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CERNUNOS


Étymologie :


          Cernunos signifie “le bel encorné” ou “celui qui a le crâne comme celui d’un cerf”, ou bien encore “celui-au-quatre-coins” (Persigout). 
         Son nom est issu d’une racine Pré indo-européenne* KRN2 “corne”, crâne –› (massacre de cerf) qui a donné aussi le mot cairn (les cairns sont les ancêtres des hermaï, cf. art. Hermès3 ).
         Ce mot est aussi à rapprocher du grec Koré et du latin Cérès, ce qui nous guide vers l’anglais corn et l’allemand Kern, “grain, noyau”, et n’oublions surtout pas le latin cornu copia, qui est la “corne d’abondance*”… adoptée par les alchimistes*.
         En celtique, carno, karnon signifient “corne”, qui se dit Srnga en sanscrit (shringin “le cornu”) et le mot grec proche, syrinx est une “flûte de Pan”, en corne à l’origine, mais c’est aussi la tombe souterraine des Rois de Thèbes (cf. Sidh* in Astrologie* nordique et Déluges*) ! 

         Nous trouvons d’autre part une curieuse parenté – pour le moins phonique – entre corne et coronis la corneille et les corbeaux de Wotan* qui ont un gros bec corné, “cornu”. Y aurait-il donc une parenté entre corvus, “le corbeau”, et cervus/ cervos ? On pourrait le croire car il existe chez les Grecs un Apollon* Karnéios, c’est à dire “de Kronos” qui est un Apollon cornu c’est à dire “becqué”, comme disent les Héraldistes (cf. notre art. Blasons*). ll se pourrait aussi qu’il y ait une parenté avec corona… (borealis, la constellation de la Couronne Boréale) : lorsque le cerf a perdu ses bois qui lui font comme une royale couronne, ils repoussent comme deux boules très poilues qui peu à peu s’allongent et semblent être une couronne de velours comme nous pouvons le voir sur certaines sculptures celtiques…

* * * * * * * * *


Mise à Jour du 24 mai 03 : …l’explication en est donnée par un article trouvé sur l’excellent site anglophone <lexiline.com> d’Andis Kaulins, un chercheur génial qui reproduit un article de Millar : David est Orphée : Un mythe* céleste.
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          « Le nom allemand du cerf Hirsch pourrait s’expliquer par la combinaison de la racine Herr “Maître, Seigneur” et de Sch radical signifiant “briller, montrer, faire paraître” (scheinen “luire, briller, éclairer, rayonner” ; Schauer “voyant, prophète, contemplateur, expert”. Or le cerf à la ramure puissante est bien le seigneur de la forêt, surtout lors du brâme.
          « L’idée de lumière, de feu et de dévoilement, correspond bien d’ailleurs au Cerf Blanc de la tradition celtique (annonciateur, dit-on, de la venue du grand roi Vercingétorix) symbolisme repris par le christianisme avec l’animal sacré de saint Hubert portant une croix de lumière entre les cornes (cf. infra et “bipenne” in Francisque*).



           « En anglais le cerf est appelé Deer, radical que l’on peut rapprocher de l’allemand Tier “animal”, d’où “le Maître de animaux”, animal lui-même mais à mi chemin entre le monde terrestre et le monde divin, symbole* et récipiendaire de leur force vitale, ou bien encore âme animatrice du corps (…)
           « Mystérieux cernunos, comparé parfois aux hommes-cerfs du paléolithique – probablement des chamanes* – tel celui de la Grotte des 3 frères. » Message n° 61, 1er trim. 2002.


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Voulez-vous lire maintenant un article vu sur <antikitera.net> le 4 oct 04 :
: Légendes bretonnes” de Dario Giardi et traduit par R&T

qui rapproche
Cernunnos* de st Cornely, de Carnac et de la submersion d’Ys ?
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Le Cerf “pré-runique” de Glozel (cf. art. Écriture*)


Dans l’archéologie,
il est la synthèse :


- 1/ de ce Grand Cerf Elaphe du Musée des Antiquités Nationales (St-Germain-en-Laye) en tant que Dieu* de la fécondité mâle de nos ancêtres des cavernes, puis du cerf mésolithique Vane que nous retrouverons ci-dessous en tant que “Dieu enseignant, c’est à dire Initiateur* !


Cerf Mégacéros de Lascaux, M. A. N.
« Au sud du Massif central, en Espagne et jusqu’à l’Oural, se trouvent de
nombreuses grottes décorées de cerfs, datées de15000 à 19000 AEC. »


-2/ ou/ et du Taureau, à travers la Déesse Mère* mégalithique – la vache Audumbla nordique, ou la grecque Io – qui l’ont souvent remplacé en figurant l’aspect féminin de cette fécondité… de la Terre-Mère !


Cernunos est attaqué par les griffons diluviens…

          Cernunos figure le culte solaire(!) masculin qui s'est répandu lentement dans la préhistoire en complément – et non en opposition – du culte de la Déesse Mère*, la Terre-Mère dans son aspect positif de donneuse de vie (cf. le synécisme résultant de la Guerre de Fondation*) mais aussi de celui, négatif, du serpent/ dragon* chthonien qui figure les colères de la Terre (cf. notre art. Déluges*) : on dit d'ailleurs que Cernunos est l'ennemi des serpents (cet aspect, ainsi que tous ses autres attributs, furent récupérés par l’Église* grâce à un hypothétique “saint” Hubert survenu à point pour écraser les “connaissances populaires” (folk-lore) de la “vieille coutume” païenne* (cf. infra).


          « Chacun aura présent à l’esprit l’extraordinaire peinture rupestre de la Grotte de Trois Frères du Magdalénien ancien, représentant une figure anthropomorphe dont la tête est parée de puissants “merrains” (supra). Mais il convient aussi d’évoquer ces sépultures bretonnes (infra, îles de Téviec et d’Hoëdic) ou danoises (Bogebalken) du mésolithique, dans laquelle la tête des défunts repose sur des bois de cerf :

 

          À Vedbaek, au Danemark, on a aussi trouvé un squelette reposant sur des bois de cerf et datant du mésolithique (7000 AEC!). Nul doute qu’il s’agissait là, déjà, d’une inhumation rituelle* !


