ABONDANCE


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Étymologie* : Le mot abondance viendrait du latin abundo “qui déborde” – on pensera aussi à abonnement – mais la proximité du gaulois abon(a)1 qui signifie “fleuve, rivière, cours d’eau2 ” nous montre que le latin ne s’est installé si facilement en Gaule que grâce à la parenté des langues et des peuples européens (cf. nos articles Étymologie* et Indo-Européen*).
     La racine indo-européenne correspondante est *wod, wed, wd, “idée d’eau” (cf. aussi (wOd in art. Wotan*), racine qu’on trouve dans le russe voda (–> wodka) ; l’irlandais wisce (–> wisky) ; l’anglais water ; l’allemand Wasser ; le grec (w)hudôr –> hudro/ hydro et le latin unda “onde”, ab-unda signifiant “venant de l’eau”, abundans “qui déborde”: on en attendait pas moins de la “bonne déesse” Bona Déa dont l’archaïque Vénus de Laucel qu’on voit ci-dessous est l’une des “bonnes” ancêtres, donc une Mâne(s)* :


On remarquera la coupe devenue le croissant que Diane portera sur la tête et qui,
à Cnossos, figure les deux “cornes”, les deux gnomons du solstice d’hiver.

Le concept d’Abondance :


          Il est indissociable de celui évoqué par la formule “vache à lait” : la vache – ou la chèvre – qui sauve l’enfant dont la mère n’a pas assez de lait, ou celui qui ne supporte pas le lait de sa mère (cf. art. Zeus* 3 ) ! On pensera aussi à la Biche Mère qu’était Héra “du Marais” et à son mythique rejeton, le Dain sacrifié. D’autre part, la corne4 de la vache est le premier biberon qui fut inventé. Elle symbolise donc l’Abondance, même quand elle est tressée comme un panier de fruites d’Idhunn, tout comme Cernunnos* le fécondateur…
          Le mot gaulois correspondant à “abondance” est ops : tout comme en grec et l’on ne peut qu’être frappé de sa similitude avec le grec ope “visage”. On retrouve cette racine dans le nom de l’Europe “Pays bien (eu) irrigué (abon)”, d’où : Pays de l’Abondance (opulence). Nous avons pu remarquer que l’idée d’abondance est inséparable de celle de source, de fontaine, Font5 étant d’ailleurs un Dieu* celto-nordique.

Chez les Nordiques :


          Leur mythologie nous dit que « La chèvre Heidrun (“rune”, ou bien “secret païen”)n broute les feuilles de l’arbre Laeradhr (Yggdrasil/ Irminsul*)n qui se tient sur le Walhalla. De son pis (ou de sa “corne à boire”)n coule le limpide hydromel dans les coupe
s des Einherjar… »
          Mais, la corne Gjallarhorn6 est aussi la corne d'abondance : c’est elle qui imite le Brâme [(a)Brahman]7 du cerf nordique Eikthyrnir “le fécond” !

          « Audhumla, la vache sacrée qui donna naissance aux premiers hommes en léchant le grêlon primordial (Hagal) ménask » (cf. ménisque) est aussi appelée “la vache cosmique". C’est la “vache sans corne riche en lait” (Étymologie : Aud(r) “richesse, fortune, destin” et humala “sans cornes” : une variété de vache frisonne sans cornes…). Elle naquit de la rencontre des nuées froides du Niflheim, le “domaine des brumes” ou Nord, et des nuées chaudes venues de Muspellheim, le Grand Sud. Les jets de lait de ses quatre pis formèrent les quatre fleuves qui alimentèrent Ymir (cf. la description physique de l’Atlantide* par Platon) puis, léchant le grêlon salé Hagal  , elle révéla Buri père de Bor, “les paysans” du néolithique. » Remarquons que le nom égyptien de la vache sacrée est Hest et il est traduit par Isis en grec (cf. le vieux français is “surgissement”) : ceci en ferait Hestia (Ouesta) ce qui peut rejoindre l’origine hyperboréenne* d’Audhumla…

Maj 2 sept. 04 : Signalons une intéressante remarque du Hollandais Monas qui dans ses recherches fait une comparaison entre la mythologie* nordique et les données hermétiques/ alchimiques* : « Un lien intéressant est celui entre Audhumla et le logos : en Inde le logos s'appelle Vach et Vach est également… une vache ! » Vu sur le site : www.monas.nl/think/eddahermetica.htm

          Elle est "la Vache Blanche" Boand des Celtes, c'est à dire Europe (“Beaux Yeux”) l'Atlante, ou bien Io pour les Grecs et, sans doute aussi, l'Aphrodite des Chypriotes.


