurations (eidolôn) de membres divers10, ou qu’elles étaient des sauvages parce qu’elles déchiquettent le chevreau du sacrifice (ou un daim, d’où la cultuelle peau Nébride° ou Pardalide)n.
          Cette interprétation “post évangélique” est comme d’habitude aussi malveillante qu’inculte (cela se tient) ! Il est vrai qu’à cette époque – où le nationalisme jacobin issu de notre Révolution donnait l’habitude de tout cloisonner suivant les frontières de nouveaux et souvent artificiels États – était une période où la mode n’en était pas encore à expliquer les trous de la mythologie d’un peuple par les résidus de celle de leurs cousins – alors que cela nous semble d’une rare évidence maintenant – mais nous, nous adorons rassembler pour mieux comprendre puisque la Grande Transgression Marine dont nous parlons à l’article Déluges* à laissé le même mythe de destruction d’un “Dieu*”, d’un Grand Sage, devenu “gris” (d’où le nom des Grecs) qu’il faut tenter de ramener à la vie par des rites* communautaires*.
Ainsi le mythe* d’Isis qui rassemble les treize membres épars d’Osiris avec des bandelettes – le quatorzième, son phallus11 symbole de la Vie, étant introuvable, Il ne put être réanimé dans ce monde – est devenu un rite du souvenir donc de commémoration qui allait être appliqué pour l’ensevelissement du Pharaon mais, là aussi, mal interprété : il n’est pas question de résurrection mais de retrouver, dans l’au-delà, le Vieil Ancêtre qu’un déluge “titanesque” tua en pleine force de l’âge, avortant ainsi cette brillante civilisation boréenne nommée depuis “l’Âge d’Or”…

Les danses “orgiastiques” n’étaient donc pas ce que l’on en a dit. Danses du “souvenir”, elles visaient à créer une communion avec les divins ancêtres, c’est à dire un enthousiasme rituel (du grec en théio “propre à changer le sens de la vie”) car : 

         « Dans les orgies, dans les
Bacchanales, d’autres facteurs (que le vin, le manque de sommeil) entraient en jeu : la musique, la danse, et l’on sait que certains rythmes, la répétition de certains mouvements – comme chez les derviches tourneurs12 soumis à une véritable ascèse de la danse – provoquent des états de transe. » Joëlle de Gravelaine, La Déesse sauvage, Dangles 1993.

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         « Un très haut niveau sonore est utile pour provoquer des états de transe. Le dieu du dithyrambe est appelé le Bruyant (Bromios), le Grand Crieur (Ériboas). Shiva est lui aussi appelé le Hurleur, le Bruyant. » Alain Daniélou, Shiva & Dionysos.

         « Les extatiques, inspirés ou possédés par le dieu, acquièrent des perceptions du monde invisible, des pouvoirs oraculaires et magiques*. Dans l’état hypnotique semi inconscient que procurent les rythmes des tambours et les mouvements de la danse, ils entrent en contact avec les dieux, les bêtes sauvages, même les pierres, et les charment. Les vases antiques et les fresques ont reproduit les mouvements convulsifs et spasmodiques, la flexion du corps en arrière, le renversement et l’agitation de la nuque, que nous pouvons toujours observer aujourd’hui dans les danses extatiques de l’Inde. On disait que les Korybantes étaient ainsi appelées parce qu’ils secouaient la tête comme des taureaux durant leur danse… » Alain Daniélou.



         Le Dr Nghiem Mingh Diem nous en apporte une moderne confirmation dans son livre Musique, Intelligence et Personnalité, Paris 1999 et, de ses développements, il ressort que : « Les battements primaires des tam-tam, des cymbales des musiques “jeunes” et “nouvelles” peuvent mener à la transe en excitant le cerveau droit et en inhibant son homologue gauche. Et l’homme régresse mentalement pour revenir à son état primordial : il redevient “primitif”, instable, cruel, violent et “suggestible”, hystérique (c’est ce qui est recherché dans les rites shivaïtes et dionysiaques des bacchants14 mais canalisé vers une résolution de fusion adoration du divin)n
La musique classique, la musique baroque en particulier (Mozart par exemple), riche en “composantes” et complexe en structures, stimule les fonctions intellectuelles du cerveau, accroît l’éveil et développe l’intelligence et la mémoire. La télévision, en favorisant le “raisonnement par l’image” bloque aussi la maturation cérébrale. L’homme de la culture “tam-tam, télé”, du stade cérébral du rythme et de l’image, est donc un sauvage faisant usage prédominant de son cerveau reptilien. D’où l’ensauvagement de la jeunesse par le progrès technique et la Culture ! » (Notes de l’éditeur).