De l’Ariège au Pays Hittite :

         « L’association du cerf et de la mort n’est aucunement l’apanage d’une seule société d’un bout à l’autre de l’Eurasie, les sites archéologiques témoignent de la prégnance de cette idée. Ici, sous les pierres des sépultures de l’Altaï, les nomades ensevelis à Pazyryk au Vème siècle AEC gisent à côté d’un cortège funèbre de chevaux sacrifiés, dont les têtes sont coiffées d’une ramure. L’un des défunts, un guerrier au tatouage parfaitement conservé, présente les dessins de magnifiques bois épousant les courbures de son corps. Là, dans les tombes royales hittites d’Halaça Höyük en Anatolie (IIème millénaire AEC), les morts sont placés sous la protection de figures de cerfs fichées au sommet d’étendards de bronze. Ici encore, à l’extrémité orientale du continent, de nombreuses statuettes anthropomorphes de la nécropole chinoise de Hunan ( IIème siècle AEC) portent chacune une ramure sur la tête (…)
          « D’après les versions irlandaises originelles du roman de Tristan, l’oncle d’Iseult qui fut occis par le héros, est enseveli cousu dans une peau de cerf. C’est dans un linceul identique que furent inhumés, à en croire les hagiographes populaires, plusieurs hauts personnages bretons, dont les célèbres “saints au cerf”, saint Edern, saint Théleau et saint Patrick. » Bertrand Hell, Le sang noir, Flammarion 1994.
          Nous n’oublierons pas non plus saint Kornély ou Cornély, à Carnac et à La Chapelle-des-Marais, ainsi qu’un saint Herbot dont la crosse épiscopale se termine curieusement en… Irminsul* !



Chez les Nordiques :


          
Le Grand Cerf Eikthyrnir qui se trouve au dessus de la Walhalla, et dont les andouillers suintent de filets d’eau qui vont alimenter tous les fleuves du monde, était un Dieu Vane. Cependant, il demeura dans le panthéon des Ases car dans leur mythologie* il domine Asgaard en tant que “chêne épineux” (garric?) comme un vieux Dieu primordial qui veille sur ses arrières petits enfants Ases… qui sont aussi ses descendants depuis le synécisme de la Guerre de Fondation*.
         Le mythe nordique d’Ymir déchiqueté par Odhin, Vé et Vili “pour construire un monde nouveau” nous ramène inconsciemment au sacrifice du Grand Cerf qu’opéra la Grande Catastrophe du neuvième millénaire mais aussi, sans doute, à la Grande Submersion qui détruisit la Frise au XIIIème siècle AEC (cf. les art. Atlantide* boréenne et Déluges*)…


Pierre runique* de Boeksta (S)


         Ainsi dans la mythologie nordique, tel un lucane, le Cerf “volant” domine le ciel d’Asgaard mais, est-ce seulement un jeu de mots – dont on voit par ailleurs l’extrême importance dans la création des nouveaux concepts et probablement un héritage de l’ancien système agglutinant – ou bien est-ce un résidu mythologique conservé par le folklore4 grâce à la Kala (“prescription secrète”) et aux kenningar (métaphores nordiques à récurrences culturelles, ces deux termes se retrouvant développés dans notre art. Gioïa*, la Joie des Troubadours) car ce mot composé “cerf-volant” évoque le lucane5 (dont nous avons vu l’importance au § Escarboucle, in art. Blasons*).

          « Il y a clairement une symbolique* culturelle dans un objet magnifique comme la sculpture de tête d’élan trouvée à Alunda en Suède? D’une longueur de vingt centimètres, cette tête porte à sa base un trou circulaire profond qui incite à l’adapter sur une perche pour la promener, lors de cérémonies processionnelles dont il y aura lieu de reparler (et l’on se rappellera que, bien plus tard, un des surnoms d’Odhin sera Elgr, l’élan !) et qui vont de soi chez des chasseurs. » Régis Boyer, La Religion des Anciens Scandinaves, Payot, 1981..

         Toujours chez les Nordiques, Dain, Duneyr, Durathror et Dvalin sont le noms des quatre Cerfs paissant dans les branches d’Yggdrasil (Irminsul*) l’Arbre* cosmique : ils y figurent sans doute d’une une autre façon les quatre “orients”.

         Dans la première partie plus “folklorique” de notre ouvrage, nous parlions du jeu alternativement dissonant ou harmonieux des trompes de chasse, des Loures, ces Carnyx6 nordiques qui rappellent le brâme de Cernunos : ce sont aussi “les sons désespérés de Gjallarhorn 7, le cor de Heimdall l’Ase blanc qui, devant le pont Bifrost détruit lors du Ragnarök, appelle les Ases au combat final dans le champ Vigrid” mais, c’est probablement aussi le souvenir du “son de trompette” des Grues* salvatrices après la Grande Catastrophe (cf. art. Déluges* et les illustrations de lyres dans notre article Apollon*) !


        
Le Carnyx était “la Conque Primordiale” Gjallarhorn :
À gauche, sur le Chaudron de Gundestrup et, à droite, une Loure d’Époque Viking

         On connait l’importance accordé au “massacre8 de cerf” chez les chasseurs : cela remonte à la plus haute antiquité et s’était aussi conservé pour les Jeux* dans lesquels il y avait une rituelle “chasse au cerf” 9.



         « Ce “massacre” de cerf, cloué sur un pal, était pour les Atlantes du Nord le signe du solstice d’hiver et la marque d’un “lieu de paix”, d’un cimetière. » Herman Wirth, La montée de l'espèce humaine, Diderich Iéna 1928.

Et, de ce fait, nous pensons que l’Irminsul*/ Yggdrasil dont nous parlerons dans un article séparé, pourrait fort bien avoir été à l’origine un pal dédié à Cernunos, c’est à dire un poteau en if (en chêne, ou en sapin selon les ethnies/ teuta/ tribus/ clans*) équarri et sur lequel était cloué* un “massacre” de grand cerf Elaphios Mégacéros, l’Alce, symbole* que l’on retrouve dans la Rune* de Vie : il aurait donc été la marque du Solstice d’Hiver, du renouvellement et de l’apparition du Dieu-Fils à l’Épiphanie/ Neu Helle (cf. § Jul° in art. Fêtes*) et la forme même de cette Rune* de Vie Algiz (cf. le gaulois Alce, “cerf”) figurant la constellation de la Croix du Nord ou Petite Ourse, nous encourage fortement dans ce sens




         Cernunos est bien l’archétype d’Odhin/ Wotan* car le genos de celui-ci est un surgeon de l’arbre cosmique Yggdrasil/ Irminsul*. On le voit ici en position de Lug, assis “à la gauloise”, sur la reproduction du célèbre chaudron de Gundestrup “la coupe de sacrifice des Cimbres” (DK). On voit aussi qu’Odhin-Wotan est Cernunos – en tant qu’Ase il en est le continuateur – et qu’il porte sur le front deux bois de cerf particulièrement droits et finissant en “rune* de Vie” Algiz comme celle qui orne le sommet de notre traditionnel
Arbre de Mai. Or, ce n’est pas la forme naturelle des bois de cerfs : comment alors ne pas en conclure que celui de Gundestrup allie une symbolique* ancienne à une symbolique runique* plus élaborée, plus signifiante, comme résultat de la “guerre de fondation*” des Ases et des Vanes, quand celui du Bardo de Tunis n’est plus qu’un décor tardif recréé par un artiste mosaïste dont le monde se désenchante et perd ainsi son sens culturel profond “sacra” (cf. art. Magie*). En effet, sur cette mosaïque de Dougga, une des trois sirènes d’Ulysse* tient deux curieux “bâtons” ornés de crochets : l’artiste a-t-il pris des Lituus pour des crochets destinés à agripper les intrus ?…