Chez les Germains :


          Cette “Dame Abonde” est l’une des figures de Frau Holle/ Perchta qui a l’honneur de posséder une rune* pour elle toute seule (rune dont le graphisme pourrait figurer un chaudron8 d’abondance). Son rôle est souvent tenu par Freyja*, la déesse de l’amour, la Vanadise de la troisième fonction* dumézilienne.
          Les cultes “païens*” des Nordiques, rendus à son parèdre
Freyr 9 , le Dieu* mâle de la fertilité responsable de l’abondance des moissons, et à sa sœur-épouse Freyja*, comportaient des rites* sexuels* dits “prostitution sacrée” et des orgies nocturnes ainsi que des chants et danses* rituels ( cf. notre article Sexualité*). La mythologie* nordique nous dit aussi que la demeure de Brimir est celle “où il y a abondance de boissons”. La rune Fé, Féhu fagott 10 “bétail, richesse”, et les seins de Berchta (Birka) sont les runes* associées 11 de l’abondance et font une triade signifiante (initiatique*)   : elles sont un véritable “don des dieux”, ce qui est le sens de la Rune Gébo !
          Friagabis, une déesse de l’abondance, est “Celle qui donne librement” (abondamment). Les déesses Phol et Fulla sont sensiblement analogues aux dieux de la fécondité Freyr et Freyja. Voll en allemand actuel et full en anglais signifient “plein, satiété, abondance” (en alsacien : ’ch bin voll !  signifie “ j’ai bien mangé“), mais voll signifie aussi “grosse, pleine” c’est à dire “enceinte” comme en français pour ce qui concerne les animaux : “la vache est pleine” !…
          Le mythème relatant la coupe de la chevelure d'or de Siff, la femme de Thor*, par Loki, puis sa restauration dans la perruque magique des nains* Zvartalfar (cf. art. Elfe*), suggère une représentation de la corne d'abondance ultérieure : l’abondance est une récolte de céréales12 dorées qui est coupée puis qui, récurrente, croît de nouveau. L’abondance était le propre de l’Âge d’Or et c’est cette période que nos ancêtres Nordiques nommaient “la Paix de Frodi”13 :


L’Âge d’Or :


          Ovide, dans ses Métamorphoses, le nomme auréa eaetas et il qualifie Hermès d’Atlantius (!) et en fait le père de la nymphe Salmacis qu’il qualifie tardivement du surnom d’Hermaphrodite (“beau comme Hermès* (cf. art.) et Aphrodite14 ”), donnant ainsi naissance à un mythe littéraire15. Hugin en fait autant, mais c’est lui qu’il nomme Atlantius (rappelons qu’Atlas était le père de Dioné et le grand père d’Hermès et d’Aphrodite). Il s’agit donc du mythe* de l’inceste dont seraient sortis les Atlantides ou Vanes (cf. art. Guerre de fondation*). Salacia (cf. art. Salasses*/ Thalassa) est une divinité qui met la mer en mouvement (reflux) et Salmacis est donc “une enfant qu’Hermès/ Mercure avait eu de la déesse de Cythère, nourrie par les Naïades dans l’Antre de l’Ida de Phrugie (Frugia) mais il existe un autre mont Ida en Crête, réputé être le lieu de naissance de Zeus*. L’éducation en montagne (Ouranos), l’antre initiatique (Mégare), la tutelle des Nymphes‘(les Asines), accentuent la parenté des lieux et nous pensons devant ce genre de faisceau de conjectures qu’ils étaient hyperboréens* ou, du moind, que leurs ancêtres l’étaient.