         Remarquons qu’il n’est pas fait état ici de la danse, ou des “mouvements gymnastiques” : le fonctionnement de l’oreille interne dans une spirale continue induit une ivresse neutralisant la présence au monde (cf. les “rêves parties”, sans parler des drogues destructrices qui s’y distribuent ouvertement) !
         Il en était de même pour la Pythie, dont les “contorsions” précédaient les Oracles. Vues sous cette lumière, celles de Cuchulainn prennent un tout autre sens.

         Ces danses étaient pratiquées en l’honneur de Dionysos pompaïos (“conducteur”) des trois “Heures” (de Héra), les filles de Zeus et de Thémis – c’est à dire Eunomia (la méthodique), Dikè (la loi, justice) et Eirènè (qui éloigne), les gardiennes des “portes du ciel” (cf.  in Blasons*) ou bien Thallos (la Thalassienne), Carpo (la desséchante) et Auxo (augmentation, croissance) à Athènes (cf. art. Justice*) – de Pan “conducteur” des trois Nymphes, ou d’Hermès, son père, “conducteur” des trois Charites ou Grâces :



         Et, « Dionysos est représenté sur un char attelé de panthères, de tigres ou de cerfs° (daims, “pauvres hères”)n. Dans d’autres cas il est tiré par deux satyres. Ce char a un éperon en forme de tête de porc (sanglier)n, l’arrière en col de cygne. À l’intérieur deux satyres nus jouent de la flûte. Dionysos tient un rameau de vigne (ou de houblon)n. Devant le char, un joueur de trompette, des joueurs de flûte, des personnages portant l’autel à parfums, des porteurs de guirlandes précèdent le taureau sacrificiel orné de bandelettes blanches. » H. Jeanmaire, Dionysos, Histoire du Culte de Bacchos, Paris 1951.



          M. Mourgues : « La danse était tellement partie prenante de la vie cultuelle dans l’antiquité que quelqu’un qui ne savait pas danser était considéré comme vraiment disgracié et même longtemps après, lorsque l’Église* eut interdit ces activités rejetées dans son profane :

« J’avais un amoureux qui me déplaît :
Il avait un nez de travers, il ne savait pas danser ! »

(Ronde toulonnaise)




Dans les Cyclades : cette poupée de 1200 AEC à des jambes mobiles pour que l’enfant puisse la faire danser. Très pédagogique, elle représente une traditionnelle danse en rond. On remarquera que des svastikas* sacrés – signe incontestable de la présence des Indo-Euroipéens* – ont été peintes sur son cou. Sur sa poitrine figure le schéma de l’Escarboucle/ Muhlespiele ou étoile octoradiée (cf. art. Astrologie* nordique) qui figure les levers et couchers héliaques aux deux solstices, et ce détail nous donne à penser que cette statuette aurait pu accompagner une enfant… dans sa tombe !


Aux Indes : le dieu de la danse est Shiva Nataraja…


L’Église et la Danse


          Voici quelques citations “édifiantes” : « Dieu ne nous a pas donné des pieds pour danser, mais pour marcher modérément » saint Jean Crysostome (?!)
         « La danse, indigne d’un honnête homme, n’est qu’un spectacle infâme et inutile, une assemblée d’intempérance » François Pétrarque, archidiacre de Padoue…
         Et pourtant nos populaires abbés du Moyen Âge dansaient avec le peuple les danse du labyrinthe dans l’église !
          Les pères de l’Église primitive, comprenant que l’admission de ces pratiques (d’origine païenne)n faciliterait les conversions, s’étaient appliqués à faire coïncider leur symbolisme avec le dogme chrétien et
avaient admis la danse à l’église (Mircéa Eliade, Images et Symboles, Gallimard 1952).
          Cependant que « la suppression de la danse, poursuivie inlassablement par le clergé devait, en ôtant la part de spiritualité que le peuple y mettait, entraîner la décadence des fêtes religieuses (…mais) la danse profane fut l’objet des mêmes persécutions qui demeurèrent vaines en Provence. » M. Mourgues.
          En 1364, l’évêque de Marseille avait retiré aux troubadours et aux mimes la permission d’entrer au couvent des Dames du Saint Sacrement “pour y folâtrer”!


La Danse Classique


          Il existe aussi quantité d’autres danses que les amateurs pourront retrouver dans le livre de Maurice Emmanuel que nous avons cité. Il a été conservé le nom de 200 danses grecques et il semble qu’en matière de pas et de figures, ils aient tout inventé. Cette tradition devait remonter à loin, à moins que cela ait été “génétique” : qui sait ? Pour l’essentiel, on retrouvera tous ces pas dans ce que nous appelons de nos jours “la danse classique” :

          « À l’origine, la danse classique récupéra des pas folkloriques, opéra leur classement, établit les cinq position. Emmanuel, par une minutieuse décomposition des pas, montre que les Grecs utilisaient déjà ces positions qui sont le point de départ d’une infinité de pas.
Au XVIIème siècle, l’Académie de Danse et de Musique inaugura une étude sérieuse de la danse, Charles Beauchamp (1636-1705) détermina les positions principales et son élève L. Feuillet établit une notation des pas. » Mourgues Marcelle, La Danse Provençale, ses origines, ses symboles, C.P.M. Marcel Petit, 1985.