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Voulez-vous lire maintenant en supplément un article proposé par Guy Lejon/ @ le 28 mars avr. 05 : Préhistoire du zen par Guy Massat”
qui rapproche Cernunnos* et sa position druidique de celle des maîtres Zen ?
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Voulez-vous lire maintenant en supplément un article
reçu de Carlos par @ le 11 avr. 05, et traduit de l’espagnol
(l’original est sur le site http://www.angelfire.com/folk/celtiberia)
Une interprétation autour de la Saint-Jean” par Carlos C. P
qui rapproche la fête* de Cernunnos*, et du Solstice d’Hiver ?
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         Dans la mythologie nordique il est dit aussi que Freyr (Dieu de la Fécondité) lutta et tua le géant Béli le braillard (le belli…ciste?) avec les bois d’un cerf car il avait donné son épée à son serviteur entremetteur lors de sa “rencontre” avec Gerd, la Terre jardinée.
Nota : À plusieurs reprises, nous présentons dans nos études le mythe nordique comme étant plus “pur” que le mythe grec. Il ne s’agit pas d’un parti pris “germanisant” – quoique, comme petits enfants des Francs, nous puissions être tenté de le faire – mais du fait qu’on trouve naturellement plus pur ce qui est plus homogène et, surtout, plus simple, plus clair, plus lumineux (au sens logique) : la christianisation plus tardive de ces nations qui ne sont qu’on rameau des Celtes du Nord-Ouest en est probablement la cause…




Héraklès et le Cerf de Cérynie

Chez les Grecs :


         Son nom Elaphios, “élan”, nous guide vers la racine indo-européenne *elen qui signifie “cerf” et qu’on retrouve aussi dans un nom de la rune* de Vie Algiz . C’est cette même racine *elen qui figure dans le nom générique des Hellènes (Doriens), “les clair, les lumineux”, et dans celui de la torche hélané, “feu maîtrisé” par… Prométhée 10 et, très certainement aussi, dans l’Ollen celte* ou dans Ollenzaro, le Père Neu Helle* des Basques*.

         Par ailleurs, relisons ce passage de la mythologie grecque, traité par un auteur récent : “Actéon surprit Diane au bain et les nymphes, le voyant, se mirent à crier. Diane, surprise, le transforma en cerf et lança sa meute après lui. Déchiqueté, ses morceaux épars et sans sépulture sont devenus les inquiétantes ombres de la forêt” : comment ne pas penser ici à la Grande Submersion boréenne et à Osiris/ Dionysos : n’est-ce pas le même mythème actualisé par une autre ethnie ?



Dans l’Antiquité : Lors des grandes processions votives grecques, comme à Patras, c’est dans un char tiré par des cerfs qu’apparaît la prêtresse d’Artémis. Assez curieusement Karénos, qui est le nom grec du carême, notre carnaval – fête* où l’on célébrait à l’origine l’arrivée de la Déesse ou du Dieu* de la re-naissance de la terre descendant d’un Char… Naval* – nous entraîne sur une piste : notre carême est très certainement une “forme christianisée 11” d’un vieux rite* dédié à Cernunos dieu récurrent de la fécondité de la nature, ce que les folklores européens, danois en particulier confirment d’évidence !
  « Mais le nom du grand gibier étant frappé d’interdiction magique*, on lui substitua l’épithète “cornu”, sens du latin Cervus… » Dictionnaire historique de la langue française “Robert”.

Dionysos : Il se pourrait fort que Dio-Nysos soit le représentant de Cernunos* car dans les Dionysies rurales il est figuré sous forme d'un phallus qui portait les surnoms d'Orsigyne "qui excite les femmes", de Koirophallos, d'Euorchos “belles bourses”. Mais, s’il fut victime du Kataclysmos (ce qui semble évident dans plusieurs aspects du mythe*) et, si nous en croyons le mythe d'Osiris, il y perdit le meilleur 12 de lui-même !
         En effet, sur l’anse du “vase François” du VIème siècle, Artémis (Å Héra) s’interpose entre un cerf (Hère) et un félin (Fenrir/ Cerbère?), ce que nous retrouvons sans doute sur une amphore béotienne du VIIème siècle AEC, où Artémis/ Héra est entourée de fauves rugissants et d’animaux aquatiques (deux aspects du déluge* nordique du XIIIème siècle renouvelant celui de Théra* : séisme et raz de marée)…
         Cernunos est donc, au moins symboliquement, l’ancêtre de Dionysos-Bacchus ! On en retrouve des caractères dans le personnage de Zagréus, le “fils de Zeus” (le ”Dieu-Fils”) et, par conséquent, dans Zeus Kouros (“garçon”). Quand à son ivresse et à sa fougue sexuelle traditionnelle, signalons que les zoobiologistes ont remarqué que le chevreuil est ivre après avoir mâché les feuilles de la bourdaine ou “arbuste à paniers”…

Héraklès : signifie “gloire d’Héra” et a donné le mot “oracle”. Il s’appelait Alcée (Cerf) avant d’être consacré à Héra (“du Marais”) sa nourrice, mais on le nommait aussi Télèphe “cerf lointain” : il était donc le fils d’Héraklès et il eut sa parèdre la biche Héra comme nourrice 13 .

La fête* de Cernunos avait lieu à Athènes le 10 d’Élaphebolion (“mois du Cerf” = mars). Au cours de cette fête, un phallus était porté en procession (Dionysos).
         C’est à l’équinoxe de printemps que le Vieux Roi portant les cornes d’Elaphios était mis à mort symboliquement par des “femmes sauvages”, des Reines, et le mois de Phoronée (cf. § Grenouille° in Bestiaire*) apportait alors les
Fêtes du Mai avec sa célèbre hiérogamie* à partir de laquelle débutait l’antique nouvel an.




Son autel : Chez les anciens, ceux de Délos, le Kératon était un monument formé de cornes de bœufs et de cornes de chèvres entrelacées, dédié au culte d'Apollon* Karnéios°. Cette racine KRN se retrouve aussi dans le nom du foudre (de Zeus*), en grec kérannos, proche de la corne d'or, du clou et donc de l'ongle nagl (cf. art. Naglfar) et la grue° sacrée* et sa Danse* Géranos nous semblent soudain bien familières.

Le sacrifice : La parenté entre les noms de Cernunos* et celui de Kronos peut sembler suffisamment évidente pour tenter d’expliquer pourquoi le sacrifice du Dieu-Cerf existait dans la Grèce ancienne.