          Hermès* + Aphrodite, comme Apollon* + Artémis (ci-dessus Artémise d’Éphèse, copie, M. du Vatican), le parallèle est évident, seraient alors un couple de jumeaux* atlantes* boréens, des frères ou des cousins, ou bien deux des “meilleurs” du collège Aristo* qui formaient les jeunes initiés16 du Grand Sage, l’Alt Ase… Atlas.
          Le concept d’unité évoqué par le qualificatif aphroditos évoque cette supériorité en tous les arts comme en beauté – les anciens les considéraient comme indissociables – mais aussi une gémellité possible qui les rend si semblables et, partant, fait le garçon si féminin.

          Mais revenons à Salmacis : “nymphe d’un étang sans végétation, maléfique” pour Ovide, mais “nymphe d’une source” pour Strabon. Vitruve, en fait la nymphe d’une fontaine de Carie dans laquelle se baignait le bel Hermaphrodite et on la voit, “démêlant ses cheveux” (avec un peigne à sérancer le lin sans doute, ce qui en fait une seraine devenue sirène* aquatique dont nous verrons la collision avec la source souterraine Mélusine*, et la fusion avec les sirènes-oiseaux, les célèbres choristes atlantes). Comme sa mère, Salmacis choisit Éros et le “droit à la paresse”, et ne veut en rien être Diane chasseresse. C’est elle qui prend l’initiative et qui séduit Hermaphrodite dont Ovide nous dit : « Qu’à ses traits, on pouvait aisément reconnaître sa mère et son père » (N 290/ 1)… Il ne cède à l’étreinte qu’après les délices du bain, ce qui semble être un rite* d’hospitalité que nous retrouverons dans l’Odyssée (épisode de l’arrivée d’Ulysse* chez Circé).
          La réinterprétation que nous ferons de la suite est qu’il s’agissait d’une révélation de sa sexualité masculine et, par conséquent, de l’initiation à l’Amour (éros) : Hermaphrodite abandonne dans l’étang la part féminine de tout adolescent encore “mal latéralisé” et Salmacis sort de cette épreuve initiatique (digne du grade druidique du Saumon) avec une féminité renforcée. Mais Ovide, sans doute non convaincu par sa première expérience féminine, connaissait les tourments de l’homosexuel non avoué et brodait sur son mal-être et sa morosité – la littérature est ainsi, souvent, une auto-psychothérapie (une tentative pour le moins) – “écrire, manière de dire” – tout en gardant un silence sur son penchant personnel…
          Pour Virgile, l’Âge d‘Or est le Saturnia regna, le règne de Saturne : nous retrouverons ce personnage chronien dans l’article Astrologie* nordique !

          « À la différence de nombreuses autres cultures17 , l’Âge d’Or nordique n’est pas un temps de félicité statique mais au contraire un temps de travail et d’élaboration amenant une période créatrice, illustrée par les trois géantes, personnifiant la Grande Déesse. Ce changement d’état arriva lorsque les valeurs* terrestres prirent le pouvoir sur les valeurs spirituelles, c’est pourquoi il fallut passer par une initiation* pour retrouver le chemin de la Lumière spirituelle. » Robert Jacques Thibaud, Dictionnaire de Mythologie et de Symbolique Nordique et Germanique, Dervy, 1997.

          La triade “politique” du Peuple de l’Âge d’Or devait probablement être « Paix - Abondance* - Justice* » en remarquant que l’abondance est inséparable de la paix… et de la justice. Inséparable : n’est-ce pas le propre des triades divines (bardiques) ?…

Chez les Germano-Romains18 :