Quelques danses antiques, ou folkloriques :

« Il faut savoir que que l’histoire d’une danse populaire conduit à la danse aristocratique car un double courant d’échange s’établit généralement entre elles ; a première par sa gaieté, sa spontanéité plaît à la noblesse qui la stylise et la renvoie méconnaissable au peuple, lequel, avide d’imiter ce qui vient des classes supérieures l’adapte à son milieu. C’est peut-être quelque paysan fruste et ignorant mais doué pour la danse, qui l’enrichira d’un trait de génie qui apportera un élément précieux à l’art chorégraphique. » M. Mourgues.
          Signalons maintenant quelques danses antiques et quelques danses de nos provinces d’Europe – choisies avec un certain “parti pris” (vous en avez l’habitude) – car elles sont encore le signe de la “Grande Santé15 ” de nos ancêtres. Elles seront classées ici par ordre alphabétique…


          Le classement habituel des danses différencie les danses agraires, des danses guerrières (des épées, du sabre, Bacchuber), ou des danses de métiers (lesquelles ont bon dos pour coloniser la danse “cosmique” des Rubans du Mai en “Cordelles” (Danse des Cordeliers), ou celle du tressage-tissage-treillis ou du liage, apanage des déesses séléniques du destin, en Tisserands ou Fileuse sans oublier les Quadrilles, danses religieuses et processionnelles (rogations, Grâces, bornages, haies et “demandes”). Mais on devrait y ajouter les Danses de Brigue ou d’entreprise amoureuse…
          Il faudrait aussi reclasser certaines d’entre elles dans les rites (païens) solaires16 et (ou) lunaires tels : le Cacalaus “escargot” de la Farandole, ou la spirale du Ludus Troja (193). Et rappeler que les tours – souvent triples – à dextre vont dans le sens du Soleil et des Étoiles, le sens du Temps, et que les tours à senestre vont rajeunir le Soleil et le Temps et permettre le voyage auprès des ancêtres défunts17.
« 
Que les Jardinières et leurs Arceaux pérennisent l’Arc-en-ciel d’Ouranos et que c’est le symbole* des Points Cardinaux (où du Muhlespiele/ Escarboucle… si ce n’est celui du Svastika* sacré)n se retrouve dans les Matelottes, les Chaînes Anglaises ou la Danse basque du verre, « et non pas en signe de croix† » Marcelle Mourre.
          C’est ainsi qu’à Lure (H-S/70) le Groupe Folklorique des Correvrots-Lurons présente sa Marche des Genêts qui
célèbre le retour du Printemps, les danseurs portant à cette occasion des arceaux de fleurs”.
          « Las treilhas, les treilles, sont aussi presque particulières à Montpellier. C'est une danse des plus gracieuses, exécutée par huit à douze couples de femmes, vêtues de blanc, avec des rubans et des ceintures, qui sont bleues pour la moitié des danseuses, roses pour les autres. Elles ont des fragments de cerceaux, garnis de mousseline blanche et de nœuds de rubans, aussi bleus ou roses, et dont elles tiennent les extrémités à la main. Ce sont alors des évolutions variées et très compliquées, pendant lesquelles les deux troupes se mêlent sans se confondre, s'entrelacent en gracieux méandres, formant de temps à autre des berceaux avec leurs cerceaux enrubannés, et mille dessins pittoresques… » Extrait du site <e-prod> . Cette danse appartient de même au Cycle printanier mais, au cycle des vendanges dans certaines régions !


Dans
les Bacchanales, le personnage du Silène est équivalent à Bès, le "dieu des menus plaisirs" des Ægyptos.
« Les danses dionysiaques érotico- mystiques se continuèrent longtemps en Occident. Les chroniqueurs du Moyen Âge en ont laissé des descriptions frappantes, notamment de celles pratiquées jusqu’au XVIème siècle dans la région du Rhin et des Flandres. Les danses des tarentulés dans les Pouilles (Puglia) pouvaient encore récemment être observées (et demeurent dans la folklorique Tarentelle)n. » A. Daniélou, Shiva et Dionysos, GLM 2000
         
« Les processions en l’honneur d’Isis, de Déméter et de Flora, avec leurs emblèmes phalliques, étaient également accompagnées de chants érotiques et de chevauchements impudiques encouragés par des Fescennine, plaisanteries obscènes. » P. Rawson, Primitive Érotic Art, Londres 1973. (Dieux ! Que ce style est post chrétien ! )