La Nébride : On se rappellera que dans la Mythologie, Taygété une des sept Pléiades° fut transformée en biche et poursuivie par Zeus “guisé” en Alce cernunos : de là naquit Lacédémone/ Sparte et le rite de la Nébride et l’on sait l'importance de cette peau de faon° ou de daim dans les mystères Dionysiaques ; la nébride que portait sur son épaule l’officiant des Bacchanales faisant de lui un Dio-Nysos, c’est à dire un “dieu récurrent” incarné, et le souvenir de la mort du vieil ancêtre avant sa re-naissance hivernale faisait de lui un “Dieu-Fils”.

          Cette peau de daim ou de faon était probablement le manteau caractéristique de l'As(e)trologue* Dionysos phanatès “le brillant” ou celui de Brisaïos l'inventeur du miel (lequel est Liber14 pour les Latin, et Osiris pour les Égyptiens)…

          Mais, dans la période “classique”, les peintres, céramistes et sculpteurs grecs, par un oubli du mythe originel et par un effet décoratif dû aux artistes venant d’Ionie, semblent avoir confondu la Nébride en peau de daim de Dionysos avec la peau du Lion de Némée (“de la clairière”) pourchassé par Hercule (l’Oracle du Németon/ Téménos) : les jeunes daims (pauvres hères !), tout comme les lionceaux, ont en effet tous deux la peau ocellée : elle est “parde” (d’où le nom de la pardalide Å nébride) tout comme le Léo… pard, ou le Chat…pard
.



         1ère illustration : Vase du peintre d’Altamura (M. Spina à Ferrare) :
Dionysos adulte (le récurrent) tenant Dionysos enfant (son remplaçant… devenu Christophoros par la grâce de l’Église*). On remarquera la Nébride qui montre avec précision la tête et les sabots du daim “pard” (ocellé).

          2ème illustration : Amphore de Cléophradès (Antiquensammlung Münich) :
Dionysos, détail. La couronne de lierre (lequel permet de sortir de l’état priapique provoqué par le “champignon” m.u.k.o.s.) caractérise le devin Dionysos. On remarquera que le peintre à disposé une peau de panthère (un léo “pard”) sur les épaules de notre oracle et les pattes griffues nouées ne laisse aucun doute sur cette “dérive décorative” !

Dans le monde gallo-romain, cette nébride est traditionnellement en peau de loup, loup dont la tête sert de coiffure à l’initié*, ce qui était aussi le cas de notre Taranis succelos (le Thor gaulois).

Chez les Sardes, (un des Peuples de la Mer que les Égyptiens ont nommé les Sardana sur les gravures de Medinet Habou au XIIIème siècle AEC), le cerf est leur emblème guerrier, leur “enseigne”, tout comme il l’était chez les Hittites d’Anatolie chez lesquels existent aussi une tribu Sarde !


Illustration de Joël Bernabel 15


Les Romains aussi ont quelques “dieux cornus” que célèbrent les prêtres “sauteurs” de Mars saliens dans leur rite* hérité de l’archaïque Teuta des Marses (Alexandre le Grand aussi)… ainsi qu’à l’est, chez les Ébro/ Hébreux, on trouve un Moïse “Queren”…


Cernunos dans un octogone sacré.
Mosaïque de St-Romain-en-Gal, 07.


Citons aussi le Char* de Diane/ Artémis qui était tiré par des cerfs, et n’oublions pas non plus que : “Le soldat Romain valeureux ajoutait un cornuculum à son casque” (Gilbert Durand).


   
Le cernunos pourvoyeur du Musée de Reims et celui du Pilier des Nautes Parisii

En Gaule : « Les Gaulois élevaient au fond des bois, en l’honneur d’Ardhuina, des statues ayant une tête de cerf sur un corps d’homme ou de femme. Pour se la rendre plus favorable dans leurs chasses, ils suspendaient autour de l’idole les pieds, les peaux, les cornes des bêtes qu’ils avaient tuées.
          « Cernunos, qu’on représentait aussi avec une figure humaine mais portant toujours des cornes de cerf, avait un autel à Lutèce, sans doute à cause des grand bois qui couvraient alors les deux rives de la Seine.
          « Le Cernunos gaulois conserva une espèce de culte après l’établissement de la religion chrétienne. Ainsi au cinquième siècle, Germain le chasseur intrépide qui devint plus tard évêque (c’est à dire “surveillant”)n d’Auxerre avait, non loin de sa demeure, un chêne au tronc colossal (cf. art. Arbres* des Dieux)n, véritable cernunos qu’il chargeait des dépouilles des bêtes tuées de sa main. Dans certains pays ou le cernunos était resté en vénération, il recevait les offrandes de tous. On choisissait ainsi le plus bel arbre, le plus vieux du canton, pour y suspendre à la fois les trophées des guerriers et des chasseurs et, plus tard, quand les chasseurs clouèrent à l’entrée de leur habitation les têtes de cerf, ce fut là, évidemment, un souvenir de l’ancienne tradition. » Bernard Quentin, Il était une fois la chasse, Dossiers secrets de l’Histoire, n° hs Mars 2002.


          
Le “dieu cornu” que l’on retrouve assis en tailleur, aussi bien sur le chaudron de Gundestrup (supra) que sur les monuments de Reims16, de Vendœuvres (infra), de Saintes, de Sommerécourt, porte le torque au cou ou en main, ainsi que le globe d’ambre ou Pomme d’Or (le Reichapfel de nos ancêtres Francs).

 


         On le retrouve aussi sur les gravures du Val Camonica, tout comme dans la position du squelette de Lepenski Vir en Yougoslavie (6500/ 5500 AEC) et jusque sur les idéogrammes de Mohenjo-Daro (supra) sur l’Indus (2500 AEC) sous le nom de Pashupati “le Seigneur des Animaux”, assis lui aussi à la gauloise (mais on dit localement “en position du lotus”).

         À Beaune, les traditionnelles cornes de cerfs ont fait place à celles du bouc (chamois) de la Neu Helle au solstice d’hiver, le julbock. Il est toujours accompagné du serpent chthonien (et diluvien) qui l’étrangle ou bien que le Dieu maîtrise et étouffe dans son poing, ou qui s’approche de lui gueule ouverte tel la terrible Niddhog des nordiques. Il a quelques fois la tête d’un bélier, ce que l’on retrouve dans l’Ouroboros*/ “cercle de l’année” et, par conséquent, sur certains bracelets ou colliers grecs (semblables aux torques 17 celtiques). Ainsi, il figure le serpent runique d’Utgard, représentation nordique du zodiaque des 24 constellations/ astérismes/ Dieux et de la “Suite Runique” *, zodiaque qu’ils nomment “le Moulin du Joyeux” et qui figure le Kosmos !