          Le culte de la Déesse Mère/ Abondance s’était conservé dans celui des matronae et, principalement, dans celui de Nehalenia :
          « Sur les autels* votifs de Domburg-Walcheren, de Colijnsplaat-Noord Beveland (N) ou de Cologne–Deutz (D), la déesse est représentée avec ses attributs qui sont le plus souvent des corbeilles de fruits (…) souvent également un chien et quelquefois, elle s’appuie sur la proue19 d’un bateau, parfois sur une rame20.
          « Tandis que les fruits peuvent renvoyer à une fonction* de fécondité, le chien serait plutôt caractéristique d’une déesse de la mort (cf. Hécaté et Fenrir)n (…) On pourrait voir en elle une déesse de la navigation. Tous les attributs cités sont également ceux d’Isis (…)
          « Et Tacite (Germ. 9) mentionne que les Suèves germaniques offraient des sacrifices à la déesse Isis dont le symbole était un bateau (cf. Carnaval/ Char Naval in art. Fêtes*)n, mythe* bien ancré aussi à Rome sous le nom du Navigium Isidis ou “fête du voyage marin d’Isis” le 5 mars, date où l’on fêtait la reprise de la navigation en Méditerranée après la pause hivernale.
          « Ce sont souvent deux soeurs, les Annaneptæ “les Soeurs bénéfiques21 ” qui sont les Déesses Mères* locales liées à l’abondance.
          « Cette Isis germanique a été mise en relation chez Tacite avec le culte de Nerthus22 (on pourrait voir en elle) l’hypostase23 ocale d’une déesse de la fécondité et de la navigation dont Nerthus serait aussi une représentante… » Rudolph Simek, Dictionnaire de la mythologie germano-scandinave, Porte-Glaive, 1996. (cf. aussi § Frigg in art. Wotan*, ainsi que Narval*).

Mise à jour du 18 proposée par notre fidèle visiteur Coupi@ :

«« Ceci est un complément du thème Abondance* et je ne resitue donc pas les données historico-géographiques de sa découverte, sauf éléments nouveaux, et je te laisse le soin de la broderie d'usage atlanto-boréenne.

     

     De l'image ci dessus le premier indice qui a retenu mon attention est le “peigne” (pecten) situé au dessus de la déesse. (je ne dis pas "coquille St Jacques "car 'est une "récupération" par l”Église au XIIème siècle, et d'un trust pétrolier aujourd'hui !!!)

     Il a une double signification à mon avis : Érigé en ciel, il représente le domaine sur lequel régne Nehallennia : la pêche et en particulier celle de la coquille pecten, ceci est confirmé par la figure 03 où nous voyons son pied posé sur la proue d'une barque en signe de protection :

     

     Il faut préciser que le peigne ne se pêche pas ,mais se drague, en tirant, car il est enfoui dans le sable.L'ancien néerlandais "halen" signifiant tirer, est la source explicite de la racine étymologique* de son nom qui donnera le français haleret halage de signification voisine. Notons également que la Mer du Nord, et la Manche, possèdent les gisements de ces “fruits de mer” les plus importants d'Europe.

     Nehalennia est une Déesse Mère* d'essence nordique, la présence du chien/loup Garm et du panier de pommes d'Idun le prouvent indubitablement.
     Déesse mère car elle représente à la fois la vie et la mort : Vie, à travers les pommes qui sont un symbole d'immortalité pour les scandinaves [penser au scorbut]… Mort, à travers Garm le chien du destin*, un cousin de l’étrusco-romain Cerbère.
     Son appartenance à la troisième Fonction* dumézilienne est matérialisée par le panier de fleurs et de fruits porté sur son giron qui [comme lui] a le même sens que la corne d'abondance : symbole* de profusion, de satiété.

     L'île de Walcheren est riche en monuments antiques tous retrouvés recouverts par la mer : en 1970-1974, 122 autels votifs furent découverts au cours d'une grande marée à Colijnspaat que les archéologues ont identifiés à la capitale frisonne de Ganuenta.

     Pour terminer, la noix du pecten était un symbole* de fécondité chez les Grecs, sa coquille servait en outre d'ustensile et de monnaie* d'échange. Notons que les Grecs utilisaient aussi le dessus des coquilles d'huîtres pour voter, notamment pour bannir quelqu'un de la cité d'où le terme d'ostracisme (du grec ostrakon = coquille).
     Enfin, ces quelques arguments matériels prouvent intangiblement que Vénus-Aphrodite comme l'a immortalisée Botticelli dans sa coquille, est d'origine nordique et non sémitique comme l'affirme l'historiographie officielle.



Comme nous disons par chez nous – dans le Nord : Saint Jacques y va bondir !!! comme la coquille d'ailleurs, qui se déplace par sauts, propulsée par sa pompe hydraulique !!! Je ne savais rien de ces bivalves mis à part l'aspect gastronomique.
     Nehalennia m'a conduit à les découvrir : aspect surprenant, ils possèdent une centaine de minuscules yeux bleus (!), proches de l'œil humain, qui leurs permettent de voir, et qui ont la propriété de se régénérer en cas de perte, comme la queue du lézard, c'est qui n’est malheureusement pas le cas pour nous !!!