« La danse des bergers est d'un tout autre genre. Elle s'exécute lors de l'Assomption (15 Août Å cf. la Lugnasad celtique 1° août) dans quelques bourgs de l'Hérault. Ce sont en effet des pâtres qui parcourent les rues sur deux files, sautillant en cadence, au son du tambour et des hautbois ou clarinettes. Ils sont en manches de chemises, pantalons blancs et souliers ornés de rubans, armés de gros bâtons. En tête marche un jeune enfant de 8 à 9 ans, le plus souvent c'est un garçon, mais il est toujours habillé en fille, avec des oripeaux éclatants, du fard, et une couronne de fleurs. Il est escorté par un adolescent armé d'une baguette blanche. (Tout semble indiquer une danse du Cycle de Mai, transposée pour les besoins de l'Église*)n
          « De distance en distance, le cortège s'arrête sans cesser la musique ni la cadence. Les deux files de pâtres font volte face, et chaque homme se trouve vis-à-vis d'un adversaire. Alors s'engagent autant de combats simulés qu'il y a de couples. Bien que ce ne soit qu'un jeu, l'amour propre et le vin échauffent les têtes exposées à un soleil ardent, et souvent les bâtons portent de rudes atteintes. Dès que l'adolescent voit que la plaisanterie devient trop forte, il s'élance en dansant, et de sa légère baguette il sépare les terribles gourdins qui doivent céder à l'instant.
          « Le piquant du jeu, pour ses rustiques spectateurs, consiste à ne séparer les combattants qu'au dernier moment, et il arrive trop souvent que, pour remplir cette condition, le pacificateur ne survient qu'après quelque coup sérieux donné ou reçu. Ensuite les files se reforment, et la marche est reprise.
          « Si de tels divertissements ne sont plus dans nos mœurs, on ne peut cependant s'empêcher d'admirer quelquefois l'adresse de ces athlètes rustiques, et la fierté de leurs regards, d'autant plus remarquables, que cette classe d'hommes, vouée par état à une solitude habituelle, conserve quelque chose de primitif et une empreinte moins effacée que ceux qui sont exposés au frottement continuel de la civilisation. » Extrait du site <e-prod / La France pittoresque> rubrique Traditions.


La Bouffetaïre ou Danse des bouffets
(des soufflets) de Provence
est analogue aux Soufflaculs de Saint Claude du Jura : elle consiste à souffler avec un soufflet ou un bouffet (bouffado en Ardèche) sous la chemise ou sous les jupes des participantes. (On remarquera le jeu de mots transparent en provençal : “souffler = bouffer” !
         Ainsi, dans les Hautes Alpes dit–on :

« Boffa-li al quiou, iou té boffi, iou té boffi,
Boffa-li al quiou, iou te bofféraï ou tiou ! »


         Dans le midi, la langue d’Oc est très… directe, et ces couplets sont donc souvent forts savoureux ! Par exemple, le second jeu de mots joue sur cul/ quiou qui se prononce aussi “tiou” comme dans al tiou ”au tien”, lorsqu’il est joint à la Bourrée du Lézard, fait que le programme de ces soirées festives était connu d’avance et même espéré par les “jeunesses” de nos montagnes occitanes…
         À Aix-en-Provence, les jeunes danseuses heurtent le tronc d’un olivier trois fois de suite avé lou tiou. On aura bien sûr reconnu là un ancien rite* propitiatoire de fécondité18.
          « À Montagnac (Hér.) le dernier jour de l'Épiphanie, les instruments payés, les jeunes gens ayant à leur tête le Capdéjhoubén et les Souteneurs, armés chacun d'un vieux soufflet, dansent à queue leu leu et en cadence sur l'air expressif d'une chanson très ancienne. Dans ce moment chaque danseur se met en position de recevoir un clystère, après quoi ils frappent tous en mesure sur leur soufflet qu'ils lancent ensuite sur les toits. Cette danse dont on ignore l'origine est très amusante. » e-prod/ extrait de Guide et Annuaire : La France pittoresque
         Dans le Nantais, les danses étaient intercalées avec des chants que les mariés de l’année devaient “interpréter” sous peine d’amende. Nous vous laisserons imaginer les “couplets vivants” spontanés que les farceurs pouvaient imaginer à cette occasion pour obliger leurs conscrites à les interpréter en public.