         Plus tard, toujours chez nos Gaulois, le Cerf Trigaranos 18 (devenu Tarvos) qui porte trois Grues° sacrées sur son dos, sera la réminiscence de la Grande Errance de leurs ancêtres nord-atlantiques qui peuplaient l’estuaire (Ase/ Oss : Rune  ) du Grand Marais Maglemose, loin à l’Ouest des Féroë, sur le plateau continental du Banc du Dogr(e). Ces ancêtres avaient dû fuir l’inondation qui suivit la Grande Catastrophe lorsque l’Océan remontait progressivement le long du grand fjord géant creusé par les fleuves baltiques, britanniques et germaniques, formant ce gigantesque marais et le seul territoire, progressivement libre de glace, dédié à la chasse du renne…

         « Âgé et souvent chauve (peut-être était-ce la tonsure druidique), fécondateur tellurique, il est l’époux d’une Déesse qui, chaque printemps, se transforme en Grue (sic) pour rejoindre son amant – le dieu Lug – afin d’accomplir le rite du renouvellement annuel. » J.-P. Persigout. (cf. art. Hiérogamie*)

         « Dans le Panthéon celte*, Cernunos est le dieu-cerf de la force fécondante et de l’Éternel retour. Comme l’animal qui chaque hiver perd sa ramure pour la retrouver plus belle encore au printemps, il est le géniteur accompli et le maître des grands bois. Au déclin succède toujours le rajeunissement : le symbole de cernunos se rapporte aussi bien à la vie de l’âme qu’à celle de la nature. Le dieu est également lié à la Terre-Mère dont il devient l’époux et qu’il féconde ; aussi règne-t-il à la fois sur les animaux et le monde d’en dessous. Notons enfin que dans la symbolique sacrée* de tous nos peuples, les cornes, parce qu’elle jaillissent du crâne, représentent la Connaissance. » Ariane, Fête de Cernunos.

         « On accordait à cet animal, maître d’un troupeau de biches, des prouesses conjugales et polygames remarquables. On dit encore en langage populaire “bander comme un cerf” ! On a même trouvé chez les Gaulois des rondelles découpées dans un bois de cerf, percées d’un trou pour être porté en talisman 19, et ornées de phallus. » J.-P. Clébert, Bestiaire fantastique, Albin Michel, 1971.


Cernunos est aussi dans sa version printanière Esus le bûcheron
Esus, sur le Pilier des Nautes Parisii

(on remarquera combien le nom de ce dieu défricheur est proche du mot “essart”)


Mais, « Esus n’est pas un tueur d’arbre, un massacreur. Tout au plus est-il un sacrificateur, c’est à dire qu’il œuvre pour le sacré* ; et l’arbre* du sacrifice est lui-même sacré. » Cette phrase est pratiquement le titre du très bon article du druide Andannagnatos, revue Message 3° tr. 02 qui ne devrait être cité valablement qu’en entier. On y remarquera en particulier la recherche étymologique lumineuse qui, comme bien souvent, éclaire en profondeur le mythe.

Màj 21 juin 04, vu sur WWW.sheela theatana : « En Irlandais ancien, il y a un désaccord de genre dans l'apparition de l’Androgyne, la plupart des Déesses Mères* “Sheela” (cf. §) n’ayant ni seins, ni cheveux !
     Le désaccord de genre est de nouveau suggéré dans l'expérience de Fiona Marron concernant la Sheela de Seirkiernan (Ir) : lorsque Fiona l'a touchée, elle a senti deux petits trous placé sur la tête de cette Sheela, comme ceux trouvés sur quelques Cernunos* celtiques continentaux, figure qui ont la particularité d’avoir des cornes amovibles. Fiona a reçu alors l’impression forte que, pour certains buts cérémoniaux (rituels), "les cornes du roi célibataire" devaient avoir été placées sur la tête de cette Sheela. »
…Alors équivalente à l’Ésus printanier (r.t).

Pour les Irlandais, c’est le Roi-Cerf “Nemed le sacré”. Mais, son peuple fut vaincu par les Fomoiré, ce peuple souterrain dont le roi était Élatha (cf. aussi art. Guerre de Fondation* des Ases et des Vanes).
         Les Celtes* Oisin sont “les fils du Faon”, les descendants de Finn l’Irlandais (leur Cernunos) ; et les Oscar sont “ceux qui aiment les cerfs”…

          Dans le premier des trois cycles de récits irlandais : « le récit ossianique ou encore cycle de Finn plonge ses racines dans l’époque glaciaire paléolithique lorsque, pour survivre, les humains chassaient les troupeaux de rennes : < toute l’histoire de Finn mac Vool et de son fils Oisin (Issian) est en effet centrée sur le thème du cervidé dont ils portent le nom et qu’ils chassent. Il s’agit là d’un culte rendu aux cervidés et qui s’est maintenu – plus ou moins inconsciemment – dans la pratique de la chasse à courre, véritable rituel sacrificiel du cerf (Samhain)n… » J. Markale.
(Ce pourquoi il ne faut pas supprimer totalement la Chasse à Courre : c’est un témoin rituel archéologique précieux !)

         « Au festin de Tara, l’appel était réalisé par trois personnes : un historien, un maréchal de la maison et un héros muni d’une corne dans laquelle il soufflait trois fois. » Bernard Mistral, courrier.

         Daniélou nous précise bien que le dieu cornu est taurin lorsqu’il est ithyphallique, et muni de bois de cerf lorsqu’il n’est pas phallique : nous conclurons de cette judicieuse remarque qu’il s’agit bien de deux personnages ou figurations différents : l’un en rapport avec la fécondité (3ème fonction*), l’autre avec l’intelligence ramifié (1ère fonction*) ; nous retrouverons ces personnages symboliques dans notre article romancé Ulysse* et Nausicaa, avec le roi Alcinoos et le Grand Ase car “les deux font la paire”)…



Les Germains savaient-ils dresser le Cerf ? Oui, si l’on en croit cette mosaïque Vandale. Mais il se pourrait aussi que ce soit là une figuration symbolique : le Cerf serait alors un guide vers le salut, à l’instar de la Grue* sacrée qui montra le Sud à nos ancêtres lors de la Grande Catastrophe (cf. notre art. Déluges*). Remarquons donc combien cela peut éclairer différemment le mythe du Père Neu Helle/ Wotan* (Å Janus)!

L’attitude de l’Église* : « C’est au IVème siècle (!) que l’on a fixé la naissance de Jésus 20 au vingt-cinq décembre et la visite des Mages au six janvier. Ces douze jours coïncident à merveille avec la période des calendriers celtique et germanique, celle que les langues modernes nomment les Douze Nuits et que l’on rattache aujourd’hui à un petit mois intercalaire du premier calendrier indo-européen*. Quoi qu’il en soit, les Douze Jours contiennent, en raccourci, toute l’année qui s’ouvre. Ils en présentent, en miniature, tous les événements 21, et c’est bien pour cela que, dans ce temps concentré et immobile, on consulte fiévreusement les oracles.
         « Comment ne pas y reconnaître quantité de rites et d’observances que l’année païenne dispersait des Saturnales à 1’Anna Perenna 22 ? Dans cette perspective, les calendes de janvier, c’est à dire Carnaval, même s’il convenait de combattre leurs débridements orgiaques, avaient pour effet d’arrimer dans un temps bien balisé le surgissement du démoniaque masqué*. Et puis, non seulement les anciens dieux* romains et romanisés grimaçaient sous ces faux visages, mais aussi ceux des civilisations conquises : si le déguisement en cerf revient si souvent dans les pays qui furent celtiques* c’est bien parce que le dieu Cernunos arbore au front ces bois que chaque année renouvelle.
         « Les calendes prirent donc le risque, quand l’année recommence, de piéger les divinités que le Christ avait relégué aux enfers. » Daniel Fabre, Le Carnaval, Gallimard, 1993.