     C'est maintenant avec scrupules que je savourerai cette merveille de la nature.
    En attendant : meilleures 5 Jacques ! Renê. »»

Dans le monde grec :


          Dans le cas de Zeus*, cette corne-biberon est symbolisée par celle de la chèvre24 Amalthée la nourricière25, mais :
          « La Corne d’Abondance serait une corne – c’est à dire une “boucle” – du fleuve Achelaos : c’était le plus grand fleuve, fils d’Océan et de Thétys°, la divinité de la mer ; lui–même était l’aîné de plus de trois mille fleuves et le père d’innombrables sources. Comme tous les fleuves, il avait le pouvoir de se métamorphoser dans les formes qu’il désirait. Lors d’un combat qui l’opposa à Héraclès (“gloire d’Héra” ou “celui qui ose)n pour la possession de la belle Déjanire, il se transforma en taureau ; mais Héraclès lui ayant brisé une corne, il se déclara vaincu. En échange de cette corne qu’il réclama à Héraclès, il lui offrit une corne de la chèvre Amalthée qu’il détenait.

          « La Corne d’Abondance serait, ou celle d’Achéloos (“le dieu fleuve”) qu’une nymphe aurait ramassée et remplie des fruits les plus délicieux, ou celle de la chèvre qui allaita Zeus*. Selon la version adoptée, l’abondance viendrait de l’eau ou du ciel. Mais n’est-ce pas le ciel, par ses pluies, qui alimente les fleuves ? » Jean Chevalier, Dictionnaire des Symboles, Laffont,1969. (les parenthèse comportent le sens ou la symbolique selon Robert Graves).
          Cette “boucle d’Achélaos, dans l’Océan, remplie des fruits les plus délicieux”, nous intrique : elle semble délimiter l’Île de l’Atlantide* boréenne mais, nous reverrons cela bientôt !
          Une autre version de la Mythologie nous dit cependant qu’Amalthée était la mère nourricière de Zeus à qui Il offrit la corne26 de la chèvre qui l’allaitait.

          Au British Muséum, une statuette de déesse porte une corne d’abondance sur ses genoux, sur son épaule gauche une tête de bélier ; son visage est féminin, mais des bois de cerf (Alcinoos ou Cernunnos*) jaillissent de sa chevelure. Cependant, Abondance n’est pas toujours féminine, par exemple ce Priape/ Abondance :


Bronze du Ier/ IIème siècle
British Muséum


          On remarquera sur cette illustration la coiffure kalathos (nid de grue°) devenue Walburg ou “fortifications, et la forme du panier de fruit ou “hélène”, outre son phallus exagéré (!) car « Il est habituellement soutenu que la corne d’abondance est un symbole phallique. » Catherine Johns (conservateur au B. M.), Éros dans l’Art Antique, 1982, Gremesse 1992.
          En effet, il arrivait souvent à l’époque archaïque que la corne d’abondance ait la forme d’un phallus géant promené en procession, pour les Dionysies en particulier : c’est un symbole évident de fécondité et ce rite* shivaïte existe toujours en Inde et au Japon zen !
          La corne d’abondance en osier que nous voyons sur de nombreux tableaux et illustrations est en fait la collision entre la corne de la chèvre Amalthée1 qui nourrit Zeus* Crétagénés et le van27 qu’on utilisait dans les mystères de Dionysos, van rem-pli des fruits de la terre et d’un phallus et porté en procession : cela s’explique, si l’on remarque leur parenté en temps que Dieux* de renaissance de la végétation, et l’on comprend mieux qu’elle soit devenue une vannerie pleine de fruits, mais en forme de corne torsadée28 : l’invention décorative fusionne alors les mythes* de sens voisin.

          « Chez les Grecs, le génie fertilisateur Eniautos portait la corne d'Abondance dans les pompes (cortèges)n dédiées à Dionysos29 l'annuel, setaneios30 . » Frazer, Le rameau d’or, Laffont, 1981 (cf. Saturnales, infra).