La Danse de la Bourrée est une variété de Gigue qui se danse les bras en l’air (comme le Fandango basque). Si nous ne connaissons plus chez nous la symbolique de ces antiques danses celtiques, les fidèles Écossais peuvent nous y aider : ils disent que leurs Highlands Flyers figurent la cour du cerf à sa femelle pendant laquelle il reste sensiblement sur place, d’un sabot sur l’autre, semblant danser une gigue/ jig (cf. aussi l’art. Cernunnos*). Ceci la rapproche des Danses des Masques des Hommes-Cerfs (infra).
          Une bourrée auvergnate se nomme Aïgo de Rotcho (nous en avons parlé par ailleurs) : c’est le nom d’un lieu dit “la source de Roché”, un antique lieu de culte gaulois. L’antique source sacrée* contenait l’un des deux textes gaulois ou latin dit “le Serment au Dieu Maponos”… (Kruta).
          Pour des données plus techniques on se reportera à la 1ère partie, Les Origines., section danse, fiches techniques…



Branles ou brandi
(danses autour du feu) : « Parmi l’infinité de jeux dansés auxquels les branles donnèrent lieu, le plus primitif et le plus général est celui du couple vigoureux et beau qui, au centre de la ronde, personnifie le génie de la végétation et dont la vitalité débordante aura une action sur la fertilité. »

« Ancùei cada fihèta          Aujourd’hui, chaque fille
Déu ben
vira lou Mai,          Doit bien tourner le Mai,
Aussi la fresqu’ erbetta,          Aussi l’herbe fraîche
Non passisse jamai.          Ne se dessèche pas.
Entan, per commencar,          Aussi, pour commencer,
Emparen à dansà          Mettons-nous à danser,
A cantà, à sautà (bis).          A chanter, à sauter. »
(Rondo de Nizza)

« Quand vèn lou mès de Maï,           Quand vient le mois de Mai,
Leï toundaïre venon,          Les tondeurs arrivent,
Toundoun la nuech          Ils tondent la nuit
Toundon lou jour…         Ils tondent le jour… »
La Lano (Danse pastorale)


Lou premier jour de mai, larirai,
Lou premier jour de mai,
Ai fa’n bouquet à ma mio.
(Version provençale d’une romance de Damase Arbaud)


Dictons :

Mai, lou bèu mai, marido gaire,          Mai, le beau Mai, ne marie guère,
   Mai espeli li calignaire !          Mais fait éclore les galants !

Fiho richo, bravo et poulido          Une fille riche, vertueuse et jolie
      N‘es pas maïado qu’es chabido.         n’est pas esmayée qu’elle ne soit mariée.




Les Chaînes Anglaises de nos “bals folks”, sont des danses labyrinthiques (infra), avant/ arrière, centre/ bord, changements permanents de cavaliers : ce sont des “tissages du destin”. Elles sont en général joyeuses et sont les plus appréciées des débutants et des “dragueurs19” qui, quoi qu’ils ignorent le sens de ce mot, le suivent spontanément (où l’on voit la présence réelle, spontanée, d’un mythe) !


Le Chibreli  : Autrefois, les charretiers de nos montagnes pré-vosgiennes conduisaient leurs charrois de bois jusque dans les ports de l'Atlantique. Là-bas, ils se rencontraient dans les estaminets, ils mangeaient, ils buvaient bien sûr et surtout ils dansaient avec les filles du cru qui leur ont appris le Chibreli dans laquelle on peut voir le mouvement du sciton, scie utilisée par les bûcherons pour débiter les arbres en longueur (les Correvrots-Lurons). Mais, des esprits “légers”, ou biens proches des origines, prétendent que ce mouvement de sciton dans un couple est une invite à d’évidents rites de… fécondité !



Danse du Chevalet
, imitée des Centaures : à Montagnac (hér.) on promène le Poulain, énorme mannequin qui représente un cheval grossièrement fait, sur le dos duquel sont deux mannequins représentant un homme et une femme appelés Estiennet et Estiennetto, mais nous reverrons ce cheval plusieurs fois…
          « La plus originale des danses languedociennes est le chibalet, en français chevalet, dansée exclusivement à Montpellier. Un jeune homme monté sur un cheval de carton (qui n'est qu'un cheval postiche attaché à sa ceinture, mais dont la housse richement ornée cache les jambes du prétendu cavalier) exécute des passes de manège au son des hautbois et des tambourins.
          « Un autre danseur tourne autour de lui, tenant un tambour de basque dans lequel il feint de présenter de l'avoine au chibalet. L'adresse de celui-ci consiste à paraître éviter l'avoine, pour ne pas interrompre ses exercices, tandis que, toujours en cadence et sans se brouiller avec lui, l'officieux pourvoyeur cherche constamment à se placer devant la bouche. Ces deux acteurs principaux déploient beaucoup d'agilité et de grâce dans ce jeu. Vingt-quatre danseurs, vêtus à la légère, les jambes entourées de grelots, et dirigés par deux chefs, se groupent autour du couple principal, et s'entrelacent de mille façons pittoresques, en dansant toujours les mêmes rigaudons que le chibalet.
          « Cette danse fut exécutée à Paris, au Louvre, lors des réjouissances publiques célébrées pour la convalescence de Louis XV. Elle a été aussi ordonnée en 1835 (pour la première fois depuis la révolution de 1830), par l'autorité municipale de Montpellier, à l'occasion des fêtes de juillet. On fait remonter son origine au treizième siècle. Elle retracerait une circonstance de la vie de Pierre, roi d'Aragon, devenu souverain de Montpellier par son mariage avec Marie, fille du dernier seigneur de cette ville. Pierre traitait son épouse avec froideur. Elle fut même obligée de se retirer à Mireval, à 2 lieues de Montpellier. Un fidèle ami du roi ménagera un rapprochement entre les époux, un jour que la chasse avait amené Pierre auprès de la résidence de la pieuse Marie ; et selon l'usage de ce temps-là, ils revinrent à Montpellier, montés sur un même palefroi. Les habitants, instruits à l'avance de cette heureuse réconciliation, accoururent au-devant de leurs maîtres, en manifestant leur contentement par des rondes, et ce fut pour perpétuer le souvenir de cet heureux jour que la danse du chibalet fut instituée. » Extrait du site : e-prod / La France pittoresque, rubrique Tradition (Cette rubrique vous fait régulièrement découvrir les coutumes et traditions populaires de nos régions. Les origines de fêtes traditionnelles vous y sont dévoilées, ainsi que les mœurs de nos ancêtres et l'art de vivre autrefois).