         
« Dans son livre Le Dieu des Sorcières, Margaret Murray a démontré que le christianisme, qui a assimilé toute divinité païenne à un démon, a fait du dieu celtique cernunos, le Diable* par excellence ; le dieu des forces de la nature de l’ancienne religion devenant le diable* de la nouvelle. Et les druidesses de cette ancienne religion celto-druidique dégénérée, perdant peu à peu conscience de leurs nobles origines, et recueillant nombre d’éléments étrangers divers, devinrent les sorcières* ou les fées. » Marc Questin, La Tradition des Celtes*, Lanore, 1994.



         Cernunos dut aussi se cacher de l’Église* d’Angleterre ; qu'on en juge : il y est devenu « Herne le Chasseur, casqué d'un crâne de cerf avec ses andouillers, à son poignet gauche un bracelet de fer émettant une étrange lumière, une chouette vole au dessus de lui pendant qu'il conduit sa meute de vampires et de revenants à travers bois » c'est à dire la Chasse Sauvage de Wotan*, diabolisée elle aussi par l'Église.
          « En tous lieux, à toute époques, les anathèmes se multiplient contre la coutume du cervulum facere, laissant voir l’enracinement profond d’une pratique dénoncée unanimement comme païenne. » Bertrand Hell.
          Et, l’Église*, ne pouvant détrôner cernunos chez les Bretons, inventa pour la circonstance un saint Kornely patron des… bêtes à cornes23!

Au Moyen-Âge :
« Manifestation des forces de la nature, sa chasse et sa capture furent la source de très nombreuses légendes médiévales, notamment celle du Freichütz et du Grand Veneur… » R.-J. Thibaud, Dictionnaire de Mythologie et de Symbolique celte, Dervy 1995.

En alchimie*, Cerf et Licorne* sont très souvent associés. Mais toutes les cornes ne sont pas de même symbolique* car, s’il faut en croire René Guénon : « Les cornes de bélier sont solaires et les cornes du Taureau sont lunaires. » En effet, les unes figurent comme une paire d’ailes, attribut solaire, et les autres figurent un croissant lunaire couché, ce qui est le symbole de Diane (voire celui de l’Éclipse) Ce à quoi nous rappellerons : les cornes du cerf symbolisent l’intelligence ramifiée, et celles du bélier symbolisent la fougue génésique du printemps…



Dans le folklore : Perpétuant une antique tradition, la salle de cérémonie royale du Danemark, l’Héorot ou “Salle du Cerf”, était symboliquement ornée de bois de cerf disposés sur ses pignons et c’est à ce sigle que le peuple danois la reconnaissait.
         Le simulacre de la mort du vieil ancêtre et de sa renaissance existe encore de nos jours au Danemark et, de même,
on célèbre toujours chez nous une Fête des Cornus – bien dégradée – à Bézier.

         « Le déguisement en cerf que l’on revêtait dès le mois de décembre nous renvoie à la figure du cocu, l’homme-cerf. Comme l’ours, le cerf est censé avoir séjourné dans l’au-delà sous l’avatar de l’homme cornu, dieu souverain des Celtes, Kernunnos. La divinité chthonienne resurgie en Carnaval se saisit de la terre et renvoie alors la personnification de l’hiver, non sans échanger avec elle ses cornes. Toutes les religions* connaissent un tel principe d’alternance qui justifie les changements de la nature et le temps qui en résulte.

         « C’est ce schéma qui est en œuvre dans une scène à laquelle nous fait assister Geoffrey de Monmouth dans la Vie de Merlin. Retiré dans sa chère forêt calédonienne, Merlin apprend dans les astres l’imminent remariage de sa femme. Monté sur un cerf (c’est sous l’aspect de cet animal qu’il apparaît dans la Vulgate), il se rend au palais suivi des animaux de la forêt. À une fenêtre, Gwendoline et son fiancé surpris par son équipage éclatent de rire. Furieux, Merlin arrache les cornes de sa monture et les jette à la tête de son rival qui descend, encorné, au royaume souterrain.
         « Tout le contexte de cette scène étrange est carnavalesque. Merlin le sauvage, à sa sortie des bois, fait le printemps. Il instaure en outre, par ce rite de transmission des cornes, l’alternance des cocus. » C. Gaignebet, Le Carnaval, Essai de mythologie populaire, Payot, 1974.
          Mais cette légende post-évangélique reprend, en les déformant, les éléments du mythe de Cernunos le “puissant”, l’automnal, et d’Esus le récurrent printanier…

Cernunos est encore présent dans la légende anglaise d’Herne le chasseur et d’Amadan-na-Briona, autre conducteur d’une “chasse sauvage” appelée la Cour Maudite par les Écossais (J–P. Ronecker, ABC).

Les masques. Étymologie : « Vocable pré-indo-européen, attesté aussi bien dans les langues germaniques et romanes qu’en basque, il désigne à la fois la “sorcière*” (déjà dans un texte lombard du haut Moyen-Âge), la tache de suie (en portugais par exemple), la prostituée dans le français du XVIème et XVIIème siècle et enfin le faux visage sous l’influence fréquente du maschera italien. » Daniel Fabre in Le monde indo-européen*, op. cit.

         Il s’agit là, bien sûr, de caricatures post-évangéliques. Cependant il y subsiste les idées de “devineresse” ou de “sage” femme, de “noiraud” et particulièrement d’Andhrimnir, “visage de suie”, qui est le cuisinier nordique du Walhalla, et aussi d’inversion sexuelle ou de fécondité (cf. Frosch/ Phryné la grenouille courtisane).



         Les masques* incarnent les ancêtres : c’est sous cet aspect qu’ils reviennent sur la terre (comme les folkloriques Gilles 24 , “tous blancs” pour la Samhain/ Halloween, cf. art. Fêtes*) afin d’apporter leur appui aux membres de leur clan* lors des fêtes* de la communauté*, et aussi dans les périodes critiques : au Solstice d’Hiver, et pour le défilé de nos “noirauds” (–>Narro/ Narren) du
1° Mai en particulier ! Mais ils incarnent aussi les grandes forces de la nature, ceux que les Grecs nomment daimons – cf. art. Dieux* – et nos “géants” (les “gayants” du folklore nordiste).