          Le coucou grec kuk kux ne serait-il pas, en tant qu’annonciateur du
Ier Mai, en rapport avec l’abondance ? Cela semble évident : son œuf géant est un cadeau du dieu du printemps (un don du ciel !) dans le nid d’un autre et cet œuf est teinté en rouge sang – couleur de la Vie – ou décoré de symboles signifiants ! Nos folklores l’utilisent abondamment, quoiqu’il n’ait aucun rapport avec la théologie chrétienne de Pâque31 mais seulement avec le “passage” vernal qui annonce le Printemps, donc le renouveau de l’abondance (cf. notre article Astrologie* nordique) !

À Rome :


          La déesse Fortuna portait anciennement le nom de Vortumna qui signifie très exactement “abondance” et la Fête* de l’Abondance ou Opalia avait lieu après les Saturnales – la fête des Semailles (–> Sator) du 17 au 19 décembre – précédée elle-même de la fête* des Greniers ou Consualia. Remarquons la succession “fonctionnelle” de ces fêtes : Fête des Greniers –› Fête des Semailles –› Fête de l’Abondance…
          Mais il existe une autre racine latine, copia, qui figure dans le nom de la “corne d’abondance” cornu copia, attribut traditionnel de la déesse Copia, maîtresse de l’abondance née de la terre. Cette Copia figure sur une pièce romaine très rare émise à Lugdunum32 vers 43 AEC, Lyon dont le camp romain du Confluent était appelé Copiae par les légions, l’armée étant souvent appelée copia. On rejoint par ce biais la liaison faite habituellement entre provende (provisions) et sa source, la provincia (–> Amable Audin, Études indo-européennes n° 2).
          L’Abondance était aussi la Regina Cœli, la ”reine du ciel” qui figurait l’astre lunaire et, inébranlable, c’est elle qui a subsisté dans les “cultes mariaux” de… l’Église*.

          Le mât de cocagne qui fait suite à la Danse des rubans de l’Arbre de Mai qui nous préoccupe ici était déjà un jeu* prisé chez les Étrusques et ce serait d’ailleurs le mot italien cuccagna33 , “abondance”, qui aurait donné notre mot cocagne34


Au Moyen-Orient :


     « à Hiérapolis (Phénicie/ Syrie)n, la plus grande fête de l'année portait le nom de Bûcher ou de Torche. Elle avait lieu au début du printemps (le Ier Mai?). On coupait alors de grands arbres pour les planter dans la cour du temple, on faisait faire le tour de l'autel aux victimes du sacrifice puis on y pendait ces moutons, chèvres, oiseaux et autres animaux ; enfin, on mettait le feu et tout était consumé par les flammes (i. e. holocauste)n. » Lucien, De Dea Syria.

Aux Indes : c’est la déesse Anna purna35 “pleine de nourriture” qui assurera la nécessaire nourriture à ceux qui la vénèrent…

Chez les Celtes* :


En Suisse, nous rencontrons la déesse Artio à Berne, à côté de l’ours° tutélaire : assise près d’un arbre fruitier, elle tient une corbeille de fruit…

Chez les anciens Irlandais du conté de Kerry, l'abondance et la prospérité étaient le fait de la déesse Anu : leurs “deux montagnes” en formes de poitrine divine sont désignées sous le nom de "mamelons d'Anu36 ", concept de troisième fonction* (mais aussi de 1ère fonction*, voir aussi Épiphanie/ solstice d’hiver in art; Astrologie* nordique) puisque l’Abondance ne pourra revenir que de la re-naissance du Dieu*-Fils solaire au Solstice d’Hiver (Neu Helle = “nouvelle clarté”). Elle est une forme de la Grande Déesse, Danu ou Dana qui signifie “connaissance” dans un concept de troisième et de première fonction* (menstrues, mensuel. Cf. la Rune* Birka).

En Gaule
la fonction d’Abondance est tenue par Rosmerta “distributrice des richesses” qui porte caducée*, une corbeille de fruits ou une corne d’abondance, une patère ou une bourse) cependant, Jean Vertemont in Dictionnaire des mythologies indo-européennes (Faits et Documents 1997) nous rappelle que :
          « Épona, l’ancienne déesse des eaux et de la fertilité, peut-être l’aurore de l’année à laquelle les Gaulois consacraient leurs chevaux, était représentée coiffée d’un diadème (cf. notre art. Narval*) et enveloppée d’une grande draperie (cf. tissage de lin safran)n, portant une corne d’abondance, des fruits et une patère (c’est à dire une coupe de “verse-eau”)n. » Proche en sont Nantosuelta (la femme de Sucellos) et Néhalénia la germanique déesse de la navigation (nous l’avons vu supra).