Les “Contredanse" : Sous son apparence de danse de cour, c’est est un mot d'origine anglaise qui signifie "danse campagnarde" (country dance) : ne venons-nous pas tous de la campagne “paganus” ?…



Une Danse de la Chouette ?
L'expression populaire "vieille chouette" pour parler d’une “vieille fille” (c-à-d sans enfant) et l'interprétation de nos contes populaires nous ont donné à penser qu'une danse* chantée dite "de la chouette" était autrefois utilisée dans les rites* orgiaques de fécondité. Mais qui pourra dire le rapport entre cette “vieille fille” et la “tout savante” asine Athina ?…


Les Danses dos à dos (ou Tapes culs) furent interdites par l’Église* à cause de leurs origines païennes. En Angleterre, les Puritains déclaraient que ces danses étaient diaboliques, les rites* de fertilité n’étaient évidemment pas leur “tasse de thé” !
         En juillet 1536, Jean Calvin se fixe à Genève où la réforme est adoptée. Il impose aux Genevois une discipline morale sévère en rendant obligatoire la fréquentation du culte, en interdisant les danses et en appelant les magistrats à sévir contre les “pêcheurs” ! Mais… il en est chassé par le peuple de la cité en 1538 !


La Danse des Épées ou Bacchu Ber20 (Pyrrhique). Le nom de la danse est de parenté évidente avec celui de Bacchus : remarquons la racine indo-européenne °Bak, "bâton" qui rappelle bien l'importance du Thyrse, à la fois caducée* du "messager" Éros, et Arbre* de Mai de nos Hiérogamies*…se retrouve a été conservée chez nous à Briançon et au Pays Basque*, mais aussi dans le folklore Allemand ou Écossais, ainsi qu’en Wallonie. Nous nous ferons donc un devoir d’inviter l’un de ces groupes à nos fêtes…
          Dans le Bacchu Ber de Pont-de-Cervière qui a lieu le 16 août (Saint Roch), un chœur de femmes interprète des mélopée sans paroles sur un rythme anapestique et non pyrrhique qui est beaucoup plus rapide, avec 19 figures,

          Ce sont des Danses d’Armes : « Par leur forme – sauts, chassés-croisés, entre chocs d’épées – leurs attributs (l’épée, image du rayon solaire perceur de nuages et symbole phallique, les vêtements blancs, les rubans et les grelots) et surtout la présence du Bouffon, ces danses se classent au nombre des anciens rites sacrificiels de fécondité de l’Europe et du bassin méditerranéen qui initient à la mort et à la régénération de la végétation par la mise à mort et la résurrection d’un Chef. » M. Mourgues.

          En font partie les Olivettes, ce “joyau des danses d’épées provençales” qui voit s’affronter deux partis, l’Été et l’Hiver, l’un mené par le Prince précédé d’un Héraut faisant des tours de canne (cf. la “Danse du Drapeau” des Helvètes) et d’un Arlequin (Wotan), et l’autre mené par le (vieux) Roi : chaîne simple, pas de deux, tricotés, entrechats et chaîne anglaise (un ronde plus évoluée dont les nombreuses figures tressées, tissées sont plus signifiantes, cf. art. Destin*). Combat des chefs… Puis les spadaires forment un cercle et leurs épées des rayons solaires autour du cou du Grand Ase Arlequin, ce qui fut un peu vite interprété comme une mise à mort : la preuve en est que posant leurs épées à terre et les entrelaçant, ils le hissent sur ce pavois : c’est bien ici la re-naissance de Dionysos le récurrent. Et notre Arlequin haut perché, de chanter des satires (bardiques) humoristiques, tel un ancêtre des Chansonniers (que notre troisième millénaire tente d’éliminer… ) :

« Arlequin, en bouffonant, disié la vérità ! »