         « Les sources antiques fourmillent d’informations ethnographiques sur la présence de masques zoomorphes lors des principales célébrations festives de l’hiver et du printemps. L’usage de “faire le cerf” prédomine en particulier durant les premiers siècles de notre ère et la place réservée à ce travestissement dans le rituel est suffisamment importante pour amener certains copistes médiévaux à écrire Saint-Sylvestre sous la forme de “Cervestre”. » Bertrand Hell, Le Sang Noir, Chasse et mythe du Sauvage en Europe, Flam., 1994..

L’Homme Vert : n’est-ce pas lui encore qu’on retrouve dans nos Fêtes* de Mai avec ses deux branches mortes prises dans une couronne (KRN) frontale, telles des andouillers, et lui toujours, dans les fêtes de nos Carnavals ?
          « Jusqu’au début de ce siècle, des Hirzgiger (littéralement “les cerfs violoneux”) enfouis sous des bottes de paille traversaient les localités du Sundgau alsacien à la mi-carême en chantant et en quêtant. » Bertrand Hell.


Dicton : Recouvrant notre Grand Cerf, un dicton chrétien nous dit que :




         Pour que cela ne reste pas qu’une superstition post-chrétienne, il conviendrait de savoir qui ce Gilles 25 a bien pu cacher : compte tenu que les Gilles sont dans les fêtes du Carnaval nordiste de charmants géants au visage lumineux (apollinien), mais blanc comme les défunts Dieux ou les “Gris/ Grecs”, portant couronne de plumes de Grues°* sacrées* comme tout Atlante*/ Frison qui se respecte ce qui nous tout naturellement orientés vers la Grande Transgression marine ; ainsi, peut-être, nous disent-ils : « N’aie pas peur petit, tu vois, nous en avons réchappé ! »…

         « “Le grand roman du XIIème siècle, Tristan et Iseult, est un récit de chasse exemplaire. Au terme de la traque du cerf, le héros-chasseur effectue deux gestes importants. Il prépare la curée en mêlant quelques beaux morceaux de la venaison aux entrailles étalées sur la peau du cerf et, lors de la découpe, il veille à ce que les veneurs laissent l’os corbin “tout franc”. Puis il confectionne la “fourchiée”, branche élaguée sur laquelle est fichée la tête de l’animal. Ce trophée est remis “courtoisement” au roi au son de trompes de chasse, tandis que le chiens se jettent sur leur part de butin” (Thomas, le Roman de Tristan) (…) En accomplissant les rites* de chasse idoines, Tristan extériorise certes les valeurs* propre à le faire reconnaître comme un noble chevalier, mais il signifie autre chose encore : son initiation* virile est achevée. Pour lui comme pour tout les héros-chasseurs de la littérature merveilleuse européenne, le triomphe sur la bête de la forêt annonce la conquête de l’épouse (…)
« 
En Slovénie, le kurent à la peau de bête et à la tête coiffée de corne pousse une charrue pour un labourage symbolique, stimulé par les cris des spectateurs, tandis qu’en Roumanie, les masques sont tenus de tracer le premier sillon lorsqu’ils quittent une ferme. » Bertrand Hell, op. cit.



Histoire naturelle : « Cernunos présente certaines caractéristiques de Mars, d’Hercule, de Pan, de Pluton (ce qui en fait un dieu primordial)n… La ramure qu’il porte sur la tête est celle d’un animal qui la perd chaque hiver pour la recouvrer plus splendide encore au printemps suivant. Les bois de cerf tombent en février et repoussent de mars à septembre, en comptant un andouiller de plus chaque année. Ils atteignent leur plein épanouissement (à la septième année où le cerf est alors un dix-cors)n, au moment où toutes les forces de l’animal vont être consacrées, après une lutte contre les rivaux, à la fécondation des femelles. Son rôle de géniteur accompli, le mâle épuisé va redevenir célibataire, puis il perdra l’ornement qui faisait sa fierté. Ainsi Cernunos symbolise-t-il à la fois la force fécondante26 et le cycle des renouvellements. » Marc Questin, La Tradition des Celtes*, Lanore, 1994.

Lieux-dits : Il existe en France de nombreux lieux où l’actuelle église* est construite sur un ancien temple païen consacré à Cernunos. Beaucoup de noms commençant par Cern ou Sern méritent donc attention et la plus grande partie se situe dans le Massif-Central, l’Armorique, mais aussi l’Est, tous vieux pays celtiques*.
         On a ainsi Cerfontaine (la Font de Cernunos), Cernay dans le haut-Rhin, Cernay-la-Ville dans les Yvelines, Cernunne, Cernon, Carnac dans le Morbihan, et Cervière dans les Alpes, ainsi que Saint-Cernin, et Sernon (Moselle), auxquels il faut ajouter les vocables christianisés tel saint Cornély qui se retrouve patron de la paroisse après avoir “transformé en pierres les païens qui le poursuivaient” : ainsi le recteur explique-t-il l’origine des alignements de menhirs ! Les Saint-Saturnin sont aussi des Cernunos christianisés…
          Il faut y ajouter un îlot situé sur la commune de Ploudalmézeau en Finistère qui comprend un bel ensemble de trois dolmens à couloirs (cf. art. Astrologie* nordique)n qui porte le nom de Carn.


Église suédoise de Koeping


À l’époque moderne : Remarquons qu’aux tout début de la radiotechnique, les européens symbolisèrent l’antenne de réception ou d’émission de radio par le même signe , ignorant peut-être que chez nos lointains ancêtres les cornes du Dieu-Cerf représentaient son intelligence “ramifiée” et – oserais-je le dire – son “antenne” cosmique, d’aucuns diraient “astrale” ! Cependant, compte tenu de ce que nous avons cru devoir dire de l’astrologie*-horoscopie, nous éviterons de mystifier nos lecteurs !

Quelques compléments :

Saint Hubert : le nom Hubert vient du germanique Hugr-Bercht “intelligence-fulgurante” (ou brillante, cf. art. Symbole*, Rune* ) ce qui le rend très… wotanien !
          « Le motif de la chasse au cerf crucifère est un ajout tardif ne remontant qu’au XVème siècle. Pourtant, plus de trois cent cinquante ans avant la reconnaissance officielle d’un lien entre le saint et la chasse, deux sources dignes de foi se recoupent et divulguent l’existence d’un culte topique rendu par les chasseurs (…)
          « Saint Hubert, un sacrificateur de bêtes sauvages ? Rompant la chape de silence imposée par les hagiographes, Hubert le Prévost confirme
en 1460 cette terrible vérité : oui, le chasseur fuyait le divin office pour courir les forêts, “et que pis était, il sacrifiait aux idoles” (Vie de saint Hubert). Saint Hubert n’est pas seulement ce jeune noble frivole et incroyant que présente, à partir du XVème siècle, la tradition hagiographique aboutie. Les Pères bollandistes du XIXème siècle sont contraints de le reconnaître au terme de leur savante étude des archives hubertines et de relever les troublantes similitudes existant entre la dévotion rendue à saint Hubert par les chasseurs et le culte consacré à l’antique divinité chasseresse (Diane/ Artémis)… » Bertrand Hell.