Abondance, bas relief gallo-romain


Survivances au Moyen-Âge :


          
Les eaux fécondantes des Rogations seraient, par le biais de Dame Abonde, personnage du Roman de la Rose, en relation avec Robert, personnage clé du mythe* indo-européen* : dans Robert le Diable, le pape l’envoie dans la forêt de Marabonde37 .
     Par ailleurs, le médiéval « Guillaume d’Auvergne, après Jacques de Voragine dans sa légende dorée, parle des femmes païennes qui, déguisées en “esprits”, volent dans la nuit, prennent l’apparence de “dames blanches” à la robe brillante, fréquentent les champs et les bois, vont dans les étables tresser ou natter la crinière des chevaux, etc. Il mentionne également les esprits nommés Hellequins (–> Wotan*)n qui mènent la Chasse Sauvage38 et souligne le rôle central d’une Dame Abundia appelée aussi Satia (–> latin satietas) qui, a certaines périodes de l’année, visite les maisons, s’empare de la nourriture et de la boisson qu’on a laissé pour elle, et récompense la maisonnée en prodiguant à tous une abondance de biens matériels39.
          « Une génération plus tard, on retrouve “dame Abundentia”, en association avec les “bonnes dames” et les “maîtresses de la nuit” dans le Roman de la Rose de Jean de Meung vers 1270 : “Bien des gens pensent que Dame Habonde voyage la nuit dans les airs, et que, à la façon de Hécate40, la déesse au triple visage, elle règne sur le tiers du monde. Le chiffre trois est à rattacher au caractère triple, inspiré par les trois phases de la lune, qui est constamment attribué aux Déesse lunaires : Hécate, Diane-Artémis, la Gauloise Icovellauna, etc. » Alain de Benoit, Les Traditions d’Europe, Le Labyrinthe, 1996.

Astrologie* :


          Le Julbok/ Capricorne est aussi la chèvre Amalthée sortant de la corne d’abondance, c’est du moins ainsi que le représente nombre d’illustrations médiévales concernant l’astrologie* et, comme par hasard, la constellation du Cygne ou Rune* Gebo “Don des Dieux”, Abondance, se trouve dans le signe du Capricorne, auprès d’Hag-all “Tertre Suprême”(cf. notre art. Runes*)

Alchimie* :


          Le mot “cornue” cher aux alchimistes vient probablement de cette corne d’abondance, c’était là leur cornu copiae.


Dans notre Folklore

l’abondance résultera des rituels de la Fête du Mai… :

          …Par la mort des “noirauds” hivernaux ; par la hiérogamie* implicite qu’est l’Arbre de Mai, Pal fiché dans la Terre Mère* – plus spectaculairement par les fiançailles du Prince de Mai et de la Belle de Mai, suivies de leur “union” au centre d’une parcelle de terre labourée trois fois (cf. notre tome I, § le Festival d’Aspremont)…
          Signalons en passant que le mot occitan "pla" signifie beaucoup et, de ce fait abondance se disait "plenté" en ancien français, ce qui a donné l'anglais plenty !


Lieux-dits
:


          Abondance en Haute-Savoie où l’on a sélectionné une race de “montagnardes” vivant en liberté sur les alpages sous la direction d’une “reine” : sous sa direction, ces vaches viennent toutes seules se faire traire à la “fruitière”.
          On a aussi Abondant dans l’Eur-et-Loir. Et, il existe aussi, c’était prévisible, une sainte Abondance

          Une rivière de Normandie se nomme la Dives, de l’indo-européen* *Diew, qui est "la divine" mais aussi "la riche", comme le latin dives : chez ces païens ne sont-ce pas les Dieux* qui apportent la richesse ?…

On consultera aussi, avec profit, les articles Atlantide*, Runes* et Justice*.

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1ère parution 3 janv 2001, mise à jour 19 oct. 05



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