          Le Bal des Sabres de Fenestrelle en Piémont est du même genre mais les Noirauds y sont – comme bien souvent – remplacés par des Sarrazins21 (Maures, ital. moro “sombre” = grec moriskos) et où les femmes y dansent aussi les Cordelles (Danse des Rubans) :

« Desbarcon tout d’un cop li Mouro,
Dis oùlivado un crid s’aubouro ;
Li femo, li fiho, li chouro
Tau que lucre e tarin, quand toumbo l’esparvié,
Parton à vôu… »

(Mistral, Calendal, ch. VI)

          Il existe une Danse des Épées chez les Gardes Suisses et de nombreuses en Allemagne (cf. Obersdorf in art. Homme Sauvage) et en Autriche, en Belgique : Namur, Ardennes et Flandres (Traweiteldans dans laquelle l’arceau/ cerceau fleuri pourrait être l’ancêtre du Hoola oup), Pays Bas qui pourraient en être la source (cf. le tableau de Van Brueghel le Vieux “Feste de notre village” 1549), Suède, Angleterre, christianisée en Écosse, Italie, Espagne, Pays Basque : la Danse du Verre de l’Homme-Cheval. Chez beaucoup d’entre eux, les différentes figures représentent la succession imagée des saisons.
          
À Draguignan, lou patira portait le mât orné de rubans de couleurs vives qui devaient être tressés en dansant (Dr. Jules Cavalier, Relation de la Bravade de Draguignan, 1836).

          Ces Danses des épées sont-elles du type de celles des Saliens, les prêtres* "sauteurs" des Marses. “Sauter” se dit en grec pallein (lequel est en rapport avec pal et phallus : cela consistait-il en un sauter de poutre, ou de linteau à l’origine ? Rite* que l’on aurait alors conservé dans les Jeux* olympiques (cf. Pyrrhique). Il existe aussi une danse pour faire sauter22… les filles dans diverses provinces (nous gardons, Maïane et moi, un souvenir ému de celle des Fêtes du Vin de Montreux).


L'Escargot des Correvrots-Luron : C’est une danse militaire. Il faut savoir qu'à une certaine époque l'armée reconnaissait la danse comme une discipline très utile pour l'agilité du soldat. Ce jeune soldat, de retour au pays, va plus ou moins l'apprendre autour de lui. On est évidemment en droit de supposer une ascendance vers la Danse du Labyrinthe (infra)…



« 
La Farandole23 a gardé son antique rôle de danse de célébration de la Lumière à Guillaume Pérouse en Vlagaudemard (H-A) où les paysans, de leurs bonds énergiques, saluent le retour des rayons fertilisants du Soleil, disparu de leur vallée depuis cent jours consécutifs (Millin, Voyage dans le Midi, T IV, F° 197). » Mourgues Marcelle, La Danse Provençale, ses origines, ses symboles, C.P.M. Marcel Petit, 1985.
          La Farandole de Montagnac (Her.) est une sorte de course mesurée, exécutée par une longue file de personnes des deux sexes en se tenant par la main, au son du hautbois et du tambourin. Cette danse est
entremêlée de la Ronde, ou Rodo (Rondo), et a lieu sur les places et carrefours, et qui consiste à former un grand cercle de danseurs autour des joueurs d'instruments. Ces danses sont communes à tout le midi ; mais la suivante est particulière à notre ville et n'a lieu que le jour de la fête locale.



La pierre runique de Ramsundsberget (Södermanland - S.)
représente Sigurd/ Siegfried) tuant le Dragon* Fafnir/ le “Loup” Fenrir :