         L’existence de ce mythe folklorique de saint Hubert nous donne à supposer qu’un autel païen de plein air au centre du németon ou du Hag – comme toujours chez les Gaulois et leurs cousins… Germains – devait comporter un Pal surmonté des mérains (ramures) de Cernunos et indiquait ce jour du 1er Août grâce à un “amer” ou gnomon naturel sur les montagnes d’alentour (cf. art. Apollon*), à moins qu’il ait été un mégalithe érigé ultérieurement sur le lointain bord du plateau sacré*…


Grèce


         De là vient la présence, dans ce mythe de saint Hubert, d’un soleil “cruciforme” apparaissant entre ses bois sacrés* : en croix à huit rais (ou octo-radiale) ou bien en Francisque*-Labrys (cf § Mühlespiele-Escarboucle in art. Astrologie* nordique et Blasons*).

         Les Compagnons de Cernunos sont, à Louvain grand centre de saint Hubert, les Frères chasseurs du Rameau d’Argent

         Dans le peuple indo-européen* des Svanètes “Ceux au Cygne” qui habitent les montagnes du Caucase (cf. aussi les Ar-Minyens des anciens Grecs), les chasseurs offrent d’abord un sacrifice aux anciens Dieux* au terme de la traque du Cerf, avant de faire don des cornes du gibier à leur… église*, tout comme nos chasseurs des Ardennes le font envers leur “saint” Hubert (Bertrand Hell).


“Zum Hirsch”
enseigne dans le Schwarzwald


Et, pour faire un peu dans la psychologie,
(et que les fidèles de Freud27 nous pardonnent) :
Ajoutons quelques mots
au sujet du “Complexe de Cernunos”.


         «« L’Église* dévalue totalement la part animale de notre héritage biologique en faisant de l’homme un être créé à part – en dehors de l’Évolution – provoquant ainsi un “refoulement psychologique” cause de bien des désordres. C’est ce même héritage culturel qui a empêché Freud de s’engager résolument dans cette voie prometteuse qu’il signalait pourtant, voie que n’ont pas non plus suivi ses épigones en systématisant cette erreur de parcours par “fidélité au Maître”…
         «« Dommage, car : s’il n’est évidemment pas question de nier l’opposition père-fils au moment de la puberté : elle a des racines profonde dans la sexualité* animale depuis de fort nombreux et bien lointains ancêtres
           «« Il vaudrait cependant mieux “l’intégrer pour la dominer” en expliquant ce qui se passe aux adolescents – et surtout à leur père (!) – par un exemple animalier qui a, de plus, l’avantage de ne pas s’éloigner de nos mythes* :
           «« “lorsque le jeune daguet28 prend de la force, il commence à combattre ses frères ; l’an suivant il s’essaye avec le chef de la harde et il est habituellement “invité” à se chercher une fiancée ailleurs que dans le harem paternel (consanguinité exige) !”

«« Il serait donc plus judicieux d’en parler avec les intéressés avant que cela n’arrive, afin de le “confirmer” au meilleur moment. Par le biais d’une légende par exemple (ce qu’ont systématiquement fait Jung et ses élèves), d’un dessin animé, ou d’un bon film animalier, et de nommer ce phénomène le “complexe de Cernunos”, montrant par là que c’est un substrat animal
normal (!) et qu’il convient, de part et d’autre, de le sublimer : c’est cela qui fait de nous des Hommes, et pas un acte créateur différent !
«« Remarquons d’autre part que cette psychologie dont nous parlons est directement placée sous le signe de Cernunos, l’Alce à l’intelligence ramifiée, symbole qui est aussi y “la Psyché”, l’Esprit pour les Grecs ! Ce que nous compléterons par cette citation :
          « Dans l’inconscient ou dans la profondeur de la nature humaine se trouvent des dynamiques porteuses de vie qui nous sont nécessaires : ce sont les formes de l’instinct, celles de l’homme préhistorique ou de l’homme sauvage*. Ces forces contribuent à créer une personnalité complète ; il faut non seulement en prendre conscience mais aussi les intégrer, les dominer dans le sens de la maîtrise et non pas dans le sens du refoulement” […]
« Jung a appelé cette phase “la confrontation avec l’ombre”. Quand on lui demandait “qu’est-ce que l’ombre ?” Jung répondait parfois : “C’est l’inconscient”. C’est ce qu’on ne connait pas, ou ce que l’on ne connait pas de soi-même. Il ne peut y avoir élargissement de la conscience sans intégration dans celle-ci des contenus de l’inconscient – contenus encore inconnus. La confrontation avec l’ombre et son intégration constituent le travail de l’analyse (psychologique)n […]
« L’inconscient est l’ombre, peut-on dire, mais il contient tout à la fois un facteur régulateur qui permet l’intégration et la métamorphose des élans primitifs. » Marie Claire Dolghin, Les Saisons de l’Année, Séveyrat, 1989.

* * * * * * * * *


Màj 21 nov. 03 proposée par notre correspondant de Lyon <fdes1@hotmail.com> Élan : « Sur la base des matériaux archéologiques et des images gravées sur la roche, l’académicien A. P. Okladnikov a montré que la forme de l’élan et son lien avec le soleil sont un des anciens motif des conceptions cosmologiques communes à beaucoup de peuples du Nord. » Bongard-Levin et Grantovskij, De la Scythie à l’Inde, Énigmes de l’histoire des anciens Indiens, IEI/ Université de la Sorbonne Nouvelle, 1981.

Le rapport de l’élan à l’
Arbre de Mai peut ne pas paraître évident, mais pourtant : le sommet de cet arbre autant festif que symbolique est sommé de la rune de Vie Alghiz, Alce pour les gaulois et, quoi de plus important que les nouvelles règles du mariage imposées dans le Nord par la culture Atlante* boréenne et dans le Sud par leurs héritiers doriens, ce mariage sacré* que célèbre si bien la hiérogamie* princière, intruduction obligée de nos Fêtes du Mai ?…

Une chose en tout cas que Freud aurait pu découvrir dans mes rêves d’enfant – si toutefois j’avais été un “gosse à problèmes” – est que je voyais dans mes livres d’images Cernunos (dé)guisé en renne du Père Noël !…


* * * Biblio + et Sites * * *

http://www.keltentruppe.de
Carnyx : les Celtes de Rottenburg (D)

http://www.carnyx.musicscotland.com
John Kenny-Yhe Carnyx (Scotland) : Carnyx and Co !



1ére parution 2001 + 5ème Mise à jour le 17 avril 2005


Autorisation de citations :




mailto:racines.traditions@free.fr