          « La forme du serpent (Wurm) représente de façon frappante la figure de la farandole (cf. art. Danse*)n. L’échancrure remarquable (A) correspond alors au curieux entrelacs de serpents dans le haut de la gravure (dont les deux éléments bouclés et la pointe rappellent significativement le haut de l’Irminsul*)n. Sigurd est le personnage qui mène le branle près de la tête du serpent (on dirait aussi Thor qui vient de perdre la tête)n. » J. O. Plassmann, Die Metzgergilde beim Fastnachtsbrauch in Germania, mars 1939, pp. 104-115.
          Personnellement, j’y verrais plutôt Thor qui vient de… perdre la tête dans ce combat du Ragnarök et, un peu plus à droite, Sigurd avec ses outils de forgeron et la laisse Gleipnir que Fenrir vient de rompre. Encore plus à dextre, Sleipnir le cheval à 8 (!) pattes (cf. Rose de Wotan) est attaché à l’Arbre du Monde Yggdrasil / Irminsul* où son maître est “suspendu”, lisant les Runes Sacrées*. Plus bas, n’est-ce pas Widar qui vient trancher la “terrible Niddhog” ? Le Terre “gaste” va pouvoir reverdir (La Belle de Mai)…
         Bernard de Herte commente ainsi cette citation de Plassmann, dans la bulletin associatif “Grèce Tradition” n° 19, p 18 :
          « On ne peut s’empêcher de signaler que la lutte de Sigurd contre le Dragon* a pour objet de ramener une fiancée (
la Soleil)n retenue prisonnière laquelle est généralement considérée comme la “fiancée printanière” de la tradition ; que la quête de Sigurd a été ramenée par de nombreux auteurs à un périple labyrinthique (cf. Ernst Krause, Die Trojaburgen Nordeuropas, Golgau 1893) ; enfin, que le dragon intervient essentiellement sur le plan des traditions populaires (Folklore)n dans le cadre du cycle de Carnaval…
          « Si l’on adopte cette hypothèse, la “fiancée” autour de laquelle on exécutait, notamment à Münster, une danse labyrinthique, serait “l’héritière” et l’équivalent symbolique de la vierge printanière prisonnière par le Serpent hivernal (le “Grand Hiver” Fimbulvetr, cf. notre art. Déluges*) et qui est finalement délivrée par un Héros solaire. La danse aurait été conservée sous la forme serpentine d’une farandole, après la disparition du labyrinthe matériel (de pierres et de gazon) sur laquelle elle avait lieu auparavant. Elle aurait ensuite été intégrée dans l’ensemble formé, à la même époque de l’année, par les traditions carnavalesques. C’est du moins ce que l’on peut imaginer. »

La Danse de la Grue Geranos ou Danse sautillante de la Grue sacrée géranikos : « Lorsque Ariane s’est enfuie de Crète en compagnie de Thésée et de ses treize autres amis Grecs, ils ont d’abord accosté sur l’île de Délos. Pour fêter leur libération d’une mort certaine à la merci du Minotaure24, Ariane les a entraîné dans la Danse de la Grue ou Danse de Thésée (autour de l’autel cornu d’Aphrodite25). Au cours de cette danse chacun se donne la main en une longue chaîne et en suivant à peu près le chemin d’un labyrinthe classique à sept circonvolutions. Ce cheminement en avant, en arrière, imite également la danse d’accouplement de la grue, voilà donc l’origine du nom. » Sig Lonegren, Les Labyrinthes, Dangles, 1993.

         « Il y avait, en face du palais, un théâtre servant à la danse du labyrinthe réservé à ceux qui exécutaient les Danses érotiques de printemps. L’origine26 de cette construction semble avoir été le fourré traditionnel, en forme de labyrinthe, dont on se servait pour attirer la perdrix27 vers un de ses mâles, enfermé dans un enclos situé au centre et qui poussait des cris amoureux ; les exécutants de ces danses de printemps imitaient probablement, par leurs boitillements, la danse d’amour des perdrix mâles. » Robert Graves, les Mythes Grecs, Fayard Pluriel, 1967.
         “La Danse de la Grue se pratiquait devant un autel à cornes (cf. art. Astrologie* nordique)n : on faisait neuf piétements plus un saut” (cf. saltations des prêtres Saliens de Rome), ce qui évoque certaines de nos gavottes bretonnes et autres kolos28 d’Europe centrale. Dans l’île de Corfou (l’ancienne Korkyra), lors de la Danse des grues les danseurs tiennent une longue corde.
Cette Danse Geranos – Grannos – “de la grue” – symbole de victoire du soleil – est la même que celle des Helvètes. On la retrouve aussi dans les Hobby Horse Festivals et les Morris Dances de Grande Bretagne (infra)…

La Danse des masques29 des Hommes-Cerfs, toujours en vigueur au Pays Basque et en Roumanie (entre autres) et ceci depuis près de 30.000 ans si nous en croyons les gravures pariétales de la Grotte des Trois Frères en Périgord (cf. aussi Momeries infra)…

Les Danse du Labyrinthe* ont une chorégraphie du type des bransles et Plutarque, les décrivant, disait que « le rythme30 en est scandé par des mouvements circulaires et alternatifs, des parallaxes, qui sont des mouvements de gauche à droite et des figures en spirales… »
         « Le labyrinthe* de Cnossos a pu être une aire ou un orchestre (au sens antique)n de dessin solaire pour la danse mimée d’
un danseur masqué comme un taureau qui représentait les mouvements du soleil. » Willets, Cretan Cults & Festivals, 1962.
         Au moyen âge, on dansait sur ces labyrinthes à l’intérieur des églises : « On dansait, et on danse encore, des danses du labyrinthe dans plusieurs régions d’Europe ; en Suisse, en Bavière à Munich,
les Danses Schäffer, dansées tous les sept ans, à Traunstein.
         À Troyes, a subsisté une danse* labyrinthique appelée
Troyerlais probablement parente de la Danse de Troie ou Jeu* de Troie chez les Romains (cf. Troja in art. Atlantide* boréenne, et Labyrinthe*).